Coupe du monde féminine: 21 ans après les garçons, les «Reggae Girlz» jamaïcaines veulent «hurler de bonheur» en France

FOOTBALL FEMININ Malgré la nette défaite de leurs « Reggae Girlz » contre le Brésil (0-3), des centaines de supporters jamaïcains ont mis une belle ambiance, dimanche à Grenoble

Au stade des Alpes à Grenoble, Jérémy Laugier

— 

Les supporters de l'équipe jamaïcaine étaient aussi moins aussi passionnés que ceux de la Seleçao, dimanche à Grenoble.
Les supporters de l'équipe jamaïcaine étaient aussi moins aussi passionnés que ceux de la Seleçao, dimanche à Grenoble. — AFP
  • Pour son tout premier match dans une phase finale de Coupe du monde de football féminin, la Jamaïque n’a pas démérité mais s’est lourdement inclinée (0-3), dimanche face au Brésil.
  • Extrêmement jeunes (14 joueuses de moins de 25 ans), les « Reggae Girlz » font clairement partie des invités surprises de ce Mondial.
  • 20 Minutes vous raconte l’ambiance mise par les supporters jamaïcains, tout autour du stade des Alpes de Grenoble.

Le football jamaïcain entretient décidément un lien spécial avec la France. En juin 1998, c’est dans l’Hexagone que les « Reggae Boyz » de Deon Burton avaient disputé leur première et unique Coupe du monde. 21 ans après, au tour des filles de vivre la même aventure depuis dimanche et une sévère défaite (0-3) contre le Brésil à Grenoble. Les couleurs jaune et vert s’étaient tellement emparées d’un stade des Alpes bien garni (17.668 spectateurs) qu’il n’était pas toujours évident de différencier les groupes de supporters brésiliens de ceux de la Jamaïque.

Entre 2.000 et 3.000 Jamaïcains, qui ont lancé durant toute la rencontre des « Reggae Girlz, Reggae Girlz », étaient présents pour « cette date historique » d’une première d’un pays des Caraïbes dans un Mondial féminin. Venus du monde entier, notamment des Etats-Unis, du Canada ou d’Angleterre, ceux-ci ont mis une sacrée ambiance.

« Personne ne s’attendait à voir cette équipe qualifiée »

« On compte amener toute la Jamaïque en France, sa musique reggae et sa couleur, annonce Pablo, qui habite à Londres. Je viens pour deux semaines et environ 1.700 euros, mais comment ne pas être témoin de ce tournoi ? C’est une opportunité unique dans une vie. » Maxine et Garcia ont dépensé le double pour venir de New York pour ce Mondial. Une ferveur populaire qui accompagne historiquement le peuple jamaïcain, très fier de ses sportifs.

« On ne connaît même pas les noms des joueuses mais ce n’est pas le plus important. Athlétisme, cricket, foot, on va absolument partout pour suivre nos équipes nationales. Celle-ci a d’autant plus de mérite que personne ne s’attendait à la voir qualifiée », apprécie le Londonien Conrad, déjà présent durant France 1998. Sa cousine a même pris l’avion pour la première fois de sa vie depuis Portland, en Jamaïque.

Des centaines.de supporters jamaïcains ont débarqué au stade des Alpes dimanche pour assister au premier match de leur pays dans une Coupe du monde féminine.
Des centaines.de supporters jamaïcains ont débarqué au stade des Alpes dimanche pour assister au premier match de leur pays dans une Coupe du monde féminine. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Imaginez-nous si on avait la même chance que nos adversaires »

« Si nous marquons un but aujourd’hui, on pourra peut-être entendre l’île hurler de bonheur jusqu’ici », lançait-elle avant la rencontre. Il faudra donc attendre le match contre l’Italie, vendredi à Reims, pour tenter d’y parvenir, même si les Jamaïcaines ont eu quelques belles opportunités, notamment grâce à la future attaquante bordelaise Khadija Shaw (22 ans). Celle-ci décrypte le retard organisationnel logique des « Reggae Girlz ».

Des sélections comme celle du Brésil ont de super conditions de travail et de nombreux matchs amicaux organisés. Avec la Jamaïque, nous ne nous retrouvons que quand il y a un tournoi. Quand on voit les performances que nous sommes déjà capables d’accomplir, imaginez ce qui pourrait arriver à notre équipe si on avait la même chance que nos adversaires. Notre fédération n’est clairement pas la meilleure mais nous devons aller de l’avant. »

Un effet à la « Rasta Rockett » ?

Quasiment « abandonnée » avant le Mondial 2011 en Allemagne, cette équipe a été sauvée en partie par le soutien financier et médiatique de Cedella Marley, fille aînée de qui vous savez. Devancée par le Costa Rica et le Mexique dans son groupe de qualification Concacaf en 2014, la Jamaïque a su arracher sa qualif pour la Coupe du monde grâce aux tirs au but (2-2, 4-2) en octobre face au Panama. Un exploit ayant déjà rendu le football féminin incontournable autour de Kingston ? « Il n’y a pas de comparaison possible : le foot masculin a toujours été plus populaire en Jamaïque, confie Gordon Williams, un journaliste jamaïcain présent sur le Mondial. Mais l’intérêt pour les filles a grandi avec leur qualification. »

Jusqu’à présent, il s’agissait d’un sport assez confidentiel et sans perspective de tournoi majeur en Jamaïque. Vous nous voyez venir avec notre précédent en tête, n’est-ce pas les fans de Derice, Sanka et Junior ? « La comparaison avec Rasta Rockett a souvent été faite chez nous, indique Gordon Williams. Mais selon moi, les difficultés n’ont jamais été liées à la qualité de cette équipe mais au manque d’argent les entourant. » S’il existe bien un championnat en Jamaïque, aucune des 23 sélectionnées (dont 9 joueuses se trouvent dans des universitaires américaines) n’y participe. Une stat résume parfaitement l’extrême jeunesse des « Reggae Girlz » : lorsque la milieu brésilienne Formiga (41 ans), titulaire dimanche à Grenoble, disputait son premier Mondial, en 1995 en Suède, 11 joueuses du groupe jamaïcain n’étaient pas encore nées.