Peroxyde de Benzoyle : Cet actif au cœur du scandale CeRave est-il vraiment dangereux ?
L’affaire est arrivée en France, mais la polémique a éclaté aux Etats-Unis depuis 2024. Faut-il pour autant boycotter les produits CeRave, et en particulier ceux qui contiennent du peroxyde de Benzoyle ?Dora Christian
L'essentiel
- Le peroxyde de benzoyle, est un actif anti-acné « utilisé et prescrit depuis des dizaines d’années contre l’acné » selon la dermatologue Isabelle Rousseaux.
- Les produits CeraVe vendus en France ne contiennent pas de peroxyde de benzoyle dans leur gamme cosmétique, à l’inverse des Etats-Unis.
- L’étude ayant révélé la dégradation en benzène a été menée « dans des conditions exagérées, sous une température de 50° », ce qui ne correspond pas à des conditions « normales » d’utilisation selon les experts qui critiquent la méthodologie de cette recherche.
Si vous êtes féru de beauté, vous avez forcément entendu parler de l’affaire CeRave, marque américaine distribuée en France, à propos de ses produits contenant du peroxyde de benzoyle, supposés cancérigènes. Depuis plusieurs semaines, de nombreuses personnes appellent au boycott des produits de la marque, et notamment de cet actif dont le nom peut faire peur. Mais est-il vraiment dangereux ? On a demandé l’avis d’une dermatologue.
Qu’est-ce que le peroxyde de benzoyle ?
L’actif en cause dans les produits CeraVe américains est le peroxyde de benzoyle, lequel, selon l’alerte du laboratoire indépendant Valisure, pourrait se dégrader en benzène, une substance cancérigène. Mais attention à l’amalgame ! Le peroxyde de benzoyle en lui-même est un actif qui détruit le germe responsable des pustules, et qui vise à combattre l’acné. Pour preuve de son efficacité, celui-ci est d’ailleurs « utilisé et prescrit depuis des dizaines d’années contre l’acné », affirme la dermatologue Isabelle Rousseaux à 20 Minutes.
Le principe est simple : il a une action kératolytique (exfoliante) sur la peau pour la débarrasser des bactéries en surface. « C’est un actif très étudié et réputé », affirme-t-elle, et « s’il donnait des cancers, on le saurait depuis bien longtemps, du fait des millions de personnes qui l’ont utilisé ».
Pas de Peroxyde de Benzoyle en France dans les cosmétiques
Dans un post TikTok, la docteure en pharmacie@Cosmethode rassure : « Non ! Les produits CeraVe que l’on trouve dans nos pharmacies françaises n’ont pas la même formulation. Pour leur gamme anti-imperfections chez nous, ils utilisent de l’acide salicylique, pas du peroxyde de benzoyle. De plus, notre réglementation européenne est ultra-stricte et nous protège ».
En effet, Isabelle Rousseaux insiste à son tour : « En France, (à l’inverse des Etats-Unis), le peroxyde de benzoyle n’est pas autorisé en cosmétique classique, contrairement aux dosages médicaux sur ordonnance (ou en accès direct pour les produits à rincer) qui vont de 2,5 % à 10 % ».
Une étude menée dans des conditions jugées « extrêmes », critiquée par les professionnels
Mais alors, d’où vient ce scandale qui ressurgit des années après en France ? Le laboratoire qui a mené l’étude sur le peroxyde de benzoyle a effectivement constaté sa dégradation en benzène. Cependant, « l’étude a été effectuée dans des conditions exagérées, sous une température de 50° », critique la dermatologue Isabelle Rousseaux, ajoutant que ce ne sont pas des conditions « normales » d’utilisation.
Dans un article du New York Times, Kelly Dobos, chimiste cosmétique, consultante et professeure adjointe en sciences cosmétiques à l’Université de Cincinnati, est citée expliquant que « les entreprises testent souvent leurs produits à des températures élevées pour simuler leur vieillissement et définir des dates de péremption ». « Mais chauffer les produits au-delà des températures recommandées pour ce type de tests de stabilité peut donner des résultats erronés », selon David Keire, directeur du bureau de la recherche sur la qualité pharmaceutique à la FDA (l’agence américaine des médicaments). Ce dernier y résume ainsi la situation : « Si vous mettez le feu à quelque chose, c’est évident que ça va brûler ».


















