Mème de Jawad Bendaoud: «Il est en décalage avec la gravité des faits, c’est ça qui marche»

INTERVIEW Vidéos, détournements, mèmes... Depuis sa première apparition sur BFMTV, le 18 novembre 2015, Jawad Bendaoud n'en finit plus de faire rire certains internautes, au grand dam des victimes du 13-Novembre

Propos recueillis par Manon Aublanc

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Jawad Bendaoud, l'homme qui a logé les terroristes dans un appartement de Saint-Denis
Jawad Bendaoud, l'homme qui a logé les terroristes dans un appartement de Saint-Denis — BFMTV / AFP
  • Jawad Bendaoud a été condamné en appel, le 29 mars dernier, à quatre ans de prison pour avoir hébergé deux terroristes du 13-Novembre.
  • Le 18 novembre 2015, il avait donné une interview surréaliste, à BFMTV, où il expliquait avoir simplement « rendu service ».
  • Sur les réseaux sociaux, il est régulièrement l’objet de moqueries et de détournements. L’association de victimes du 13-Novembre Life for Paris a confié hier sa « consternation » par rapport aux mèmes qui circulent sur lui.

Pour Life for Paris, c'en est trop. L’association de victimes du 13-Novembre s'est dit «consternée» mardi par la dérision autour de Jawad Bendaoud sur les réseaux sociaux. Une vidéo de quelques secondes sur BFMTV aura suffi à transformer Jawad Bendaoud en star des réseaux sociaux. Vidéos, détournements, mèmes… Depuis le 18 novembre 2015, le soir de l’assaut du Raid et de la BRI contre les terroristes des attentats de Paris et de Saint-Denis, le « logeur de Daesh », est devenu l’objet de toutes les moqueries sur Internet.

« J’ai appris que c’était chez moi, que les individus sont retranchés chez moi. Mais je n’étais pas au courant que c’était des terroristes. On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service monsieur. On m’a dit d’héberger deux personnes pendant trois jours, j’ai rendu service normalement. Je ne sais pas d’où ils viennent… Je suis au courant de rien. Vous pensez que si je savais je les aurais hébergés ? », avait expliqué Jawad Bendaoud, condamné à quatre ans de prison pour avoir hébergé deux des terroristes responsables des attentats du 13-Novembre.

Depuis ses explications maladroites, chaque vidéo, chaque image et chaque apparition de Jawad Bendaoud est source de moqueries sur les réseaux sociaux. Dernier « buzz » en date : l’attitude du « logeur de Daesh » lors de son entrée dans la salle d’audience pour son procès en appel, le 29 mars dernier. Démarche de cow-boy, posture de défi et regard noir, la séquence est devenue un « mème ». Pour Romain Rissoan, consultant-formateur en transformation digitale interrogé par 20 Minutes, « plus il exagère son trait de caractère, plus ça le dédouane ».

Comment Jawad Bendaoud est-il devenu une star des réseaux sociaux ?

Il y a toujours trois éléments qui entrent en jeu pour qu’une image, une vidéo ou une personne fasse le « buzz » sur les réseaux sociaux. Premièrement, il faut que le sujet soit relié à une actualité forte. Dans le cas de Jawad Bendaoud, la France entière avait les yeux rivés sur les attentats du 13-Novembre qui venaient d’avoir lieu, ça a joué un énorme rôle dans la viralité de la vidéo.

Deuxièmement, il faut que le personnage soit anonyme, qu’il s’agisse d’un individu lambda. Dans le cas de Jawad Bendaoud, avant son interview à BFMTV, personne ne l’avait jamais vu. Ce n’était ni un acteur, ni un mannequin, ni un humoriste. Troisièmement, il faut que l’approche soit décalée, originale, inattendue ou surprenante. Dans la vidéo, Jawad Bendaoud a vraiment une attitude complètement inattendue par rapport à la situation, il est complètement en décalage avec la gravité des faits, c’est ça qui marche.

Pourquoi les internautes se sont-ils autant intéressés à lui ?

Il y a une certaine ambiguïté sur le sentiment des internautes. La vidéo provoque des émotions différentes chez les gens : de la compassion, car il est accusé d’avoir hébergé des terroristes et affirme s’être fait prendre au piège ; du ridicule, lié à ses explications confuses et farfelues ; du sérieux, s’il s’est réellement fait avoir, ça peut arriver à d’autres personnes ; du dégoût, s’il les a hébergés en connaissance de cause, il a tout simplement aidé des terroristes. Deuxième chose, sur les réseaux sociaux, les contenus faciles, à l’image des chats, des chutes, des gags, marchent. C’est aussi le cas pour ceux de Jawad Bendaoud. Comme c’est un contenu de piètre qualité, c’est accessible à tous.

Il y a également une part de responsabilité des algorithmes. Aujourd’hui, on est complètement soumis à ces algorithmes. La visibilité d’un contenu « qui buzze » est exagérée par les algorithmes des outils comme Google, Facebook ou Instagram. Pour beaucoup d’internautes, la vidéo leur a été suggérée par les algorithmes. C’est aussi pour ça que ça a touché un si grand nombre de personnes.

Il revendique 850.000 abonnés sur Snapchat, il filme ses sorties du palais de Justice, il donne des interviews devant les caméras… Jawad Bendaoud ne s’est-il pas servi un peu de sa notoriété sur les réseaux sociaux ?

Bien sûr. Implicitement, il cherche cette visibilité, il aime se faire remarquer. Il veut qu’on le regarde, qu’on l’apprécie. Il a d’ailleurs peut-être été encouragé par ses conseillers ou ses avocats à se mettre en scène, à exacerber son attitude décalée, son ignorance, son attitude de benêt.

Plus il exagère son trait de caractère, plus cela devient comique, plus il se dédouane aux yeux de la justice et de l’opinion publique.