Coupe du monde féminine: Les Argentines célèbrent un premier point historique et le «début d’une grande aventure»

FOOTBALL Les Argentines, qui sortent d'années de grosse galère, ont arraché un match nul inespéré face au Japon 

Nicolas Camus

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La capitaine de l'Argentine Estefania Banini (à droite) célèbre le point pris contre le Japon (0-0) comme une victoire, le 10 juin 2019 au Parc des Princes.
La capitaine de l'Argentine Estefania Banini (à droite) célèbre le point pris contre le Japon (0-0) comme une victoire, le 10 juin 2019 au Parc des Princes. — Fotoarena/Sipa USA/SIPA
  • L’Argentine a tenu tête au Japon, un des favoris du Mondial, lundi au Parc des Princes (0-0).
  • C'est un véritable exploit pour les Sud-Américaines, qui n’avaient jamais réussi ne serait-ce qu’un match nul lors de leurs précédentes participations.
  • Surtout, elles reviennent de loin, après deux ans sans match international et une grève pour forcer leur Fédération à les prendre en considération.

De notre envoyé spécial au Parc des Princes,

Au coup de sifflet final, elles ont sauté de joie avec les forces qui leur restaient et se sont tombées dans les bras comme si elles venaient de gagner. Si ce 0-0 arraché de haute lutte, dans un match cadenassé, n’a pas offert un spectacle éblouissant, les Argentines, elles, s’en souviendront très longtemps. Face aux Japonaises, championnes du monde en 2011 et finalistes il y a quatre ans, les Sud-Américaines ont remporté le premier point de l’histoire de leur sélection en Coupe du monde en trois participation.

Elles reviennent de loin

Ce petit point est un véritable exploit. Au-delà de la renommée de l’adversaire, il faut voir d’où viennent les Argentines. Jamais considérées par leur Fédération (AFA), qui ne jure que par la bande à Messi, ces joueuses, qui ne vivaient déjà de rien ou presque, ont été privées de match pendant deux ans, de 2015 à 2017, car elles n’avaient plus les moyens de se consacrer à leur sport et de se déplacer. Les plus influentes, la capitaine Estefania Banini en tête, ont alors décidé de s’opposer frontalement à l’AFA et de faire grève pour obtenir un traitement décent.

Elles ont finalement obtenu gain de cause et, après une miraculeuse 3e place lors de la Copa America 2018, le droit de défendre leur chance dans ce Mondial. « Ce point, il représente beaucoup pour tout le football féminin argentin, se réjouit le sélectionneur, Carlos Borrello. On commence un nouveau chemin, et ce match était la meilleure manière de le faire. On espère qu’il va nous permettre de continuer à nous développer. »

Certes, le plan de jeu était minimaliste. Face à la 7e nation mondiale, les Argentines ont joué avec l’unique objectif de ne pas prendre de but. Mais avec si peu d’expérience et un écart de niveau abyssal sur le papier, c’est totalement assumé. « C’était pour nous la seule manière de jouer, reconnaît l’entraîneur. Il fallait préserver notre but, être ordonné, et tenter de jouer en contre-attaque. Mes joueuses ont été admirables, je repars de ce stade très satisfait. »

« Tracer un chemin pour une sélection qui aura des objectifs plus élevés à l’avenir »

Avec un poil de réussite, les Argentines auraient même pu mettre une demi-occasion au fond. La star de l’équipe, Estefania Banini, s’est démenée pour ça, souvent seule face à trois ou quatre Japonaises. Elle n’y est pas parvenue, mais a épaté son monde par sa technique. Elle aussi, est fière du résultat, bien sûr. « On a montré la vraie valeur de notre équipe, apprécie-t-elle. On peut peut-être, avec cet état d’esprit, réussir à réduire le fossé qui nous sépare des meilleures nations. »

Et si ce n’est pas elle et ses coéquipières qui y parviennent, Banini espère que ce seront les générations suivantes. « Le but est d’être une source d’inspiration pour les plus jeunes, tracer un chemin pour une sélection qui aura des objectifs plus élevés à l’avenir », dit-elle. Le tempérament de leader de la numéro 10 transpirait à chaque prise de balle sur le terrain. C’est la même chose au micro. « Ce point est le début d’une grande aventure », lance-t-elle avant de quitter l’amphi du Parc. En attendant de savoir si elle sera exaucée, nous on est prêt à parier qu’il ne sera en tout cas pas le dernier dans la compétition.