Nice: On a discuté football féminin avec des collégiennes en sport-études

FOOTBALL Quinze adolescentes sont scolarisées dans un collège de Nice, avec temps aménagé, pour assister à leurs entraînements à l'OGC Nice

Mathilde Frénois et Aymeric Le Gall

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Les U15 de l'OGC Nice dans le couloir du collège Mistral, aux faux airs de vestiaires.
Les U15 de l'OGC Nice dans le couloir du collège Mistral, aux faux airs de vestiaires. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • Le collège Mistral de Nice a monté cette année une classe aménagée pour que les collégiennes puissent suivre les entraînements dans leur club, l’OGC Nice.
  • Elles sont libérées deux après-midi par semaine.
  • Les footballeuses ont dû faire face aux clichés des autres collégiens. Et bonne nouvelle : elles notent des progrès dans les mentalités.

C’est cours d’anglais pour les 4e du collège Frédéric Mistral à Nice. La chaleur du mois de juin et la fin de l’année ont multiplié le facteur d’excitation en classe informatique. Rajouté à ça un débat sur le foot féminin, difficile de s’entendre parler. Du fond de la classe, Ryan se lance : « Les Bleues ? Je ne suis pas allé les voir jouer. Je n’étais pas au courant. » De quoi raviver le brouhaha général : « Ça me déprime, rétorque Juliette. . Quand ce sont les garçons, tout le monde regarde. Et là, ils font semblant de ne pas savoir. » 20 Minutes s’est invité dans cette classe pour discuter de la place du football féminin au collège.

Ryan bluffe et joue la provoc'. Les deux en même temps. Son collège se situe à moins de 5km du stade Allianz Riviera où les Bleues ont dominé les Norvégiennes 2-1 la veille. Surtout, il est entouré de footballeuses scolarisées dans une classe aménagée. Quand ses camarades ne sont pas en cours d’anglais, elles s’entraînent avec les U15 de l’ OGC Nice, trois demi-journées par semaine (sans compter les matchs).

« Je tiens à mes vitres »

« C’est un sujet qui m’interpelle, renchérit Juliette. Quand les garçons passent à la télé, il faut être à 21h pétante à la maison. Hier à 21h, on était encore en train de boire l’apéro. Ce n’est pas normal ! » Juliette fait partie des quinze collégiennes de l’établissement licenciées à l’OGC Nice. Une section ouverte l’année dernière grâce à un partenariat avec le club. « Au départ, ce n’était pas si facile que ça. Des filles qui jouent au foot, elles sont forcément nulles dans l’esprit des enfants, explique Marie-Christine Vallet, principale du collège Mistral. Et finalement, les élèves se sont rendu compte qu’avec une ou deux filles dans leur équipe, bizarrement on gagne. Il y a une évolution : maintenant c’est devenu presque naturel. »

Dans la cour, on ne joue pas au foot : pas de shorts, pas de tenue de l’OGC Nice, pas de ballon. « Je tiens à mes vitres », sourit la principale. C’est surtout une question d’intégration. Car cette classe a été créée pour progresser en football et pour changer les mentalités. « Le collège Mistral est situé juste au-dessus du quartier des Moulins. Ce n’est pas la population la plus favorisée économiquement et culturellement, et avec de fortes traditions. Ce n’était pas simple, détaille Marie-Christine Vallet. Il y a la volonté de faire évoluer les mentalités. La pratique du sport féminin et l’image de la femme sont très importantes dans ce projet. On avance petit à petit. »

Un trophée dans le bureau de la principale

Cette avancée, les collégiennes du sport-études la ressentent. « Quand elle était petite, ma mère avait demandé à ma grand-mère de faire de foot. Et c’était impossible, raconte Lola. Moi, je peux en faire car j’aime le foot tant qu’il y a du jeu, que ce soit filles ou garçons. » Demander à Lola si les mentalités ont évolué depuis septembre, c’est entendre une note d’espoir. « Au début de l’année, il y avait beaucoup de préjugés. Surtout quand on joue contre les garçons. Mais ça donne encore plus la gnac, affirme-t-elle. On commence à être mieux vu. » Désormais dans l’établissement, ce sont les collégiennes qui organisent les équipes : elles ont mis en place la « Mistral Cup », un tournoi mixte bien sûr.

Malgré tous ces efforts, les clichés ont la peau dure dans certaines têtes. Mais face à l’argumentaire des collégiennes, les garçons de la classe n’osent plus critiquer. Même Ryan est retourné à son clavier d’ordinateur. « Au début, ils pensaient qu'on était nulles. Ce sont des petits ringards, lance Elsa. Ils ne font que dénigrer le foot féminin. » Difficile de s’exprimer face à la petite pression que met le groupe de filles. « Je trouve tout à fait normal qu’elles puissent faire du foot, dit Auxane qui se décrit lui-même comme "très nul en sport". Dès qu’un garçon émet un avis, il est traité de macho ou sexiste. » Pour leur première participation au championnat de France de futsal les petites Niçoises sont reparties avec le trophée. Trophée qui trône dans le bureau de la principale.

« La coupe du monde changera les mentalités »

C'est bientôt l'heure de se replonger dans le cour d'anglais. Juliette prend à nouveau la parole. Dans cette classe, ce sont les filles qui s’expriment et qui s’imposent sur le sujet. « La coupe du monde changera les mentalités, estime-t-elle. Plus les garçons vont voir des matchs, plus leur mentalité évoluera. Dans quatre ou cinq ans, si on a la chance d’être professionnelles, on sera reconnues par davantage de monde. »

En attendant, il reste encore une année à Juliette et ses coéquipières avant de quitter l’établissement. L’année prochaine, le collège Mistral ouvrira deux autres sections en 6e et 5e. Trente petites footballeuses tenteront alors de mener de front parcours scolaire, saison footballistique et lutte contre les préjugés. Triple défi.