#RadioLondres: Ce qu'il faut savoir avant d'utiliser ce mot-clé sur Twitter dimanche

ELECTION Né en 2012 à l’occasion de l’élection présidentielle, le mot-clé « #RadioLondres » permet aux internautes de diffuser des estimations avant l’heure légale fixée par une loi datée de 1977…

Helene Sergent

— 

Capture d'écran du compte Twitter du site Radio Londres lancé le 6 mai 2012.

Capture d'écran du compte Twitter du site Radio Londres lancé le 6 mai 2012. — RadioLondres/Twitter

  • En France, la loi interdit de publier et de diffuser un sondage avant la fermeture du dernier bureau de vote sur le territoire métropolitain, soit 20h. 
  • Popularisé en 2012 lors du second tour de l’élection présidentielle, le mot-clé « #RadioLondres » sur Twitter permet aux internautes de contourner cette loi jugée « obsolète » par certains observateurs
  • La Commission nationale de contrôle de la campagne électorale peut transmettre aux procureurs des captures d'écran des internautes qui publieraient ce dimanche des estimations avant l'heure autorisée

 

« Il semblerait qu’on ait perdu une Rolex dans un champ de roses ». Si cette phrase ne vous dit rien, peut-être est-il temps de vous inscrire sur le réseau social Twitter. Au soir du 6 mai 2012, les internautes ont publié des centaines de messages du même acabit, tous référencés sous le mot-clé « #RadioLondres ». Objectif : publier les premières estimations sous forme d’expressions sibyllines. Un clin d’œil aux messages codés transmis par la station du même nom lors de la Seconde Guerre mondiale.

>> A lire aussi : Et s'il fallait attendre plus tard que 20h pour connaître le résultat?

Il y a cinq ans, Twitter comptait près de 2.3 millions d’utilisateurs actifs en France. A l’époque, la majorité des messages « codés » envoyés pour donner les résultats avant l’heure autorisée par la loi, l’étaient via des comptes de journalistes. Les premiers bureaux de vote fermant à 18h en 2012, les sondages de sortie d’urnes étaient diffusés par les médias Suisses ou Belges, non soumis au code électoral.

Aujourd’hui, Twitter revendique près de 6 millions de visiteurs uniques par mois dans l’Hexagone. Une popularité en hausse et une démocratisation des usages qui pourraient donner un écho supplémentaire au mot-clé « #RadioLondres » ce dimanche soir.

  • Que dit la loi ?

Datée de 1977, la loi n° 77-808 relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d’opinion précise qu’en « cas d’élections générales et de référendum, la veille et le jour de chaque scrutin, aucun sondage électoral ne peut faire l’objet, par quelque moyen que ce soit, d’une publication, d’une diffusion ou d’un commentaire. Pour l’élection du Président de la République […] cette interdiction prend effet sur l’ensemble du territoire national à compter du samedi précédant le scrutin à zéro heure […] elle prend fin à la fermeture du dernier bureau de vote sur le territoire métropolitain. »

>> A lire aussi : Le mot clé « Radio Londres » est de retour sur Twitter pour les primaires et cette fois c’est n’importe quoi

Que ce soit en direct à la télévision ou sur Twitter, la commission nationale de contrôle de la campagne électorale rappelle qu’une amende allant jusqu’à 75.000 euros est prévue par le texte : « Que ce soit à travers un emoji ou un hashtag, le juge en décidera. La commission a déjà une cellule de veille sur les réseaux sociaux qui sera renforcée ce week-end. Si besoin, elle fera des copies d’écran qui seront transmises au procureur de la République, comme ce fut le cas en 2012 », précise l’institution.

  • Est-ce vraiment fiable ?

Cette année, le législateur a modifié le déroulé de la soirée électorale. Les bureaux de vote des moyennes et des petites villes fermeront une heure plus tard que d’habitude, à 19 heures. Résultat, les sondeurs auront deux fois moins de temps pour affiner la fameuse estimation de 20 heures, celle qui se base sur les deux cents premiers bulletins dépouillés parmi un certain nombre de bureaux de vote (aux alentours de 250) choisis avec précision.

Contacté par 20 Minutes, Pablo Maillé, rédacteur en chef du site d’information Radio Londres né après le succès du mot-clé en 2012, se veut prudent : « On sera évidemment présents le soir du 1er tour sur Twitter, mais on ne publiera que si nous avons des informations sûres et vérifiées. On s’impose des filtres, des limites. On exclut par exemple les chiffres émanant des militants. Si nous n’avons aucune estimation fiable avant 20h, nous ne publierons rien avant 20h. »

Résultat, si vous voyez dès la mi-journée circuler des messages codés via le fameux mot-clé, inutile de les prendre au sérieux. Quant aux premières estimations, mieux vaut faire le tri dans les comptes utilisant « RadioLondres » en favorisant, par exemple, ceux certifiés par le réseau social. Et pour les plus patients, il suffira d’attendre 20 heures.