Anonymat sur Internet : les internautes de 20 Minutes très divisés : « Il faut protéger le droit à ne pas s’exposer »

VOUS TEMOIGNEZ Emmanuel Macron s’est prononcé pour la levée de l’anonymat sur le Web. Une revendication de longue date qui dépasse les clivages politiques. Mais qui divise nos internautes…

Nils Wilcke

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Photo d'illustration : l'anonymat sur le web.
Photo d'illustration : l'anonymat sur le web. — pixabay
  • Emmanuel Macron s’est prononcé pour la « levée progressive de l’anonymat sur Internet » pour restaurer le « statut de l’information ».
  • La question divise les internautes de « 20 Minutes ». Certains sont pour afin de lutter contre les fake news et les discours de haine.
  • D’autres rappellent que l’anonymat permet aux personnes et notamment aux victimes de témoigner librement sur Internet.

« Lever l’anonymat serait pour moi une atteinte fondamentale à notre droit d’expression à toutes et tous », avance Ray en réponse à notre appel à témoignages. Comme lui, de nombreux internautes s’inquiètent d’une éventuelle interdiction de l’anonymat sur Internet évoquée par Emmanuel Macron le 18 janvier dernier.

Lutter contre les fake news

Le chef de l’Etat s’est en effet prononcé pour une « levée progressive de tout anonymat » sur le Web, lors de sa visite surprise devant les maires pour le second épisode du grand débat national. « En théorie, il serait possible d’obliger les internautes à pointer au commissariat pour leur donner un permis leur permettant d’utiliser Internet », explique Arthur Messaud, de la Quadrature du Net, une association de défense des libertés en ligne. Dans certains cas, Facebook demande déjà depuis 2015 ses utilisateurs de prouver leur identité sous peine de perdre leurs comptes.

Raison invoquée par le chef de l’État ? Redonner une « hygiène démocratique du statut de l’information ». Autrement dit, l’anonymat permettrait aux fake news de prospérer. Un argument largement partagé par les internautes qui réclament plus de transparence, notamment dans la diffusion des informations. « Les fake news tuent notre démocratie », juge Hélène, qui a répondu à notre appel. « Combien de personnes ont le réflexe de vérifier la véracité de ce qu’ils ont lu sur internet ? », s’interroge Cécile. A l’inverse, d’autres internautes estiment que les fausses nouvelles ne vont pas forcément de pair avec l’anonymat. Donald Trump promettait qu’il n’avait « jamais bu un verre d’alcool » de sa vie avant d'être rattrapé par ses déclarations.

« Il est urgent d’interdire l’anonymat »

La fin de l’anonymat sur le Net est une revendication portée de longue date par les politiques. Lors de la dernière présidentielle, les messageries instantanées cryptées étaient dans le viseur du candidat Macron qui voulait les contraindre à livrer leurs clefs de chiffrement aux autorités dans le cadre de la lutte antiterroriste. Plus récemment, l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot a fait part de son soutien à la levée de l’anonymat au nom de la lutte contre les discours de haine, notamment sur les réseaux sociaux.

Un avis partagé par de nombreux internautes. « Il est urgent d’interdire l’anonymat, cela pourrait endiguer au moins partiellement cette marée de haine qui déferle à flots continus », selon Vivian. « Celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher », tranche Yves de son côté. « C’est trop facile d’insulter ou de mentir de façon anonyme. Je suis scandalisé par ce que je peux lire malgré moi », affirme Hugues.

Mais les réseaux sociaux permettent aussi aux victimes de se parler et de s’entraider. De nombreux témoignages reçus par 20 Minutes défendent l’utilisation d’un pseudo sur les réseaux sociaux pour des raisons variées. Victimes de harcèlement, lanceurs d’alerte au travail

Protégés par le pseudonymat

L’utilisation d’un pseudonyme permet de s’exprimer en toute liberté. « Si j’utilisais mon véritable nom, mon ex me harcèlerait, confie Tara. Cela fait quinze ans qu’il répand ses calomnies, j’aimerais bien en être enfin débarrassée ». « Le pseudonymat m’est impératif pour défendre mes idées politiques, radicalement opposées à celles de la majorité de mon milieu professionnel », explique Thaliane. « Interdire l’anonymat sur Internet, c’est la mort de la démocratie », tranche Charles qui a pu trouver un soutien en ligne face à des difficultés avec son employeur. « Il faut protéger le droit à ne pas s’exposer. »

D’autant que l’idée selon laquelle l’anonymat favoriserait les trolls, les agresseurs et les discours de haine est battue en brèche par plusieurs études. En 2016, des chercheurs de l’université de Zurich ont analysé pendant trois ans les commentaires d’une plateforme de pétitions. Verdict : les personnes les plus agressives ne s’exprimaient pas sous pseudonyme. Bref, le débat ne fait que commencer.