Ligue 1: Entre pitié et second degré, comment les supporters français sont sympas avec leurs joueurs «mauvais»

FOOTBALL Certains footballeurs ont même des chants qui leur sont dédiés

A.H.

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Choupo-Moting, Brandao et Yanga-Mbiwa.
Choupo-Moting, Brandao et Yanga-Mbiwa. — C. Saidi / L. Bruno / NSJ Sports / Collage PicMonkey
  • Eric Maxim Choupo-Moting a été acclamé par le Parc lors des trois derniers matchs.
  • Certains joueurs de L1, bien que limités footballistiquement, ont reçu le soutien de leurs supporters.
  • Et, parfois, certains joueurs, sont devenus les idoles d'un club.

Les supporters nous surprendront toujours. On ne parlera pas ici de la créativité dans les tifos ou les craquages en masse de fumigènes, qui ravissent les amateurs de sons et lumières et un peu moins les dirigeants de la LFP, mais des chants entonnés, en majorité, par les ultras. Il y a quelques jours, on vous avait concocté une liste d’une dizaine de chants, historiques, originaux ou émouvants, qui peuvent résonner dans les tribunes françaises. On en a oublié un. Depuis quelques matchs, le Parc des Princes entonne une mélodie étrange : « Lololololo Choupo-Moting. »

On a augmenté le volume de notre téléviseur pour savoir si on avait toujours l’ouïe fine. Notre ORL attendra, tout va bien. Le Camerounais a donc bien une chanson du Parc en son honneur. Pourtant, il n’a pas inscrit de quadruplé contre Dijon, mardi en Coupe de France, ou enchaîné coup du sombrero-roulette zidanesque devant le terrible Florent Balmont. Non, rien de tout ça. « Pour Choupo-Moting, c’est assez récent, nous explique Fred, abonné au PSG depuis quelques années. Le match contre Bordeaux [le 9 février], il a pris une grosse bronca, il s’est fait énormément siffler. Mais, depuis deux, trois matchs, c’est plus détendu. »

« 50 % de sympathie, 50 % de pitié gentille »

La raison principale ? A la mi-temps du match contre Montpellier, il y a une semaine, un gamin, « un peu petit, un peu rondouillard », qui gardait les buts lors du Challenge Wanadoo a fait le show et a reçu les félicitations et le maillot du Camerounais qui l’observait en plein échauffement, a relaté L’Equipe. Des gestes qui ont valu à l’ancien attaquant de Stoke City une belle ovation du Parc. Et, depuis, tout s’est enchaîné, même si ce brave Choupo ne montre pas de choses énormes sur le pré. « Ce gars a une énorme cote de sympathie chez les supporters. Il n’est pas très bon, mais il se donne sur le terrain, c’est un bon camarade, il est respectueux et plutôt classe, donc on a aussi voulu lui montrer notre soutien avec cette chanson. C’est 50 % de sympathie, 50 % de pitié gentille. »

Des joueurs moyens, peut-être même un peu mauvais, qui ont reçu les « vivats » parfois un peu moqueurs de la foule, il y en a forcément près de chez vous. Mais si, réfléchissez-y deux secondes : Mapou Yanga Mbiwa à Lyon, Brandao, Ibrahima Bakayoko ou même Kostas Mitroglou à l’OM, Cheick Diabaté à ses débuts à Bordeaux, Kévin Monnet Paquet à Saint-Etienne… « Ce ne sera jamais Luis Suarez, et il me fait hurler quand il manque de grosses occasions, mais on sent que c’est un mec réglo dans l’attitude », nous disait le twitto Roland Gromerdier, à l’origine d’un des chants sur KMP, il y a deux ans. Tous ces gaillards, qui n’ont pas spécialement le ballon comme meilleur ami, ont tous un point commun : ne pas être attendu comme le Messie.

Un statut spécial

« Au début, quand on a vu les premiers matchs de Diabaté avec les Girondins, on comprenait pas trop comment il était arrivé là, du coup, on se moquait, mais gentiment. On n’attendait rien de lui, donc on ne pouvait pas trop lui en vouloir raconte Steven, un supporter bordelais. De l’autre côté, Modeste, lui, était arrivé pendant une crise de résultats, il y avait beaucoup d’attente, il n’avait pas beaucoup marqué et la déception était à la hauteur. Du coup, il a vite été pris en grippe. Un peu pareil pour Fahid Ben Khalfallah, [qui avait eu droit, après des prestations faiblardes, à une chanson spéciale par le Virage sud bordelais]. »

De Ben Khalfallah à Choupo-Moting, il n’y a qu’un contrôle raté, qu’on franchira, évidemment. « Au tout début, on ne savait pas ce qu’il faisait là, au milieu d’une constellation de stars, reprend Fred, en parlant du joueur camerounais. S’il n’y avait que lui comme attaquant, et qu’il était toujours aussi maladroit, la réaction du Parc serait différente. Mais là, il permet de faire reposer des joueurs, il ne fait pas de vagues… » Comprendre donc que Cavani, qui est la référence offensive du PSG, a la « légitimité » pour se faire siffler quand il rate une occasion. Pas Choupo-Moting. Il poursuit :

Cavani est venu à Paris pour 55 millions d’euros, on compte sur lui. On ne compte pas sur Choupo-Moting. Le jour où Mbappé et Cavani sont blessés, s’il se retrouve en pointe pendant plusieurs matchs, il aura le même traitement que les autres, je pense. »

De l’autre côté du pont aérien, à Marseille, on accepte un peu moins bien les joueurs au rendement faiblard. Ou alors, on les tourne vraiment au ridicule. « On a le chambrage et la moquerie assez violents, nous indique Blaah, auteur des fameuses Canebière Académie sur le site HorsJeu. On a quand même une tendresse pour ces joueurs, surtout s’ils sont auteurs d’exploits, comme Brandao lorsqu’il marque contre l’Inter Milan ou en finale de la Coupe de la Ligue. »

« Une certaine nostalgie »

Oui, car nos héros extraordinaires peuvent aussi devenir les idoles de tout un peuple. Demandez donc aux supporters bordelais qui ont encore des larmes qui coulent sur leurs joues lorsqu’on évoque le maladroit mais si précieux Cheick Tidiane Diabaté, auteur quand même de 66 buts en 152 matchs sous le maillot marine et blanc. A Marseille, Brandao a aussi fait son effet : le Brésilien « avait ses limites, mais il ne s’est jamais économisé, ajoute Blaah. Une fois que ce type de joueur est parti, on en parle avec une certaine nostalgie. »

Quid de la place d’Eric Maxim Choupo-Moting dans le hall of fame des supporters parisiens ? S’il marque le but de la qualification pour les demi-finales de la Ligue des champions (oui, car le PSG va facilement battre Manchester en huitième), une statue pourrait lui être consacrée si on continue comme ça. Dans l’histoire du club parisien, Fred ne se souvient pas de joueurs ayant eu droit au même traitement de faveur que Choupo-Moting. « Bon si, on a quand même eu droits à quelques moqueries gentilles pour Alioune Touré, ou Everton et Souza. » L’époque où tout le monde se moquait un peu du PSG.