Le stade Allianz Riviera à Nice le jour de son inauguration le 22 septembre 2013
Le stade Allianz Riviera à Nice le jour de son inauguration le 22 septembre 2013 — Valery Hache AFP

FOOTBALL

Coupe du monde féminine: Pourquoi le stade de Nice peine à se remplir (sauf pour l'équipe de France)?

Seulement 13.000 personnes se sont déplacées pour Angleterre-Ecosse, dans un stade qui compte 35.000 places. Mais où sont les Niçois ?

  • Seul le match France-Norvège est complet à l’Allianz Riviera.
  • De manière générale, le stade fait rarement le plein, comme les gymnases qui accueillent les équipes de basket, de hand et de volley de la Côte d’Azur.
  • Grandeur du stade, éloignement, manque d’infrastructures et offre surdimensionnée : on fait le point sur les freins des spectateurs pour acheter des tickets.

« Open your bag please. » A l’entrée de la navette qui relie le centre-ville de Nice à l’ Allianz Riviera, les bénévoles de la Coupe du monde féminine de football parlent anglais. D’emblée. S’ils ne prennent plus le temps d’entamer la conversation en français, c’est qu’ils voient défiler uniquement des Britanniques sous la tente où les fouilles de sécurité ont lieu avant le match Angleterre-Ecosse, dimanche. Et une fois arrivés au stade, rebelote : des kilts, des perruques rousses, des drapeaux blancs et bleus, d’autres blancs et rouges. Mais (presque) pas de Niçois. Où se cache donc le public azuréen ?

Il est simplement venu en nombre très réduit. Dimanche soir pour le premier match du Mondial à l’Allianz Riviera, seuls 13.188 spectateurs avaient fait le déplacement, dont un tiers de Britanniques. Et pour le match Angleterre-Japon à venir, les statistiques devraient être sensiblement les mêmes.

« Un équipement soumis au risque de surdimensionnement »

Seulement voilà, les tribunes du match France-Norvège seront pleines mercredi soir. Jouer à guichets fermés arrive rarement à Nice, seulement pour les grandes occasions : inauguration de l’Allianz-Riviera, match de rugby du RCT, préparation du mondial 2018 France-Italie, les grandes affiches de l’OGC Nice contre Paris, Marseille, Lyon ou Monaco. Le reste du temps, l’Allianz Riviera a du mal à remplir : selon la LFP,au classement des affluences des stades de Ligue 1 durant la saison 2018-2019, l’Allianz Riviera arrive dixième, avec 19.123 spectateurs en moyenne pour une capacité maximale de 35.596 places.

Dans un rapport sorti en 2017 sur « les soutiens publics à l’Euro 2016 en France », la cour des comptes parle d’un stade avec « un équipement soumis au risque de surdimensionnement » : « La jauge de l’Allianz Riviera s’élève à 35.624 places, soit 11.000 de plus environ que les besoins moyens du club résident et 5.600 de plus que les attentes de l’UEFA. Après un pic de fréquentation moyen à 24.186 spectateurs lors de la livraison du stade en 2013-2014, l’affluence est retombée en moyenne par match à 19.309 spectateurs en 2014-2015 et 19.192 spectateurs en 2015-2016, malgré une quatrième place à l’issue du championnat, détaille le rapport. Cette fréquentation, à peine supérieure à celle observée à l’ancien stade du Ray, induit un taux de remplissage du stade de 54 % en 2014-2015 et 2015-2016. Le taux de remplissage est remonté à 64 % au cours de la saison 2016-2017. »

« Les gens sont obligés de faire des choix »

Un faible taux de remplissage sans doute dû à l’éloignement du stade du centre-ville et au manque d’infrastructures, le tram n’arrivant pas encore au pied du stade. Mais aussi à une culture sport peut-être moins développée à Nice qu’ailleurs en France. « Les affluences sont petites pour l’ensemble des sports dans les Alpes-Maritimes, constate Janine Gianaria, journaliste à l’AFP basée à Nice. Cela concerne les garçons et les filles dans tous les sports. » Elle cite le foot donc mais aussi le basket, le volley et le hand. « Pourtant les clubs se battent beaucoup pour attirer des spectateurs en mettant des prix bas. Ça ne remplit pas, que les équipes soient belles ou pas, qu’elles tournent bien ou pas. »

Un constat qu’Alain Griguer fait au quotidien. Le président de la Ligue nationale de volley et du club de Nice pointe la sur-sollicitation des spectateurs : « Sur la Côte d’Azur, il y a beaucoup d’offres en sport et en spectacles. Les gens sont obligés de faire des choix : la bourse ne leur permet pas de satisfaire toutes leurs envies. » Le volley-ball azuréen mise alors sur ses fidèles supporters. « Sur certains matchs, on ne remplit comme on aurait envie, poursuit-il. Heureusement que le budget des clubs ne dépend pas du remplissage des tribunes. »

Il a fallu attendre J-2 avant le match France-Norvège pour que l’Allianz Riviera face le plein. Pourtant, 50 jours avant le coup d'envoi de la Coupe du monde, le match d’ouverture, France-République de Corée à Paris ainsi que les demi-finales et la finale à Lyon étaient complets. « Tous les billets individuels pour ces rencontres ont été vendus en 48 heures à peine, tandis que ceux pour les matchs de groupes opposant les Pays-Bas au Cameroun le 15 juin à Valenciennes, le Nigeria à la France le 17 juin à Rennes et la Suède aux États-Unis le 20 juin au Havre ont également connu un immense succès portant à sept le nombre de matchs à guichets fermés, 50 jours avant le début du tournoi », indiquait la Fifa en avril. Une fièvre footballistique qui n’a visiblement pas enivré la Côte d’Azur. Excepté autour des Bleues.