Rick Osterloh, vice-président de Google: «On va faire du hardware pour le reste de notre existence»

INTERVIEW Malgré les ventes décevantes du Pixel 3, Google espère se relancer avec le 3a, vendu deux fois moins cher

Propos recueillis par Philippe Berry

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Rick Osterloh, vice-président de Google en charge du hardware et des services, le 9 octobre 2018.
Rick Osterloh, vice-président de Google en charge du hardware et des services, le 9 octobre 2018. — Richard Drew/AP/SIPA

Google double la mise. Lors de sa grande conférence annuelle Google I/O, qui s’est achevée jeudi, le géant du Web a poursuivi son offensive sur le front du hardware, notamment avec un nouveau téléphone, le Pixel 3a, commercialisé à un prix compétitif (399 euros), et un nouvel écran connecté pour la maison, le Google Nest Hub. Lors de ses résultats trimestriels, fin avril, Google a pourtant déçu les investisseurs : le Pixel 3 s’est moins vendu que le modèle précédent, et la croissance des revenus publicitaires – qui représentent plus de 80 % du chiffre d’affaires de l’entreprise – ralentit. Pourquoi s’acharner sur le marché des smartphones ? Rick Osterloh, ancien de Motorola et senior vice-president en charge du hardware et des services de Google, explique la stratégie du groupe.

Le Pixel 3a à 399 euros, est-ce un aveu d’échec de la stratégie du Pixel 3 (vendu à 850 euros) ?

Le prix des smartphones a explosé avec celui des composants, et de nombreux clients se sentent laissés de côté avec des téléphones à 1.000 euros. On s’est fixé un défi : proposer une expérience photo identique, avec une bonne performance et une longue autonomie à moitié prix. C’est le premier projet supervisé par l’équipe de Taipei (composée de 2.000 salariés rachetés à HTC, ndr), qui s’est surpassée, et le résultat doit également beaucoup à la magie du software. Nous sommes très satisfaits.

L’expérience est très proche de celle du Pixel 3. Ne l’avez-vous pas condamné ?

Il y a deux types catégories de clients : ceux qui ne veulent pas – ou ne peuvent pas – dépenser 1.000 euros dans un smartphone, et ceux qui veulent le meilleur produit possible car ils l’utilisent tous les jours. Avec le Pixel 3 et le 3a, nous nous adressons à ces deux segments.

Avec l’intégration des employés de HTC et de Nest, la disponibilité du Pixel 3a dans plusieurs dizaines de pays et chez la plupart des opérateurs aux Etats-Unis, vous n’aurez plus d’excuses si les ventes ne décollent pas…

Le marché du smartphone est très établi. Il a fallu du temps à Apple, et une dizaine d’années à Samsung ou Huawei pour arriver où ils sont. Nous n’y sommes que depuis deux ans et demi. Nous avec réussi à faire Pixel une marque de qualité, et la satisfaction des clients est une priorité. Mais clairement, nous avons l’objectif d’atteindre des volumes de ventes importants. Cela prendra du temps, mais nous sommes dans une course longue distance.

Microsoft a jeté l’éponge sur Windows Phone, et sa nouvelle stratégie lui a réussi. Est-ce que Google se fixe une date butoir pour atteindre ses objectifs ?

Non. Nous ne pouvons pas ne pas être sur le marché des smartphones. Nous ferons du hardware pour le reste de notre existence. C’est indispensable pour influencer notre écosystème, sur Android, mais aussi sur la maison connectée. Pour proposer la meilleure expérience possible, pour tirer parti de l’intelligence artificielle et du machine learning, il faut contrôler le hardware et le software. On l’a montré avec la photo et le mode Night sight (nuit).

L’Assistant va fonctionner « on device » (sur le téléphone) sans passer par le Cloud. Avez-vous décidé de collecter moins de données pour rassurer les clients et les autorités ?

C’est très important de faire davantage en local en réduisant la quantité de données collectées, tout en étant aussi utile que possible. C’est toujours donnant-donnant : si nous avons plus de données, nous pouvons offrir davantage de fonctionnalités, mais nous souhaitons laisser le choix à l’utilisateur. Le futur sera à la fois on device et dans le Cloud.