Législatives: Tout savoir sur la polémique qui vise Bruno Bonnell, candidat LREM à Villeurbanne

ELECTION Les pratiques fiscales de l’adversaire de Najat Vallaud-Belkacem sont pointées du doigt…

Elisa Frisullo

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Bruno Bonnell est candidat En marche dans la 6e circonscription du Rhône face à Najat Vallaud-Belkacem.
Bruno Bonnell est candidat En marche dans la 6e circonscription du Rhône face à Najat Vallaud-Belkacem. — Pierre Olivier / M6
  • Une partie des informations a été transmise à la presse par les candidats de la France Insoumise de Villeurbanne.
  • Bruno Bonnell a réagi et s'est expliqué sur les pratiques peu glorieuses qui lui sont reprochées.

Voilà des révélations dont il se serait sans doute bien passé à quelques jours du premier tour des législatives. Depuis mardi, Bruno Bonnell, ex-patron d’Infogrames et d’Atari et candidat de La République en marche (LREM) face à Najat Vallaud-Belkacem dans la 6e circonscription du Rhône, doit faire face à une polémique portant, non pas sur de la fraude fiscale, mais sur de « l’optimisation fiscale ».

20 Minutes vous explique ce qu’il faut savoir sur ces pratiques controversées, qui viennent, en pleine campagne, ternir l’image de cette figure emblématique du jeu vidéo français. Des pratiques décrites en partie dans le jugement de divorce du candidat, rendu en 2011, et transmis cette semaine à la presse locale par les candidats de La France Insoumise de Villeurbanne.

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  • Sanctionné par l’Autorité de sûreté des marchés financiers

En 2008, Infogrames a écopé d’une sanction de 40.000 euros devant l’Autorité des marchés financiers pour avoir « artificiellement fait varier le cours de son titre, ce qui lui a parallèlement permis de réaliser, à des conditions favorables, des cessions de blocs d’actions hors du marché central », peut-on lire dans la décision de l’AMF.

Au moment de cette sanction, Bruno Bonnell avait quitté l’entreprise depuis un an, mais « c’est bien sa gestion qui est visée », selon Mediapart (lien payant). Les faits reprochés remontent en effet à 2003 et 2004, années durant lesquelles le candidat En marche était directeur général de l’entreprise.

  • Son patrimoine optimisé pour éviter l’ISF et l’impôt sur le revenu

En 2008 et 2009, l’entrepreneur de 58 ans, fondateur des sociétés de robotique Awabot et Robopolis, qui a quitté Infogrames en 2007 avec 2,2 millions d’euros d’indemnités, n’a pas payé l’impôt sur le revenu. Dans son arrêt de 2011, la cour d’appel de Lyon estime « que Bruno X…, homme d’affaires très avisé et très habilement conseillé, a entièrement restructuré son patrimoine, y compris en utilisant judicieusement un endettement qui pourrait être qualifié de colossal, afin d’éluder l’impôt de solidarité sur la fortune d’abord et l’impôt sur le revenu ensuite ». En 2008, notamment, il a déclaré comme seuls revenus 14.724 € de salaires et 55.576 € de « jetons de présence » de Danone dont il est l’administrateur, rappelle la justice.

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Cette même année, pourtant, il a déclaré avoir versé 49.964 € de salaire à son personnel de maison, payé des pensions alimentaires à son épouse pour un montant de 90.000 €. » Il a également investi dans une PME à hauteur de 465.000 € », apprend-on dans le jugement de divorce de l’intéressé.

« Si je n’ai pas payé d’impôt sur le revenu en 2008 et 2009 c’est que, comme la loi l’impose, la pension alimentaire versée à mon ex-femme est incluse dans ma déclaration des revenus et prise en compte pour le calcul de cet impôt », se défend aujourd’hui Bruno Bonnell, qui explique avoir fait l’objet de plusieurs contrôles fiscaux ces dernières années. « Ni les juges, ni les inspecteurs en charge de mes dossiers, n’ont trouvé au cours de leurs investigations d’éléments qui constitueraient des dissimulations. »

  • Des sociétés implantées dans un paradis fiscal

Bruno Bonnell est propriétaire de deux sociétés (BB26 et Navya) basées au Delaware, un petit état des États-Unis « connu du monde de la finance internationale pour être ce que l’on nomme communément un "paradis fiscal", note la justice lyonnaise. « Le Delaware est impliqué dans toutes sortes de montages financiers permettant aux sociétés du monde entier d’éluder fiscalement des milliards de capitaux », précise le site Mediapart.

Sur ce sujet aussi, l’entrepreneur s’explique. « La société BB26 a été créée en mars 2007 dans le Delaware car je comptais y établir la base américaine de mes activités de jeux en ligne. Les aléas de la vie m’ayant forcé à revenir en France en août 2007, cette société est en sommeil depuis », assure-t-il. Pour Navya, le fabricant de voitures sans chauffeur basée à Villeurbanne, dont Bruno Bonnell préside le conseil de surveillance, le candidat LREM, cité par Médiapart, précise qu'« il s’agissait de protéger la marque ». « Le Delaware n’est pas qu’un paradis fiscal, c’est aussi un lieu où l’on peut monter des sociétés rapidement. »

  • La France Insoumise dénonce, Bonnell se défend

A l’origine de ces informations sur la gestion financière du patrimoine de Bruno Bonnell, les candidats de la France Insoumise dans la 6e circonscription du Rhône ont de nouveau épinglé le candidat En marche ce jeudi dans un communiqué. « Installer des sociétés dans un Etat assimilé à un paradis fiscal ou optimiser la gestion de son argent pour faire baisser son impôt au point de ne plus en payer du tout, est-ce ce que nous attendons de nos chefs d’entreprise ? » interrogent Laurent Legendre et Céline Fratczak. « Si les pratiques de M. Bonnell sont aujourd’hui permises, la politique d’Emmanuel Macron ne viendra pas les limiter. Et ces pratiques existaient déjà du temps Hollande », dénoncent les adversaires de Bonnell.

« Les méthodes sournoises qui déforment la vérité et insinuent des accusations sans les formuler sont indignes de la philosophie politique que je défends, a pour sa part regretté l’entrepreneur lyonnais. En ce qui me concerne, je ne me serais jamais engagé dans ce combat essentiel pour notre pays si dans ma vie entrepreneuriale et personnelle j’avais à me reprocher une quelconque fraude ou malversation. »