Pourquoi le nouvel outil de dons, lancé par Facebook en France, pose question

RÉSEAUX SOCIAUX Le 25 septembre prochain, Facebook lancera un outil permettant aux associations de récolter des fonds via le réseaux social...

Helene Sergent

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Capture d'écran de la nouvelle fonctionnalité lancée par Facebook le 25 septembre prochain.

Capture d'écran de la nouvelle fonctionnalité lancée par Facebook le 25 septembre prochain. — Facebook

Dix millions de dollars en deux jours. C’est la somme récoltée en 2015 par Facebook auprès des internautes pour venir en aide aux victimes du violent séisme survenu au Népal. Deux ans après, la firme de la Silicon Valley a annoncé le lancement en France et en Europe, d’un outil de récolte de dons disponible dès le 25 septembre prochain. Quatre associations - la Fondation de France, les Restos du Coeur, l’Unicef et Action contre la faim - participeront à la phase de test prévue jusqu’au 29 octobre.

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A terme, le site lancera un autre outil pour permettre à n’importe quel internaute de lever des fonds à but non lucratif, de lancer des cagnottes et une fonctionnalité similaire sera disponible pendant et après un Facebook live. Si les plateformes de dons en ligne se sont multipliées ces dernières années, l’annonce de ce lancement en France suscite quelques interrogations.

Quel garde-fou ?

En juin dernier, le site Paypal a fait l’objet d’une vive polémique après le lancement, sur son site, d’une campagne de dons orchestrée par le groupuscule d’extrême droite Génération Identitaire. Dissimulé sous la bannière « Défendons l’Europe », le projet financé par les internautes à hauteur de plusieurs milliers d’euros visait à empêcher les opérations des ONG en Méditerranée à destination des migrants en danger. La responsabilité de Paypal avait été pointée du doigt par de nombreux internautes, le site mettant fin quelques jours plus tard à la campagne xénophobe.

Ici, Facebook l’assure, seules les associations pouvant justifier leur statut et leur reconnaissance auprès de l’Etat pourront bénéficier de l’outil de collecte. Un processus de vérification « à la main » et « au cas par cas » sera mis en place pour s’assurer que les activités de l’association sont conformes aux conditions générales d’utilisation de Facebook a précisé le site à 20 Minutes.

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Une garantie insuffisante pour Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes. « Il est très facile aujourd’hui de contourner les CGU de ces plateformes et j’ai des doutes quant à la capacité en interne de vérifier à la main, et au cas par cas toutes les associations, au regard du volume de campagnes de dons qui existent », juge l’universitaire.

Financiarisation et hypercentralisation

Facebook précise que des frais seront prélevés à hauteur de 5 % sur les cagnottes récoltées. « 3,5 % sont dédiés au processus de vérification, à la sécurité, la lutte contre fraude et 1,5 % pour le processus de paiement en lui-même », indique le réseau et les frais ne seront pas appliqués entre le 25 septembre et le 29 octobre pendant la phase de test. Des montants toutefois supérieurs à ce qui se pratique sur d’autres plateformes révélait ce mercredi le site Numerama.

« Avec cette fonctionnalité, Facebook devient un nouvel intermédiaire financier. Cela s’inscrit également dans un processus global de financiarisation du mode de financement des associations. La logique de philanthropie et d’humanisme propre au milieu caritatif est peu à peu remplacée par une logique de concurrence, de marché, de marketing », analyse l’économiste Amélie Artis, spécialiste de l’économie sociale et solidaire.

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Même constat pour Olivier Ertzscheid : « Ce qui marche très bien sur Facebook est évidemment ce qui relève du registre de l’émotion. La logique virale, autre moteur essentiel du réseau, risque de voir les "grosses" associations capter les audiences au détriment des petites organisations caritatives. »