Le saviez-vous? Une équipe de foot féminin a déjà existé au Stade Rennais (et a même affronté Chelsea)

SPORT Entre 1973 et 1976, pour être précis...

Jeremy Goujon

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Instantané du match France-Grèce disputé le 3 juin 2016, au Roazhon Park.
Instantané du match France-Grèce disputé le 3 juin 2016, au Roazhon Park. — L. Venance / AFP
  • À l'origine, il y eut Yolande Clossais, Bastiaise arrivée sur Rennes et dont l'appel à joueuses via la presse porta ses fruits.
  • L'aventure ne dura cependant que trois ans pour Pierrette Louin et ses partenaires, en raison d'un certain manque de considération...

Trois jours après la présentation de l’épreuve à Paris, Rennes donnera vendredi le coup d’envoi de la tournée des villes hôtes de la Coupe du monde 2019, organisée en France. La préfecture de Bretagne profitera de l’occasion pour lancer officiellement une autre compétition planétaire, en l’occurrence le Mondial U20 2018, lequel se déroulera dans quatre communes de la région (Concarneau, Dinan-Léhon, Saint-Malo et Vannes).

Alors que la rencontre de qualification pour l’Euro 2017 France-Grèce, disputée il y a un peu plus d’un an au Roazhon Park, avait battu le record d’affluence pour un match féminin dans l’Hexagone, cette actualité fait ressurgir une question : à quand l’apparition d’une section féminine au Stade Rennais ? Dans les cartons depuis plusieurs années, le projet avait justement été évoqué par Olivier Tomine, au moment de la venue des Bleues dans la capitale bretonne. « Notre objectif est d’ouvrir une section dès la saison 2017-2018 », avait notamment déclaré le directeur général des services du SRFC.

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L’exercice mentionné aura donc démarré sans joueuses estampillées Rouge et Noir, et bien avant le rendez-vous prévu, selon nos informations, entre les dirigeants du Stade Rennais et le Cercle Paul-Bert Bréquigny (la référence bretillienne en termes de football féminin, avec l’US Saint-Malo), à la fin du mois de septembre. Reste à savoir si ledit rapprochement - les deux institutions sont déjà partenaires - débouchera enfin sur quelque chose de concret.

Tout construire ou pas

« Le Stade Rennais a deux options, sachant qu’il ne s’agit pas seulement de monter une équipe seniors : soit créer son école de foot spécifique, ce qui le ferait partir du plus bas niveau ; soit reprendre un club rennais, qui peut être Bréquigny… ou un autre », confie pour 20 Minutes une source proche du dossier, ajoutant que le SRFC « n’a pas l’obligation, en soi, d’avoir une section féminine [d’autres pensionnaires de Ligue 1 en sont également dépourvus] ».

Si celle-ci devait voir le jour à la Piverdière, cela ne serait en réalité que la résurgence, à échelle plus importante, de ce qui s’était produit dans l'entre-deux-guerres, puis dans la décennie 1970. À cette époque existait déjà, en effet, une escouade féminine au Stade Rennais. « C’est vrai, je l’ai entraînée pendant deux-trois mois en remplacement d’un joueur qui s’était blessé [Daniel Périault] », nous révèle ainsi l’ancien latéral rouge et noir Alain Cosnard, vainqueur de la Coupe de France en 1971.

Des joueuses recrutées par voie de presse

Parmi ses ouailles, figurait Pierrette Louin (62 ans), intarissable dès lors qu’il faut évoquer cette période méconnue de l’histoire du club supercentenaire. « La personne ayant créé la section s’appelle Yolande Clossais, une Bastiaise arrivée sur Rennes, pose l’ex-défenseur. Elle avait constaté qu’il n’y avait pas d’équipe féminine, donc en avril 1973, elle a lancé un appel à joueuses par le biais de Ouest-France. Sur les 90 réponses, 22 filles se sont montrées intéressées, et 16 d’entre elles ont en définitive signé. Le club a ensuite démarré en décembre 1973. »

À quand l'équivalent masculin ?
À quand l'équivalent masculin ? - Archives personnelles P. Louin

Les Rennaises disputeront le championnat de l’Ouest (ancêtre de la Division d’Honneur) durant trois saisons, tout en s’offrant des affiches de gala contre des formations étrangères telles le ŽFK Mašinac PZP Niš (Serbie), et, surtout, Chelsea. L’heure est alors au système D pour des jeunes femmes évoluant, à domicile, « sur le terrain derrière la conciergerie » (tribune Mordelles pour les initiés). « La seule chose dont on bénéficiait, c’est la compétence des coachs, souligne Louin. Il fallait tout payer au SRFC, quand bien même on était licenciées ! »

Avant de rencontrer les Miss de Niš.
Avant de rencontrer les Miss de Niš. - Archives personnelles P. Louin

« Pas d’entraîneur [chaque dimanche], des maillots achetés avec leur bas de laine, un déplacement à Dinard à leurs frais […] Bref ! Le football féminin est le parent pauvre, un folklore gentiment supporté par les hommes », pouvait-on lire, de ce fait, dans les journaux locaux. La satire, écrite en juillet 1976, provoquera la dissolution de l’équipe féminine.

« Inévitable », selon Cosnard

« Les dirigeants n’ont pas aimé ce qui est sorti dans la presse, rembobine Pierrette Louin. Et puis, face à Niš, on avait porté une couleur qui n’était pas celle du Stade Rennais. On avait trouvé un sponsor qui nous avait offert des maillots orange, donc on s’est dit : "On ne va pas mettre nos chaussettes rouges avec…" On avait "déshonoré le club", et à la rentrée, le conseil de direction a décidé de se débarrasser de nous, alors que les licences étaient signées. »

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Gageons qu’au XXIe siècle, l’establishment rouge et noir saura se la jouer plus gentleman avec ses futures protégées, puisque comme l’affirme Alain Cosnard, fondateur de l’école de foot féminin du… CPB Bréquigny, le retour d’une section féminine au Stade Rennais « est, à terme, inévitable ».