Procès de Jawad Bendaoud: «Le problème, c’est que ma vie est complètement niquée!»

PROCES Après trois heures d’interrogatoire, Jawad Bendaoud s’est énervé à la barre, insultant et menaçant tout le monde dans la cour d’appel de Paris…

Vincent Vantighem

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Jawad Bendaoud arrive à la cour d'appel de Paris où il est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", le 21 novembre 2018.
Jawad Bendaoud arrive à la cour d'appel de Paris où il est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", le 21 novembre 2018. — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Relaxé en février, Jawad Bendaoud est jugé en appel.
  • Il est accusé de « recel de malfaiteurs terroristes ».
  • Il prétend qu’il ignorait qu’il hébergeait des terroristes de Daesh.

Il y a le gris anthracite. Celui aux couleurs du club de football de Dortmund (Allemagne). De l’Inter de Milan (Italie) aussi. Et bien sûr le noir orné de bandes à paillettes dorées. Jawad Bendaoud possède une magnifique collection de survêtements. Mais, vendredi, il a demandé à la cour d’appel de Paris, qui le juge depuis le 21 novembre, de « l’imaginer » en djellaba. « Imaginez que je sois ce mec qui met une djellaba et qui va à la mosquée. Mais j’aurais pris perpétuité ! »

Jawad Bendaoud fume des joints. Il mange des grecs. Il vend du crack. Héberge des escorts. Il parle comme un caïd de cité. Et sa mère regarde les Feux de l’amour, alors qu’elle ne parle même pas français. Autant d’exemples incongrus lancés à la cour pour montrer qu’il n’a rien d’un terroriste, d’un djihadiste. Et au cas où elle ne l’aurait pas compris, il ose lancer une drôle de formule à l’avocate générale : « Dieu merci, je ne suis pas radicalisé ! »

Quand il parle de La Mecque avec « le mec qui tracte des cadavres »

Pendant plus de trois heures, ce vendredi, la représentante du ministère public a tenté de déstabiliser Jawad Bendaoud. Balayant toute sa vie, elle a tenté de savoir s’il ignorait vraiment que les deux hommes qu’il a hébergés, en novembre 2015, dans son squat de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), étaient deux des terroristes ayant ensanglanté la France cinq jours plus tôt.

Considéré comme le cerveau présumé des attentats du 13-Novembre, Abdelhamid Abaaoud lui a même demandé, ce jour-là, où était la Mecque (Arabie Saoudite) pour savoir dans quelle direction prier. « Je lui ai dit que je ne faisais pas la prière, se défend le "logeur de Daesh" aujourd’hui, à la barre. Mais faut être fou ! Vous croyez que si j’avais su que ce mec était terroriste, j’aurais répondu ça. Le mec tracte des cadavres en Syrie et je lui dis que je ne fais pas la prière ! »

« Celui qui souffle, je l’attrape dehors »

Ainsi parle Jawad Bendaoud. D’une voix forte. Agaçante. D’un débit rapide. Il répète, encore et toujours les mêmes choses. Il s’embrouille. Il embrouille. Il irrite. Il fatigue ses interlocuteurs. « Vous ne me saoulerez pas », avait prévenu l’avocate générale en début d’audience. Elle avait raison. Mais elle n’avait pas, alors, prévu que Jawad Bendaoud se saoule lui-même.

Suscitant un soupir de désapprobation dans le public après une nouvelle sortie, le prévenu s’emporte à la barre au bout de trois heures d’interrogatoire. « Celui qui souffle, je l’attrape dehors, j’encule sa grand-mère. Bande de fils de putes. Je vous encule tous un par un ! » Les gendarmes le maîtrisent. Le pupitre et le micro tombent. Jawad Bendaoud crie son adresse afin d’en découdre, plus tard, avec tous ceux qui le souhaitent. L’audience est suspendue.

Un casier long comme le bras mais aucune preuve indubitable

Trois ans après les attentats, nous en sommes donc toujours au même point. Avec d’un côté les pires attentats que la France ait connus, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et de l’autre un homme qui prétend, comme il l’a fait sur BFM en direct le jour de l’assaut du Raid, avoir seulement voulu « rendre service » en hébergeant deux hommes, dont il ignorait tout.

Certes, Jawad Bendaoud a un casier judiciaire long comme le bras. Certes, il gagne sa vie en vendant de la drogue et en hébergeant des prostituées. Mais dans le dossier qui occupe la cour d’appel, rien ne prouve indubitablement qu’il était de mèche avec les terroristes du 13-Novembre. « Le problème, c’est que maintenant ma vie, elle est niquée, hurle-t-il dans la salle des pas perdus. Ma vie, elle est complètement niquée ! »

A dix mètres à peine de lui, une jeune victime des attentats pleure doucement dans les bras de son père. Elle aussi pourrait sans doute hurler la même chose. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 21 décembre.

Suivez la suite de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem