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C’est quoi l’ « afro perm », tendance asiatique qui fait polémique ?

Pourquoi l’ « afro perm », la tendance capillaire asiatique, fait polémique

mode capillaireCe salon de coiffure coréen a créé une agitation sur TikTok avec son « afro perm », suscitant des discussions sur l’appropriation culturelle
Léa Zacsongo-Joseph

Léa Zacsongo-Joseph

L'essentiel

  • «L’afro perm » est une tendance capillaire venue de Corée consistant à transformer des cheveux lisses en texture afro.
  • Selon Aurélie Louchart, spécialiste de la politisation des cheveux crépus, il est difficile de qualifier précisément ce phénomène d'« appropriation culturelle ».
  • Elle souligne cependant le caractère problématique de cette tendance, car les coiffures afros restent très discriminées, sauf quand elles sont portées par des personnes non-noires.

Changer de texture de cheveux pour être tendance ? C’est le choix que font les adeptes de l’ « afro perm », tendance capillaire née en Corée. Devenu viral avec des dizaines de millions de vues sur les réseaux sociaux, le salon « hippie buddha » s’est spécialisé dans l’afro perm dreads, autrement dit la modification de texture capillaire. Basé à Los Angeles et en Corée, le salon, actif sur Instagram, met en scène la transformation capillaire de ses clients aux cheveux lisses en une texture afro. Dreadlocks, braids box, afro ? Le salon propose à sa clientèle -majoritairement asiatique- uniquement des coupes de cheveux associées à la communauté noire. Une spécialisation qui a pu surprendre un grand nombre de personnes sur la toile, tant par sa technicité que par les questions qu’elle soulève. 20 Minutes interroge Aurélie Louchart, autrice de l’essai Trop crépues ? (édition Hikari), pour comprendre pourquoi cette tendance suscite autant de réactions.

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De l’appropriation culturelle ?

La polémique fait rage sur les réseaux sociaux, autour d’un concept : « L’appropriation culturelle ». Décrite comme « un emprunt entre les cultures » qui « s’inscrit dans un contexte de domination » par le sociologue Eric Fassin dans Le Monde. La tendance capillaire questionne pour sa qualification difficile en appropriation ou appréciation sur X, TikTok ou encore Instagram, où une vidéo est devenue virale. Aurélie Louchart, spécialiste de la politisation des cheveux crépus, nuance le débat : comment distinguer l’appropriation culturelle de la simple circulation des cultures ? Elle estime que le terme est souvent utilisé à tort, perdant ainsi son sens initial. Pour elle, l’appropriation culturelle doit être analysée au cas par cas. « Dans le cas des coiffures afro, la première personne à l’origine de cette tendance était chinoise et originaire de la République démocratique du Congo. Donc ce n’est pas pareil que cet homme qui a créé son entreprise autour de l’afro perm en Corée. Même si, dans les deux cas, ce sont des personnes d’origine asiatique qui modifient leurs cheveux pour obtenir une texture crépue », insiste l’autrice en considérant qu’il est difficile de clore le débat. Elle insiste tout de même sur le caractère problématique de cette tendance.

En quoi l’afro perm pose problème ?

« Ce qui pose problème, c’est le deux poids deux mesures, souligne Aurélie Louchart, le fait que les coiffures afro soient considérées comme cools lorsqu’elles sont portées par des Asiatiques, mais encore souvent sources de discrimination lorsqu’elles sont portées par des Afro-descendants. »

Selon une étude menée par Dove et LinkedIn en 2023, 66 % des femmes noires changent de coiffure pour les entretiens d’embauche. 41 % d’entre elles passent des cheveux bouclés aux cheveux raides. Lorsque la même texture de cheveux est valorisée sur les personnes non noires.

« Dans le cas de ces vidéos, ces personnes semblent exclusivement associer les coiffures afros au hip-hop. Cela réenferme la culture afro-descendante dans un univers « gangsta » caricatural et limitant alors que les Afro-descendants sont déjà très stigmatisés autour de cela », ajoute Aurélie Louchart qui estime que cela renforce des stéréotypes.

« Le véritable enjeu est de promouvoir la diversité culturelle tout en évitant de perpétuer des préjugés et des injustices. Il est nécessaire de reconnaître les discriminations qui existent. »

Aurélie Louchart voit éventuellement un aspect positif dans cette tendance « si elle pouvait rendre les coiffures afros plus populaires et donc moins discriminées. Cependant, cela serait extrêmement triste, car cela signifierait que des personnes non noires auraient dû les adopter pour que les coiffures liées aux Afro-descendants deviennent socialement acceptables. »