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Roland-Garros : Stan Wawrinka, l’émouvant adieu d’un champion qui était ici « à la maison »
snif•Le Suisse, vainqueur du tournoi en 2015, a tiré sa révérence sur une défaite au premier tour contre Jesper De Jong ce mardiNicolas Camus
L'essentiel
- Stan Wawrinka s’est incliné au premier tour de Roland-Garros ce lundi, battu par le Néerlandais Jesper De Jong en quatre sets (6-3, 3-6, 6-3, 6-4).
- C'était le dernier match du joueur suisse de 41 ans sur la terre battue parisienne, où il a remporté le titre en 2015.
- Très ému après la rencontre, « Stan the man » a reçu un hommage appuyé des organisateurs et surtout du public, qui - comme nous tous - n’oubliera pas de sitôt les chefs-d’œuvre que le Suisse aura offert lors de ses 20 années sur le circuit.
A Roland-Garros,
Si ça n’avait tenu qu’à lui, ce moment n’aurait pas existé. Ou alors pas avant de longues années. « Je n’ai pas envie de dire au revoir », a-t-il d’ailleurs lâché instinctivement sur le court, la voix légèrement enrouée. Mais voilà, Stan Wawrinka a 41 ans et il reste un être humain, alors il fallait bien se rendre à l’évidence. Le Suisse a fait ses adieux à Roland-Garros ce lundi, après avoir perdu au premier tour face à Jesper De Jong. Un ultime lob du Néerlandais a scellé 20 ans d’amour entre « Stan the man » et la terre battue parisienne, où il a livré son plus grand chef-d’œuvre en carrière – à égalité, peut-être, avec la finale de l’US Open 2016 contre Novak Djokovic.
Son short à carreaux au musée du tournoi
A Roland, un an plus tôt, c’était déjà contre le Serbe et le niveau de jeu affiché par le Suisse avait été stratosphérique. En face, c’était le Nole prime, 28 victoires d’affilée sur le circuit et habité par la quête d’un premier succès Porte d’Auteuil, un des derniers endroits de la planète qui se refusait encore à lui. Mais le numéro 1 mondial d’alors était tombé sous les 60 coups gagnants de Wawrinka, dont une palanquée de revers tout bonnement ahurissants. Le short à carreaux qu’il portait cette année-là, objet devenu culte, trône aujourd’hui au musée du tournoi.
Le Vaudois n’a rien oublié de tout ça, bien sûr. Pour cette dernière tournée, il avait fait ajouter à sa tenue le même motif au niveau du col. Un clin d’œil pour ce tournoi à part, celui qui a nourri ses rêves lorsqu’il était gamin. « Cet au revoir est le plus spécial dans cette dernière année, et pas seulement parce que je l’ai gagné, explique-t-il. J’ai grandi en regardant Roland, je me vois encore revenir de l’école et mettre la télé pour voir les matchs. J’adorais tellement ça. » Cette passion ne l’a jamais quitté, c’est elle qui l’a poussé, encore et encore, à poursuivre malgré le poids des années et les difficultés.
Car depuis 2017, le Suisse est enquiquiné par des blessures au genou, au pied ou au poignet, dont certaines ont nécessité des interventions chirurgicales. Nombreux sont ceux qui auraient lâché l’affaire. Pas lui. Malgré son palmarès XXL, avec ces trois Grands Chelem arrachés dans l’ère la plus dense de l’histoire du tennis, il est repassé par les challengers pour retrouver un classement décent et continuer son chemin. Parce qu’il n’était pas encore arrivé au bout.
C’est le cas aujourd’hui, il s’est fait une raison. « J’ai eu une chance énorme. On n’a jamais envie de partir quand on aime ce qu’on fait, jouer, voyager, rencontrer des gens, souffle-t-il. Mais je sais que c’est le bon choix. J’aurais aimé continuer, mais c’est bien la fin. » Si ça ne s’est pas très bien passé sur le court ce lundi, Wawrinka a pu, en tout cas, mesurer la cote d’amour extrêmement élevée qui l’escorte à Paris. L’ambiance sur le Simonne-Mathieu a été fabuleuse pour pousser derrière celui que le public considère presque comme un joueur français. Stan développe :
« Je suis toujours surpris de tout ce soutien. Même si j’ai toujours eu un bon feeling ici, c’est en 2014-2015 où j’ai vraiment réussi à connecter avec le public français. Moi avec lui, et lui avec moi, il a fallu un peu de temps pour se comprendre. Mais derrière, toutes les années ont été exceptionnelles. Quand je vois le soutien aujourd’hui, je me sens à la maison. »
Le Suisse ne dit pas ça pour la galerie. Pas le genre de la maison. Que ce soit juste après son match ou lors de sa conférence de presse, une bonne heure plus tard, on l’a senti sincère, comme à son habitude. Les applaudissements des fans, les messages reçus des grands anciens ou les petits mots glissés par la jeune génération le touchent. « C’est ce que j’aime le plus dans ma vie de joueur de tennis, dit-il. Je vis les choses à fond, j’ai toujours essayé de partager mes émotions avec les gens autour. »
La vidéo diffusée lors de son hommage préparé par l’organisation – qui avait été moins prévenante en le plaçant à l’heure la plus chaude de la journée, soit dit en passant – raconte tout de ce qu’est l’ancien numéro 3 mondial. Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Carlos Alcaraz ou Jannik Sinner ont tous appuyé sur sa personnalité si attachante. Wawrinka aura prouvé qu’on peut rester 20 ans sur le circuit sans se faire d’ennemi. Parce qu’avec lui, ça a toujours été d’abord le jeu.
Tous nos articles sur Roland-GarrosSon grand pote Gaël Monfils est également apparu dans la vidéo. Il n’était pas question qu’il en soit autrement. Les deux hommes se sont affrontés la première fois en 2004, à Lyon. Ils ne se sont jamais lâchés. « L’amitié, pour moi, ça ne s’explique pas, décrit le Suisse. Elle se fait naturellement, avec la personnalité de chacun. Ensemble, on n’avait pas besoin de jouer un rôle, on se sentait juste bien. » Diront-ils adieu à Roland le même jour ? Réponse en soirée, avec le match du Parisien face à Hugo Gaston. « N’oubliez pas de mettre le feu pour Gaël aussi ! », a lancé Wawrinka au public avant de quitter la scène. Classe jusqu’au bout.



















