Qui osera dire « j’aime faire des puzzles » avec fierté ?
RINGardos ?•Parmi les passions cheloues nées du confinement de 2020, la pratique du puzzle fait de la résistanceBenjamin Chapon
L'essentiel
- «Être dans le vent, c’est avoir un destin de feuille morte », disait le poète. Vraiment ? Aujourd’hui, les tendances vont et (re) viennent à un rythme ahurissant.
- Pour s’y retrouver, 20 Minutes vous propose une série d’articles sur des retours de hype insolites et d’inattendues plongées dans le ringard.
- Aujourd’hui, nous essayons de comprendre pourquoi les ventes de puzzle montent en flèche.
«Sinon, on leur offre un puzzle… » Un puzzle ? ! UN PUZZLE ? ! ? ! ET pourquoi pas un râtelier à flingues… La proposition incongrue surgit sans crier gare sur le groupe WhatsApp de crémaillère. Pas le temps de se remettre de nos émotions qu’un ensemble de trois puzzles est validé-acheté. On se pince.
Cette nouvelle réalité où faire (et offrir) des puzzles est socialement acceptable, voire valorisé, date, semble-t-il du confinement de 2020. « J’ai commencé à faire des puzzles quand j’étais coincé dans l’appartement que mes voisins, partis à la campagne, m’avaient prêté, témoigne Antoine, trentenaire que rien ne semble distinguer du jeune actif branché standard. Je devais nourrir le chat et arroser les plantes et je pouvais profiter de l’espace, c’était pratique pour télétravailler sans devenir fou. Mais surtout, ils avaient une collection de puzzles… »
Un marché florissant
Comme Antoine, de nombreuses personnes ont basculé dans le puzzle pour ne pas mourir d’ennui alors que la plupart des loisirs nous étaient interdits. Ok, on peut imaginer : une activité zen et manuelle aux vertus insoupçonnées, qui fait travailler les méninges sans faire penser au chaos du monde… Mais le virus puzzle ne s’est étrangement pas éteint avec l’arrivée des vaccins anti-Covid. Pire, il s’est propagé… « Après le confinement, ce qui a été super chouette, c’est de pouvoir s’échanger des puzzles avec les gens que j’avais rencontrés en ligne, explique Maria. J’ai découvert toute une communauté, qui grossit. »
Aujourd’hui, le marché du puzzle est florissant. Que ce soit les puzzles industriels de Ravensburger ou ceux de dizaines de créateurs plus ou moins artisanaux qui se sont lancés. En France, Alizé Group domine outrageusement le marché de la fabrication 100 % locale et a constaté que la demande, qui a explosé en 2020, reste depuis à un niveau très très élevé.
Fais passer ton puzzle
L’initiative d’Emilie Huet, qui a créé La puzzlerie est emblématique de cette tendance. « J’avais quitté mon boulot et avant de lancer mon entreprise, j’ai voulu faire un break, me reposer des écrans avec une activité relaxante. J’ai redécouvert l’univers des puzzles. Et finalement j’ai choisi d’en faire le cœur de mon entreprise… »
Le site propose de la revente de puzzles d’occasion, mais a aussi de la vente neuve et a même désormais sa propre ligne de puzzles. « Les marques se sont lancé post-confinement, il y a eu une explosion et je ne voulais pas être une énième marque, me noyer dans la masse. Je viens de la mode, et l’avenir du textile, c’est la seconde main. J’ai donc appliqué cette logique écoresponsable aux puzzles. Je pense que je réponds à un besoin. »
Création et pollution
Comme dans toute communauté, il y a des fans de puzzles qui aiment collectionner les boîtes (on appelle ça une puzzlethèque), mais la plupart font tourner. « Le puzzle est un produit à usage unique, estime Emilie Huet. Un puzzle 1.000 pièces pour un adulte prend entre six et huit heures. Ensuite il retourne dans sa boîte… Fondamentalement, et même si ce n’est pas du plastique, ça reste de la surconsommation. »
Écoresponsable, créatif… Pas de doute, le monde du puzzle s’est mis au goût du jour. La moindre petite boutique branchée parisienne propose ainsi ses puzzles iconoclastes, garantis sans dauphin sur soleil couchant ni Reine des Neiges. Et dans le monde du jeu, la « philosophie puzzle » inspire jeux vidéo, escape game et même jeux de société. L’As d’or du meilleur jeu de société Enfants et le Grand prix du jouet sont ainsi allés à Mon Puzzle Aventure, une sorte de « puzzle dont vous êtes le héros ».
« Je m’emmerdais »
« Aujourd’hui, les gens qui font des puzzles ont entre 25 et 35 ans en moyenne. Il y a les fans invétérés mais aussi toute une nouvelle communauté qui s’y est mise, ou remis, et qui apprécie les nouveaux designs », affirme Emilie Huet pour enfoncer le clou (et non pas la pièce, qui s’emboîte sans forcer).
Tout savoir sur l'actu des jeux en tous genresIncontestablement, le puzzle n’est plus ringard. Et celleux qui le pratique – les puzzleurs et puzzleuses, donc –, non plus. A une exception près… Une pratique reste interdite aux yeux des personnes de goût : coller son puzzle pour l’accrocher au mur. « C’est comme dire qu’on aime les animaux et en avoir des empaillés chez soi », s’agace Maria. « Ou alors les mecs qui ont des voitures de sport qui ne quittent jamais le garage, abonde Antoine. Un puzzle, c’est fait pour servir. Quand on la fait, on le défait, et on peut le refaire… »
Emilie Huet voit une exception à cette règle : « Il y a un très chouette puzzle sur lequel est écrit "Je m’emmerdais". Afficher celui-là chez soi ça peut être un clin d’œil amusant aux gens qui ne comprennent pas trop notre passion… »



















