Retrait de Benjamin Griveaux : Le débat sur la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux relancé par le #GriveauxGate

POLITIQUE De nombreuses personnalités politiques pointent aujourd’hui du doigt les effets pervers des réseaux sociaux, et réclament à nouveau la fin de l’anonymat

H. B.

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Benjamin Griveaux, le 8 mai 2017 à Paris
Benjamin Griveaux, le 8 mai 2017 à Paris — LaurentVu/SIPA
  • Le candidat LREM Benjamin Griveaux s’est brusquement retiré vendredi de la course à la mairie de Paris après la diffusion en ligne d’une vidéo à caractère sexuel le mettant en scène.
  • Même si la diffusion des vidéos intimes du candidat a été revendiquée par l’activiste russe Piotr Pavlenski, des voix se sont rapidement élevées pour réclamer à nouveau la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux.
  • Des députés de la majorité souhaiteraient proposer « une initiative législative » dès la semaine prochaine pour renforcer la protection de la vie privée sur Internet.

« Toute puissance des réseaux sociaux », « vitesse destructrice d’Internet », « déviance de l’anonymat »… Benjamin Griveaux, le candidat investi par LREM s’est brusquement retiré vendredi de la course à la mairie de Paris après la diffusion en ligne d’une vidéo à caractère sexuel le mettant en scène. De nombreuses personnalités politiques, qui ont condamné cette atteinte à la vie privée, pointent aujourd’hui du doigt les effets pervers d’Internet, et estiment que le candidat est une victime de « l’impunité » qui règne sur les réseaux sociaux.

Même si les vidéos intimes de l’ex-candidat à la mairie de Paris ont été diffusées sur un site Internet [depuis supprimé] et ouvertement revendiquées par l’artiste et activiste russe Piotr Pavlenski, des voix se sont rapidement élevées pour réclamer à nouveau la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux.

« L’anonymat cautionne la calomnie, la diffamation »

Le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), a été l’un des premiers à appeler à une « régulation » des réseaux sociaux. « Il est grand temps de réguler les torrents de boue qui se déversent sur les réseaux sociaux. La liberté d’expression doit s’arrêter aux frontières de la vie privée que chaque citoyen est en droit d’exiger », a-t-il tweeté.

Le député LREM du Rhône, Bruno Bonnell, prône lui aussi une « obligation de transparence » sur les réseaux sociaux. « Internet, comme les plus grandes inventions de progrès, porte ses déviances que l’anonymat cautionne comme la calomnie ou la diffamation. Faisons de la France le pays de l’exigence et l’obligation de transparence des sources et sanctionnons les abus », a-t-il tweeté.

Même son de cloche chez les Républicains. Le député LR de Paris Claude Goasguen a également demandé davantage de contrôle. « Nous sommes à l’orée d’une situation que l’on ne domine pas, qu’il va falloir dominer », a expliqué le député sur LCP.

« La fin de l’anonymat est un mauvais combat, dangereux et probablement vain », estime Cédric O

Une initiative que ne partage visiblement pas Cédric O, le secrétaire d’État chargé du Numérique. « La crise actuelle, comme d’autres, interroge sur le respect de l’Etat de droit dans un monde numérique. Nous avons besoin d’une réflexion collective sur ce sujet. Mais la fin de l’anonymat (qui n’est souvent qu’un pseudonymat) est un mauvais combat, dangereux et probablement vain », a tweeté samedi le ministre.

« Le droit à l’anonymat sur les réseaux sociaux, ce n’est pas l’impunité. Les moyens juridiques existent d’identifier et de poursuivre. L’article 6.1.II de la LCEN impose aux réseaux sociaux de conserver les données de nature à permettre l’identification », a expliqué dans un long thread Guillaume Champeau, le fondateur du site Numerama, désormais directeur « éthique et affaires juridiques » du moteur de recherche Qwant. « Ces données peuvent être obtenues sur requête en quelques heures et permettre la conduite des enquêtes et des poursuites », a -t-il ajouté.

Bientôt une nouvelle loi pour renforcer la protection de la vie privée ?

Le #GriveauxGate pourrait très vite trouver un épilogue dans le débat législatif. Selon certains journalistes, des députés de la majorité souhaiteraient proposer « une initiative législative » dès la semaine prochaine pour renforcer la protection de la vie privée, et ainsi améliorer les articles 226 -1 et 2 du code pénal. « Quelle responsabilité de celui qui retweete une vidéo intime ? », s’interrogeraient aujourd’hui certains élus de la majorité.

Cette affaire, qui secoue aujourd’hui la sphère politique française, intervient également en plein débat sur le projet de loi Avia « contre la haine en ligne », qui permet aux plateformes en ligne de supprimer des contenus jugés illicites. En première lecture à l’Assemblée, le député LR Eric Ciotti avait voulu muscler le texte en proposant d’en finir avec l’anonymat sur les réseaux sociaux, mais la proposition avait été retoquée par la rapporteure du projet, la députée LREM Laetitia Avia.