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On a rencontré la première femme souffleuse de verre de Murano

Elle est l’une des seules souffleuses de verre de Murano… L’incroyable vocation d’Agnese Tegon

go girlSur l’île de Murano, près de Venise (Italie), des femmes tentent de s’imposer comme souffleuses de verre, une profession où les hommes sont largement surreprésentés
Fiona Bonassin

Fiona Bonassin

L'essentiel

  • Agnese Tegon est la seule femme vénitienne à travailler comme souffleuse de verre dans les célèbres ateliers de Murano. Un métier traditionnellement interdit aux femmes depuis l’époque des Doges de Venise.
  • Avec Giancarlo Signoretto, ils créent ensemble des œuvres d’art en verre, notamment les Nymphes d’Or pour le Festival de la télévision de Monte-Carlo.
  • Le métier de souffleur de verre est en danger car le nombre de maîtres verriers est passé de 1.500 dans les années 1970 à une vingtaine aujourd’hui.

Il y a des métiers qui se rapprochent plus du rêve et de la prouesse artistique que d’autres. Depuis une grosse dizaine d’années, l’Italienne Agnese Tegon manie le verre comme personne. Elle est non seulement l’une des rares jeunes à avoir fait le choix d’embrasser la carrière de souffleur de verre, mais elle est aussi la seule femme Vénitienne à travailler dans les célèbres ateliers de Murano.

Au Festival de la télévision de Monte-Carlo, elle et son formateur Giancarlo Signoretto offrent aux acteurs du monde du cinéma des statuettes en verre : les Nymphes d’Or. Véritables œuvres d’art, le travail des deux artistes a été salué par le monde entier et même par Kurt Russel qui a reconnu en une seconde le maître verrier qu’il avait rencontré il y a plus de vingt ans.

« J’ai mis une sacrée pagaille »

Ce métier de souffleuse de verre, Agnese en a toujours rêvé mais il semblait difficile à atteindre : « J’ai toujours été fascinée par le verre, se souvient la jeune vénitienne, et Giancarlo m’a donné l’opportunité de me former et j’ai immédiatement adoré ce métier car le matériel est fascinant. D’habitude c’est un don qui se transmet de père en fils mais moi je suis une femme… » Il lui aura fallu une seule rencontre pour changer sa vie, le maestro Signoretto dispense des cours à Venise pour présenter son métier à des jeunes étudiants en école d’art.

« Les Doges de Venise avaient interdit aux femmes de souffler le verre et de rentrer dans les ateliers de Murano, elles ne pouvaient pas travailler la matière sauf pour décorer les pièces » explique le souffleur de verre. La non-mixité est donc devenue la norme pendant des centaines d’années jusqu’à ce que Giancarlo décide de mettre un coup de pied dans la tradition en formant Agnese. « On n’a pas fait exprès, mais on a découvert que c’était la première Vénitienne à souffler le verre. J’ai mis une sacrée pagaille. » raconte-t-il hilare. En offrant à une femme une place dans son atelier, le Calabrais perpétue la tradition qui avait commencé avec son frère et qu’il l’a mené au sommet en installant ses sculptures dans le monde entier : « J’ai des pièces au Métropolitain Muséum Of Art et j’ai fait la statue de Michael Jackson qui se trouve à Neverland. »

Un art en danger

Mais en discutant avec les deux artistes, leur inquiétude sur le futur de leur métier est palpable. Si le Festival de la Télévision de Monte-Carlo leur offre une parenthèse dorée, la réalité sur leur petite île est plus compliquée. Les souffleurs de verre disparaissent petit à petit comme le confie Giancarlo Signoretto : « Quand j’ai commencé au milieu des années 1970, il y avait 1.500 maîtres verriers et aujourd’hui à Murano il reste trente ateliers et une vingtaine de maestri. » C’est pour cela que l’homme a pris le temps de former Agnese Tegon, pour que l’art local reste en vie. Une belle histoire de transmission. « Elle ne doit pas devenir mon double, elle doit faire sa propre expérience mais je serais-là, assis à côté, comme dans un train et en regardant dans le même sens qu’elle… Jusqu’à ce que mon corps me le permette » souffle l’Italien.

Ensemble les deux Italiens ont l’impression d’être laissés de côté par leur pays. « Je suis fâché avec l’Italie, je travaille pour les plus grands noms de cette planète et il ne valorise pas notre travail, s’exaspère le souffleur de verre, on a beaucoup de choses dans notre pays, mais elles ne sont pas valorisées. » termine Giancarlo Signoretto. Dans quelques jours le soixantenaire devrait prendre sa retraite et quitter son atelier. En passant le relais à Agnese, l’histoire de son frère qui l’avait initié au métier de souffleur de verre va pouvoir perdurer.