Comment quarante secondes d'interview à BFMTV ont ruiné la vie de Jawad Bendaoud

JUSTICE Jugé, à partir de ce mercredi, pour avoir hébergé les terroristes du 13-Novembre, Jawad Bendaoud continue à être la risée des internautes…

Vincent Vantighem

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Jawad Bendaoud, l'homme qui a logé les terroristes dans un appartement de Saint-Denis
Jawad Bendaoud, l'homme qui a logé les terroristes dans un appartement de Saint-Denis — BFMTV / AFP
  • Le procès de Jawad Bendaoud s’ouvre, ce mercredi, à Paris.
  • Il est accusé d’avoir hébergé deux terroristes du 13-Novembre.
  • Il avait donné une interview surréaliste juste avant d’être arrêté.
  • Aujourd’hui encore, il est l’objet de détournements sur Internet.

Comme un mantra, son avocat le répète à chaque audience : «  Jawad Bendaoud est celui dont on a trop ri après avoir trop pleuré… » La formule devrait donc résonner à nouveau, mercredi, dans le tribunal correctionnel de Paris où « le logeur de Daesh » est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes.

>> Procès de Jawad Bendaoud : « Ne pas sous estimer les faits reprochés »

Le procès doit durer trois semaines. Les réseaux sociaux en salivent d’avance et se préparent déjà à placer « #Jawad » parmi les sujets de conversation les plus commentés. La faute à ces quarante petites secondes d’interview accordées à BFMTV sur un trottoir de Saint-Denis, le 18 novembre 2015, alors que le Raid « neutralisait » Abdelhamid Abaaoud et ses derniers complices.

 

« Ben, j’ai appris que c’était chez moi (…) Voilà, j’étais pas au courant que c’était des terroristes, moi (…) On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service, normalement… », lâchait Jawad Bendaoud. Il n’en fallait pas plus à une France traumatisée par les 130 morts des attentats pour esquisser un début de sourire après cinq jours de larmes et de sang.

Catharsis et « soirées pyjama de Jawad » sur Facebook

La crédulité de cet homme âgé de 31 ans a agi comme la meilleure des catharsis. Solidarité nationale oblige : chaque malade a voulu en faire profiter les autres en partageant la vidéo comme si c’était le meilleur des remèdes. Ensuite, ce fut à qui trouverait le meilleur jeu de mots. A qui la blague la plus drôle… Les invitations aux « soirées pyjama de Jawad » ont fleuri sur Facebook. Le « Logeur de Daesh » a fait son apparition sur Twitter. Et Les gendarmes à Saint-Tropez ont servi de décor à des montages improbables le mettant en scène…

Trois ans après, Jawad Bendaoud assure que les surveillants de prison le surnomment toujours « Century 21 » ou « Stéphane Plaza » pour sa capacité à dénicher des logements à quiconque. Il le vit toujours très mal. A tel point que, parfois, il « pète des câbles ». Comme en janvier, lors d’une audience à Bobigny (Seine-Saint-Denis), où il a traité les policiers de « Fils de pute » leur donnant rendez-vous à sa sortie de prison pour se battre « où ils veulent, quand ils veulent ! »

>> « Attends que je sorte Fils de pute ! » : Jawad Bendaoud pète un câble

Du « Coca cherry », de « l’Oasis » et un peu de peine

Titulaire du seul brevet du collège, Jawad Bendaoud s’exprime maladroitement. Mais toujours pour clamer son innocence. Ainsi, quand il prend son stylo bleu dans sa cellule le 1er octobre 2016, c’est pour écrire au juge d’instruction qu’il ne pouvait pas savoir qu’il hébergeait les terroristes du 13-Novembre. Sinon, il ne leur aurait jamais offert du « Coca cherry et de l’Oasis ».

>> Jawad Bendaoud décide d'écrire au juge d'instruction

Bien sûr, l’argument a de quoi faire sourire. La presse l’a donc largement diffusé -y compris 20 Minutes- et en a profité pour ressortir tous les détournements autour de Jawad Bendaoud, gages d’une audience facile. Rares en revanche ont été les médias à relayer les propos que le prévenu tenait seulement dix lignes plus bas dans le même courrier.

 

« Je vais faire quoi quand je vais sortir [de prison] ? demandait-il ainsi au juge. Où je vais aller ? Où je vais vivre ? A combien de personnes je vais devoir me justifier ? Qui va penser que je dis la vérité ? Qui va penser que je mens ? »

Jugé pour recel de malfaiteurs terroristes, en état de récidive, Jawad Bendaoud encourt une peine de six ans d’emprisonnement. Impossible de savoir, en revanche, combien de temps encore #Jawad sera condamné à amuser les internautes.