Vers quelle(s) galère(s) vogue le C-Star, le bateau anti-migrants de militants d'extrême droite?

MÉDITERRANÉE Circulant depuis le mois de juillet sous pavillon Mongol dans les eaux internationales de la Méditerranée, le C-Star a été loué par des militants européens d’extrême droite…

Helene Sergent

— 

Capture d'écran du compte Twitter de la mission des militants d'extrême droite montrant le C-Star.
Capture d'écran du compte Twitter de la mission des militants d'extrême droite montrant le C-Star. — DefendEurope
  • Les militants de Génération Identitaire ont récolté près de 170.000 euros via le financement participatif lancé en mai.
  • Le bateau loué par le collectif anti-migrants serait parti le 7 juillet dernier de Djibouti.
  • Il serait actuellement immobilisé au large des côtes tunisiennes.

Le bateau n’a pas bougé depuis lundi 7 août. Affrété en Méditerranée par les militants d’extrême droite du mouvement Génération Identitaire, le C-Star est actuellement à l’arrêt au large de la Tunisie. Lancée avec fracas en mai dernier, l’opération Defend Europe a récolté près de 170.000 euros grâce au financement participatif.

>> A lire aussi : Méditerranée: Des pêcheurs tunisiens prêts à bloquer l'arrivée d'un navire de militants anti-migrants

Objectifs mis en avant par le groupuscule : « Surveiller les bateaux des ONG » qu’ils accusent de complicité avec « les passeurs », « détruire les embarcations vides » utilisées par ces mêmes mafias et « sauver des migrants »… En les « ramenant dans des ports non-européens » ! Autrement dit, la Libye. Si cette ambition a été mise à mal par des militants antiracistes de différents pays méditerranéens, elle interroge toutefois les états sur leur capacité à légiférer dans de telles situations.

  • Quel recours juridique ?

Loué à Djibouti et appartenant à un homme d’affaires suédois, le C-Star vogue actuellement sous pavillon mongol avec à son bord plusieurs militants autrichiens, allemands, italiens et français comme Clément Galant, militant lyonnais de Génération Identitaire. L’opération, ouvertement anti-migrants, peut-elle faire l’objet d’une quelconque interdiction ? Non, répond Henri Labayle, professeur de droit à l’Université de Pau.

« A partir du moment où le bateau navigue sur les eaux internationales et ne commet aucun acte illégal à l’égard d’autres embarcations, les états n’ont aucune possibilité d’agir », explique l’universitaire. « Les gardes-côtes libyens pourraient interpeller l’équipage si celui-ci s’introduisait dans leurs eaux territoriales », nuance toutefois le juriste. Enfin, forcer un bateau transportant des migrants à regagner la Libye serait illégal selon le droit maritime international.

En juin dernier, le gouvernement a tenté d’agir en signalant la mission de Génération Identitaire auprès du procureur de la République de Paris. La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) dénoncait « la commission des délits de provocation à la discrimination à l’égard de personnes ou d’un groupe à raison de leur origine, et d’association de malfaiteurs en vue de commettre le délit d’entrave aux mesures d’assistance et de secours ».

>> A lire aussi : Le phénomène identitaire inquiète

« Depuis la transmission de la saisine du procureur le 14 juin, nous n’avons pas eu de retour mais nous serons informés dès que la décision d’ouvrir une enquête sera prise ou non, a précisé la DILCRAH à 20 Minutes, tout ce qui contreviendrait au droit international et au droit maritime et qui permettrait d’augmenter les charges contre cette opération et ses meneurs seront bien entendu transmis au procureur de la République pour les besoins de l’enquête. »

  • Un maigre bilan

Mais pour l’heure, la mission des militants xénophobes du C-Star s’apparente davantage à une opération de communication savamment orchestrée et à une errance forcée sur la Méditerranée. Selon l’AFP, le navire aurait été empêché la semaine dernière de se ravitailler dans un port grec. Le quotidien chypriote Kibris Postasi fait également état de leur interpellation dans le port chypriote turc de Famagouste pour « faux et usage de faux » avant d’être relâchés.

Une information que s’est empressé de démentir Defend Europe sur son compte Twitter. Après avoir longé les côtes libyennes, le C-Star est désormais à l’arrêt au large de Sfax en Tunisie. Dimanche 6 août, des pêcheurs se sont rassemblés dans le port de Zarzis dans le sud-est du pays pour « dire non » à un éventuel accostage du bateau. De son côté, l’ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a appelé « le gouvernement à ne pas coopérer avec son équipage raciste et dangereux ».

>> A lire aussi : Des collectifs d'extrême droite lèvent 64.000 euros pour empêcher les sauvetages de migrants en mer

Pour Henri Labayle, la mission relève avant tout de la « gesticulation » et du « coup de com' ». Pour autant, l’universitaire s’inquiète : « Cette revendication identitaire s’inscrit dans un vaste mouvement de déqualification des ONG présentes aux côtés des migrants en Méditerranée. C’est assez désolant, et ça détourne les regards des véritables enjeux de cette crise migratoire. »