Sandwichs, tiramisu et rails de coke… La recette de Jawad Bendaoud pour se défendre

PROCES Jugé en appel pour avoir hébergé deux des terroristes du 13-Novembre, Jawad Bendaoud a été interrogé, ce jeudi, par les avocats des parties civiles…

Vincent Vantighem

— 

Bobigny, le 25 avril 2018. Jawad Bendaoud lève les bras au ciel en sortant du tribunal de Bobigny où il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour des violences sur sa compagne.
Bobigny, le 25 avril 2018. Jawad Bendaoud lève les bras au ciel en sortant du tribunal de Bobigny où il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour des violences sur sa compagne. — Alain JOCARD / AFP
  • Relaxé en février, Jawad Bendaoud est jugé en appel pour avoir hébergé deux des terroristes du 13-Novembre.
  • Fantasque, le trentenaire fait le show à la barre pour tenter de convaincre de son innocence.
  • Il prétend toujours qu’il ignorait que les deux hommes logés chez lui étaient en cavale.

Il ne lui a fallu que quelques minutes à la barre pour voir poindre les premiers signes d’énervement : « Ne jouez pas avec la vérité ! Sinon, je ne répondrai plus aux questions. » Ensuite, il est passé à l’insulte : « Mais vous êtes complètement tarté, vous ! » Il a aussi testé l’humour, pointant l’incongruité qu’il y avait à proposer « un boîtier TNT à des terroristes » pour qu’ils puissent regarder la télé. Et il a même osé faire une allégorie quand il s’est comparé à « un dauphin » aux prises avec « les tentacules énormes » de la justice. « J’en esquive une… Y’en a une autre qui arrive… »

Rejugé depuis le 21 novembre pour « recel de malfaiteurs terroristes », Jawad Bendaoud a balayé, ce jeudi, toute la palette des sentiments humains pour tenter de convaincre la cour d’appel de Paris de son innocence. Relaxé en première instance en février, il prétend toujours qu’il ignorait que les deux hommes qu’il a hébergés dans son squat de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en 2015, étaient deux des terroristes ayant commis les tueries du Bataclan et des terrasses cinq jours plus tôt.

Enfermé pendant cinq jours à « taper des rails » de cocaïne

Dans le lot, il y avait Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attaques. Celui qu’on aperçoit sur une vidéo en train de tracter des cadavres avec un 4X4 en Syrie. Celui dont la France entière a suivi la traque après la pire attaque terroriste qu’elle a connue. Toute la France sauf Jawad Bendaoud. Et le trentenaire reconnaît lui-même que c’est la principale invraisemblance qui peuple son histoire.

« Le soir des attentats, j’étais chez mon père. Il m’a dit que les terroristes étaient des Pakistanais d’Al-Qaïda et qu’ils étaient tous morts. J’ai pas cherché plus loin… » Parce qu’à l’époque, Jawad Bendaoud n’allait pas bien. Une ex-copine venait de l’appeler pour lui dire qu’elle était enceinte de lui. Alors le trentenaire est resté enfermé pendant cinq jours à « taper des rails » de cocaïne. Trente-cinq grammes « facile facile », lâche-t-il à la barre. Et quand on lui a proposé de gagner « 50 balles » en louant son squat à des mecs venus de Belgique, il n’a pas fait le lien.

« Je n’aurais même pas pu manger une frite… »

Cela paraît tellement dingue que le prévenu détaille chacun de ses faits et gestes de l’époque pour tenter de prouver sa bonne foi. Il y a le repas : « La veille de l’assaut, j’ai mangé deux sandwichs et un tiramisu. Mais si j’avais su que c’était des terroristes, je n’aurais même pas pu manger une frite… » La soirée télé aussi : « Je n’ai pas vu les infos car sur la télé en 3D à 2.000 euros de ma copine, je ne sais mettre que des films et Netflix… »

Jurant une bonne dizaine de fois sur la tête de sa mère et au moins le double sur celle de son fils, le prévenu a fini audacieusement par prendre directement à partie le président de la cour d’appel. « J’ai dormi tranquillement à 23 heures. Le lendemain, je me réveille, je suis un terroriste ! Vous imaginez ? Vous vous couchez à 23 heures en président de cour respectable. Le lendemain, vous êtes un pédophile ! Vous réagiriez comment ? »

Un pari à 1.500 euros sur l’issue du procès

Passablement agacé par les effets de manche de ce prévenu très spécial, le président ne prend même pas la peine de lever les yeux vers lui après cette question. Il laisse les avocats des nombreuses parties civiles tenter de le déstabiliser. Et Jawad Bendaoud de se plaindre en permanence de son sort.

« Faut me comprendre. J’ai passé deux ans à l’isolement. Et puis procès. Et puis relaxe. Et là, on veut me remettre en prison. Mais on veut me rendre fou ! » Ne l’est-il pas déjà un peu ? Entre deux sorties surréalistes, le prévenu a, en effet, reconnu à la barre qu’il avait parié 1.500 euros il y a quelques jours à peine avec une connaissance de son quartier. « Si je suis innocenté, je lui dois ! » Dans le cas contraire, le « pote » a promis de lui envoyer la somme en prison.

Jawad Bendaoud encourt une peine de six ans. Son procès doit s’achever le 21 décembre.

Suivez en direct la suite de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem