Coupe du monde féminine: Comment est vécue l'absence de la star lyonnaise Ada Hegerberg?

FOOTBALL En froid avec sa fédération depuis deux ans, l'attaquante de l'OL Ada Hegerberg (23 ans) ne participera pas à cette Coupe du monde

Jérémy Laugier

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Après le triomphe de l'OL en finale de Ligue des champions, le 18 mai contre Barcelone (4-1), Ada Hegerberg portait fièrement le drapeau de son pays.
Après le triomphe de l'OL en finale de Ligue des champions, le 18 mai contre Barcelone (4-1), Ada Hegerberg portait fièrement le drapeau de son pays. — Michael Zemanek/BPI/REX/SIPA
  • L'ombre d'Ada Hegerberg devrait planer au-dessus du stade Auguste Delaune et du match Norvège-Nigéria ce samedi (21 heures). 
  • La première joueuse ayant décroché le Ballon d'or en décembre pointe les limites dans l'organisation du côté de la fédération norvégienne.

Cela semble toujours dur à croire, puisqu'elle est au cœur du palmarès royal de l’OL depuis 2014 (quatre Ligue des champions et cinq D1), mais Ada Hegerberg a vécu un sacré fiasco avec sa sélection norvégienne à l'Euro 2017. Les trois défaites en phase de poules contre les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark, sans le moindre but inscrit, ont conduit l’attaquante lyonnaise à une décision lourde de sens : prendre ses distances avec l’équipe nationale.

Deux ans plus tard, malgré l’opportunité de disputer une Coupe du monde dans le pays où elle est devenue une star, surtout depuis son Ballon d'or en décembre, Ada Hegerberg campe sur sa position. Elle participe donc bien au Mondial, non pas sur la pelouse d’Auguste Delaune à Reims pour Norvège-Nigéria ce samedi (21 heures), mais en tant que consultante pour le groupe TF1. A ce jour, la fermeté d’Ada Hegerberg est intacte, au vu des propos relayés jeudi par Le Monde.

Je vois comment ça se passe avec la fédération norvégienne, il y a un fonctionnement que je n’accepte pas. Ce n’est pas la Coupe du monde le plus important. Il y a des choix difficiles à faire dans une carrière. J’aurais aimé jouer pour mon pays mais si tu es sûre de toi et de tes valeurs, tu peux assumer ces sacrifices. On a encore du travail à faire pour le développement du football au féminin. »

« Des cauchemars » suivaient ses rassemblements avec la sélection

Un développement dont elle bénéficie pleinement depuis son arrivée à Lyon il y a cinq ans. « Ses standards de professionnalisme sont très élevés avec l’OL, confirme Jonas Giæver, journaliste sportif en Norvège. Ada attend plus de sérieux au niveau organisationnel pour la sélection, tant sur la préparation que sur la communication. » Pour autant, l’Euro 2017 n’a été que le déclencheur d’un problème plus profond. « Elle traîne son mal-être en sélection depuis la catégorie U15 et elle n’a jamais été capable de régler ça, décrypte encore le journlaiste. Elle a récemment confié au magazine norvégien Josimar qu’elle faisait parfois des cauchemars après avoir joué avec son équipe nationale. »

Même l’application de l’égalité salariale entre hommes et femmes en sélection en 2017 ou la nomination en 2018 d’une ancienne joueuse, Lise Klaveness, comme directrice des équipes masculines et féminines à la fédération norvégienne n’ont rien changé.

Une telle sortie médiatique, au bout de deux ans sans la moindre apparition avec le maillot de l’équipe nationale, rend les débats encore plus brûlants en Norvège. « Le sélectionneur semble être fatigué par ce sujet qui divise l’opinion publique, rapporte Jonas Giæver. Oui, on aimerait bien sûr tous la voir jouer. Mais il faut qu’elle en ait vraiment envie. Imaginez quand même que notre pays ne compte que 5 millions d’habitants… et la meilleure joueuse du monde ! Malheureusement, elle ne veut pas venir disputer une Coupe du monde. »

Une absence bénéfique aux Bleues et à l’OL ?

Le coup est dur à encaisser pour une population ayant célébré dans le passé deux Euros (1987 et 1993), puis un Mondial (en 1995) et des JO (en 2000). A la voir porter fièrement le drapeau de son pays, le mois dernier après son triplé éclair en finale contre le Barça (4-1), on comprend que la Lyonnaise snobe bien sa sélection à contrecœur. « Ça lui manque de jouer pour la Norvège mais elle ne veut pas jouer pour cette fédération, résume Jonas Giæver. C’est une pionnière avec un caractère très fort. Dans ce contexte, personne ne croyait vraiment à un retour avant ce Mondial. » Pas plus qu’à la présence dans la liste de sa sœur Andrine, qui évoluait au PSG cette saison, et qui se retrouve écartée depuis de longs mois.

« J’ai reçu beaucoup de soutien des Norvégiens, apprécie Ada Hegerberg. La fédération n’a pas gagné la bataille de l’opinion. » En France, et particulièrement à Lyon, les regrets sont bien présents. « En son absence, la Coupe du monde perd un peu de sa valeur, estime Willy Pasche, très actif avec ses groupes OL Ang’Elles et France Ang’Elles. Il faut songer à une Coupe du monde chez les garçons sans Ronaldo ou Messi. »

Contrairement aux Norvégiens, ce groupe d’environ 200 supporters des Bleues bascule vite en mode « verre à moitié plein ». « L’équipe de France est nettement gagnante avec son match contre la Norvège mercredi (21h) ainsi que l’OL, qui va récupérer une Ada toute fraîche. » Pas sûr que les Norvégiens apprécieront plus que ça son quadruplé d’emblée en D1, en août à Fleury ou à Soyaux.