Disparition de Sala: «La mort de Davide nous avait donné une incroyable force», se souvient Veretout

INTERVIEW Le 4 mars 2018, l'ancien milieu de terrain de Nantes, désormais à la Fiorentina, apprenait la mort en pleine nuit de son capitaine Davide Astori...

David Phelippeau

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Jordan Veretout.
Jordan Veretout. — Vincenzo PINTO / AFP
  • Jordan Veretout, l'ancien Nantais, a vécu la mort d'un de ses coéquipiers le 4 mars 2018 à la Fiorentina.
  • Pour 20 Minutes, il raconte le match d'après et les semaines qui ont suivi le décès de son capitaine.

« J’espère une belle victoire pour lui mercredi ! » Jordan Veretout a croisé « pendant deux ou trois jours » Emiliano Sala à l’été 2015 à la Jonelière. « Le peu que je l’ai vu, on a avait passé des bons moments ensemble. Il était souriant, gentil », confie celui qui avait finalement rallié Aston Villa très peu de temps après l’arrivée de l’Argentin à Nantes.

Contacté par 20 Minutes lundi, le milieu de terrain, dont la cote ne cesse de grimper en Italie, n’a pas hésité une seule seconde à partager ce qu’il a vécu l’année dernière. Le 4 mars 2018, Davide Astori, le capitaine de la Fiorentina, était retrouvé mort dans sa chambre, un matin, lors d’une mise au vert. L’analogie avec la disparition de Sala vient d’emblée à l’esprit « même si le contexte était différent car nous, on nous a tout de suite annoncé le décès de Davide alors que là, il y a encore un infime espoir », selon Veretout, qui aura 26 ans en mars. « Depuis le drame survenu la semaine dernière, je repense forcément à ce qu’on a vécu ici… » Pour 20 Minutes, il raconte.

Les heures juste après l’annonce du décès (des suites d’une crise cardiaque) d’Astori

« La mort est arrivée à l’hôtel à Udinese [au nord-est de l’Italie], le plus long déplacement du championnat. On est restés ensemble en attendant qu’on nous réserve un avion en urgence pour rentrer. Je me souviens que le président nous avait demandé de rester solidaires surtout. On nous avait accordés deux jours de repos car on avait aussi besoin de voir notre famille et de serrer nos enfants dans nos bras. Pendant deux jours, je n’ai pourtant pensé qu’à ça. La reprise de l’entraînement a fait du bien à tout le monde. Sur un terrain, tu y penses moins. Cela nous avait fait du bien de nous retrouver. On ne nous avait pas proposé de psychologue, mais le coach et le président se tenaient à notre disposition si besoin. Il faut parler dans ces moments. Chacun a fait son deuil à sa manière. »

Une semaine après, le retour à la compétition… et l’immense émotion

« Je n’oublierai jamais ce match une semaine après à domicile contre Benevento. Cela avait été difficile de la préparer forcément, mais il fallait qu’on joue pour lui. On nous avait informés qu’il y aurait un immense tifo pour lui à notre entrée sur la pelouse. Avant le match, tu ne penses qu’à ça. A la 13e minute, il y avait eu un hommage à Davide. Les émotions avaient été très fortes pendant toute la rencontre. Moi, je me souviens de m’être dit : "Davide était un guerrier. Ce match on doit tout donner pour lui comme lui aurait tout donné pour nous !" A la fin de la rencontre [victoire 1-0], on s’était tous écroulés par terre. Il y a une photo où on nous voit tous en pleurs, allongés. On avait besoin de sortir toute la peine qu’on avait en nous. »

Les mots forts et réconfortants de Sagna

« Je n’ai pas oublié ce jour-là les mots de Bacary Sagna [joueur de Benevento] à la fin du match. Il m’a dit qu’il était avec nous, qu’il fallait être forts. Ses mots m’ont fait du bien, m’ont réconforté. Avant le match déjà, les joueurs de Benevento étaient venus nous parler et nous remonter le moral. »

Les joueurs de la Fiorentina en larmes à la fin du match.
Les joueurs de la Fiorentina en larmes à la fin du match. - CLAUDIO GIOVANNINI / AFP

L’envie irrépressible de se battre pour lui, de gagner pour lui

« On était une équipe composée de joueurs très proches, mais la mort de Davide nous a encore plus soudés. Rien ne pouvait nous arriver [la Fio enchaîne 5 victoires d’affilée en Série A après la mort d’Astori]. On jouait pour lui, on se battait pour lui et surtout on gagnait pour lui. On était comme dans une bulle et personne ne pouvait y rentrer. On était tellement forts grâce à lui. C’est évidemment difficile quand tu rentres dans le vestiaire et que tu vois que le seul casier vide c’est le sien et qu’il n’y a que son maillot… Mais ce drame nous a donné une incroyable force, une folle envie de nous surpasser chaque week-end. »