Equipe de France: De «mère fouettarde» au «Corinne Comedy Club», comment Diacre a changé sa manière de communiquer

FOOTBALL Depuis le début de la Coupe du monde, Corinne Diacre paraît très détendue face aux médias et se permet même parfois de faire le show

Aymeric Le Gall

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Corinne Diacre offre une autre facette de son image durant la Coupe du monde.
Corinne Diacre offre une autre facette de son image durant la Coupe du monde. — VALERY HACHE / AFP
  • Réputée pour être intransigeante au quotidien, aussi bien avec ses joueuses que face à la presse, la sélectionneuse des Bleues offre pourtant un visage beaucoup plus détendu depuis le début du Mondial. 
  • Corinne Diacre n'hésite d'ailleurs pas à faire le show lors des conférences de presse d'avant-match. 
  • On a tenté de décrypter cette autre facette de l'ancienne coach de Clermont. 

De notre envoyé spécial à Rennes,

Dimanche matin, à l’occasion de la conférence de presse d’avant-match de l’équipe de France contre le Nigeria, on avait tout prévu : le réveil à 8 heures pour être sûr d’arriver dans les premiers au Roazhon Park, une place de choix dans la salle de conférence de presse, sans oublier le pop-corn, élément essentiel pour assister à un spectacle de qualité.

Pourquoi toutes ces précautions pour une simple conf' d’avant-match, qui est probablement l’exercice le plus convenu dans le monde du foot ? Pour assister au show de Corinne Diacre, la sélectionneuse des Bleues, bien sûr. Jusqu’ici, les médias nous avaient vendu un personnage froid, limite autoritaire, très rude envers ses joueuses et la presse. Or, depuis le début du Mondial, Corinne Diacre nous a tous pris à contre-pieds. Détendue, souriante, la coach des Bleues est apparue sous un nouveau jour. Sans rire.

A Nice, des vannes, du lol et de la décontraction

On avait été déjà très heureux de réussir à la faire sourire lors de sa première conférence de presse au Parc des Princes, quand elle nous avait remerciés de lui donner l’occasion de dire que ses causeries d’avant-match étaient « toujours galvanisantes ». Mais ce n’était rien à côté du « Diacre Comedy Club », mardi à Nice, avant la rencontre cruciale contre la Norvège. Mieux que des longs discours, trois exemples.

Interrogée par le journaliste de Quotidien sur l’image d’intransigeance qui lui colle à la peau, Diacre débute son spectacle. « Moi, l’intransigeance, la rigueur, ça me caractérise. Mère fouettarde aussi par moments. Et beaucoup d’autres choses encore. D’ailleurs, on ne rigole jamais chez nous. Tout est très calculé, il n’y a aucun passe-droit. Les filles vivent mal, elles vivent très, très mal. D’ailleurs ça se voit, elles ne prennent vraiment pas de plaisir ensemble, ni sur le terrain, ni en dehors. Je pense que c’est difficile à vivre pour elles, très sincèrement. Pas pour moi. Mais pour elles, c’est très compliqué. » A ce moment-là, il fallait voir la tête des journalistes, hilares et complètement sciés par ce discours tout en second degré. Un vrai beau moment de ce Mondial, assurément. Mais ce n’était qu’un échauffement.

Autre question: « Vous arrivez quand même à profiter un peu de la Côte d’Azur ? » et autre vanne. « Pour moi, c’est piscine, transat. Et pour mes joueuses c’est à l’ombre, bien évidemment, puisque comme je suis rigoureuse, il faut qu’elles restent à l’ombre, dans leur chambre, enfermées à double tour. Et moi, par contre, j’en profite bien. Je me repose beaucoup, je travaille très peu, je laisse ça à mon staff. »

Le dernier acte de ce one women show, c’est un journaliste Norvégien qui l’a provoqué. A ce moment-là, plus rien ne semblait pouvoir l’arrêter. « Les Norvégiennes ? Elles vont jouer en short, avec des chaussettes probablement et elles seront onze sur le terrain. »

Décryptage de Diacre la rigolote

Surréaliste, on vous dit. Interrogée sur cette performance quasi théâtrale, Corinne Diacre s’explique volontiers : « L’humour, vous savez, c’est une autre de mes caractéristiques que vous ne connaissez peut-être pas, mais vous allez apprendre à la découvrir. » On aurait pourtant pu le voir venir quand, lors d’un entretien avec Sakina Karchaoui à Clairefontaine, la Montpelliéraine nous avait mis en garde sur la Corinne Diacre qu’elles seules peuvent voir, en privé : 

Elle paraît très froide et très stricte quand on la voit au bord des terrains ou à la télé et qu’on ne la connaît pas. Mais ça se voit que c’est quelqu’un qui s’intéresse aux gens, qui s’intéresse à son groupe. Mais ce sont des choses qui se passent en interne et que les gens ne peuvent pas percevoir. »

Frédérique Jossinet, va plus loin et tente de décrypter la nouvelle Corinne Diacre. Ou plutôt, « la vraie Corinne », comme la directrice du football féminin à la FFF préfère dire. « J’ai toujours dit que c’était quelqu’un qui était très dans la performance, la rigueur, car c’est son métier, c’est normal. C’est ce que veut le haut niveau, donc c’est ça qu’elle transpirait jusqu’ici. Mais c’est aussi quelqu’un d’ouvert, qui a beaucoup d’humour, qui est très attentionnée et toujours très à l’écoute des gens », affirme-t-elle.

La détente avant les matchs

Il n’empêche, on a du mal à analyser un tel revirement dans sa manière de communiquer avec les médias. « Je dirais qu’elle a eu besoin de prendre le temps de se familiariser avec des conférences devant autant de journalistes, s’avance Jossinet. Il a fallu qu’elle prenne possession de l’exercice et aujourd’hui elle est plus détendue. »

Pour en avoir le cœur net, on lui a directement posé la question dimanche matin. Mais s’en étaient finies des vannes en veux-tu, en voilà. Par contre, la sélectionneuse a concédé que, « même si c’est un peu difficile de vraiment profiter de cette Coupe du monde parce que j’ai beaucoup de travail, c’est vrai que finalement, c’est le jour du match où je fais le moins de choses ». Comprendre, où elle peut relâcher un peu la pression. Et nous, on en redemande.