Coronavirus : Super kitsch, en 3D, à 1.000 pièces… Le puzzle a pris sa revanche avec la crise sanitaire

CONFINEMENT, UN AN APRES Il était jugé has been, mais le puzzle a repris sa place dans nos étagères à jeux depuis le premier confinement

Delphine Bancaud

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Le puzzle, ce jeu transgénérationnel, connaît une nouvelle jeunesse.
Le puzzle, ce jeu transgénérationnel, connaît une nouvelle jeunesse. — CATERS/SIPA
  • Un an après l’entrée en vigueur du confinement, décrété le 17 mars 2020 pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, 20 Minutes revient sur ce qui a changé dans les loisirs des Français.
  • Parmi eux, les puzzles, dont les ventes ont progressé de 26 % en 2020 par rapport à 2019. Une activité déstressante, un dérivatif aux écrans et un moyen de faire une activité en famille.
  • Et cette passion française ne risque pas de s’éteindre dans les prochains mois. Car elle donne même lieu à des collections et des achats sur le marché de l’occasion.

« Tu as trouvé le coin ? ». « Tu as fini la maison bleue ? ». On le croyait ringard et ennuyeux, mais la crise du coronavirus l’a imposé à nouveau dans les chambres d’enfants… et même d’adultes. Le puzzle connaît une nouvelle jeunesse. « Les ventes ont augmenté de 122 % pendant la première semaine de confinement, ce qui a entraîné des ruptures de stocks. Cela a continué, puisque le marché a progressé de 26 % en 2020 par rapport à 2019. Soit 10 millions de boîtes vendues », indique Frédérique Tutt, experte mondiale du marché du jouet chez NPD.

La courbe ascensionnelle n’a pas cessé depuis, comme le constatent les acteurs du marché. A commencer par le mastodonte du secteur, Ravensburger : « Nos ventes ont augmenté de 31 % en 2020. Et ce retour en grâce n’est pas fini, avec une hausse de 36 % sur les deux premiers mois de l’année », informe Sandy Laugner, chef de produit puzzles. Même tendance chez Planet’Puzzles, un site de vente en ligne, qui vend principalement aux adultes. « En 2019, notre chiffre d’affaires était de 7 millions d’euros. En 2020, il est monté à 11 millions. Et depuis le début de l’année, il a gonflé de 70 % par rapport à la même période en 2020 », explique Eric Lathière-Lavergne, son fondateur. Idem à La Grande Récré : « Entre 2019 et 2020, les ventes ont bondi de 16 %, et la dynamique se poursuit en ce début d’année : + 15 % sur les puzzles adultes et + 42 % pour ceux destinés aux enfants », relate Magali Bocciarelli, directrice des achats.

Le rayon puzzles d'un magasin La grande récré.
Le rayon puzzles d'un magasin La grande récré. - La grande récré.

« Ça remplit le cerveau de bonnes enzymes »

Une envolée qui s’explique par la crise du coronavirus : « Les périodes de confinement et de couvre-feu ont été un déclencheur. Comme il fallait rester chez soi, les familles ont cherché à diversifier les activités et se sont tournées vers le puzzle. D’autant qu’il est économique et offre des heures de divertissement », souligne Frédérique Tutt. C’est vrai qu’il y en a pour toutes les bourses, renchérit Magali Bocciarelli : « Il faut compter 15 à 30 euros pour un puzzle 2D pour adulte, de 30 à 40 euros pour un puzzle 3D et de 7 à 15 euros pour un puzzle enfant », complète-t-elle. La diminution des activités extérieures nous conduisant à passer plus de temps sur les écrans, le puzzle est aussi apparu comme un dérivatif intéressant : « Depuis le début de la crise, les parents en ont acheté pour faire déconnecter les enfants des écrans. D’autant que cela améliore leurs capacités cognitives, développe leur concentration, leur motricité fine, leur sens de l’observation et leur logique », explique Magali Bocciarelli.

Loin d’être l’apanage des enfants, le jeu a conquis de nouveaux adeptes chez les adultes, comme l’observe Eric Lathière-Lavergne : « Certains ont redécouvert le plaisir d’assembler des pièces. C’est relaxant, cela permet de faire le vide, et l’on éprouve une satisfaction quand on finit de monter 1.000 pièces ! Ça remplit le cerveau de bonnes enzymes ». Un effet bien-être observé aussi par Frédérique Tutt : « En cette période, les adules ont besoin de décrocher. Lorsqu’on fait un puzzle, on se concentre dessus et on oublie tout. Et c’est un moyen de passer du temps en famille, car beaucoup s’y attaquent à plusieurs ».

Et si le cœur de cible reste les 35/55 ans, il s’est un peu rajeuni ces derniers temps, constate Sandy Laugner. : « Les 25/30 ans ont redécouvert cette activité et s’y adonnent avec plaisir. D’autant que des influenceurs lifestyle ont publié des vidéos sur le sujet depuis le début de la crise. Ils assument désormais d’être des "puzzeleurs", car ce n’est plus du tout ringard ».

« Les motifs très kitsch s’arrachent »

Et force est de constater que les goûts des acheteurs sont éclectiques : « Les motifs très kitsch s’arrachent, comme les images de cottages avec leur jardin, d’enfants qui mangent une crêpe avec leur mamie ou de femme gothique sous le clair de lune », s’amuse Eric Lathière-Lavergne. Mais les amateurs se ruent aussi sur les reproductions de tableaux : « Les œuvres de Van Gogh, Monet, Klimt, Bruegel, Kandinsky marchent très bien », poursuit-il. « Le format qui fonctionne le mieux cette année est le 1.000 pièces, car ayant plus de temps, les gens ont voulu se lancer des défis plus grands. Les modèles inspirés de photos publiées sur Instagram, de panoramas urbains ou rappelant l’univers des escape game plaisent beaucoup », remarque Sandy Laugner.  « Les puzzles 3D qui représentent des monuments fonctionnent très bien pour les adultes, ainsi que ceux qui représentent des paysages ou des animaux. Pour les enfants, ceux sous licences plaisent beaucoup aux enfants (La Reine des neiges, Pat Patrouilles, Miraculous et Harry Potter) », observe Magali Bocciarelli.

Reste à savoir si une fois les Français vaccinés et les beaux jours revenants, ce hobby va rester en vogue. Magali Bocciarelli y croit : « Après cette redécouverte, beaucoup d’adultes se sont rachetés des puzzles et vont vouloir les faire ». « Certains collectionneurs en achètent même plusieurs par mois », abonde Eric Lathière-Lavergne, qui a décidé de produire ses puzzles made in France dès septembre prochain. « Ce regain d’amour est une tendance lourde. D’ailleurs, même le marché de l’occasion s’est développé autour de ce jeu. Et 30 % des puzzles faits sont collés pour être exposés », s’enthousiasme Sandy Laugner.