« Pas d’effet magique » : Les boissons aux électrolytes sont-elles efficaces (et sans risque) contre la gueule de bois ?
D’abord adressées aux sportifs pour prévenir la déshydratation après un effort intense et prolongé, les boissons aux électrolytes se hissent désormais au rang de remèdes anti-gueule de bois. Sérieusement ?Christelle Pellissier
L'essentiel
- Les boissons aux électrolytes sont de plus en plus populaires sur les réseaux sociaux pour prévenir ou soulager la gueule de bois.
- Selon Eva Vacheau, scientifique biologiste, « aucune boisson ne permet de neutraliser l’acétaldéhyde (un métabolique toxique de l’alcool, ndlr) à court terme ».
- Ces produits peuvent banaliser la consommation excessive d’alcool et détourner l’attention du véritable enjeu de santé publique.
«A 36 balais, je récupère mieux d’une cuite avec une boisson aux électrolytes ». Des messages comme celui-ci, il y en a une ribambelle sur les réseaux sociaux, les utilisateurs ayant recours à ces breuvages avant ou après une soirée arrosée pour s’épargner un lendemain difficile. L’engouement est tel que l’on voit désormais émerger des « compléments alimentaires » à base de plantes, de vitamines et d’électrolytes vendus pour « soulager la gueule de bois ».
Derrière ces boissons d’un nouveau genre, un marketing bien rodé vantant les mérites de chaque ingrédient pour agir contre la gueule de bois. A en croire les fabricants, de tels élixirs permettraient d’éviter ou d’amoindrir la fatigue, les maux de tête, ou les nausées inhérents à une importante consommation d’alcool. Alors que les beaux jours débarquent (enfin) sur l’Hexagone, avec leur lot de soirées festives, 20 Minutes s’est penché sur le sujet. Consommer ces boissons pour prévenir et guérir la gueule de bois, bonne ou mauvaise idée ?
« Restaurer l’équilibre hydrique »
Vendues sous forme de poudre, de pastilles effervescentes ou déjà préparées, les boissons enrichies aux électrolytes sont composées de sels minéraux comme le sodium, le potassium, le magnésium ou le calcium. « Ces électrolytes jouent un rôle dans l’hydratation, la transmission nerveuse, la contraction musculaire et l’équilibre acido-basique de l’organisme », explique Eva Vacheau, scientifique biologiste, diplômée d’école d’ingénieur en nutrition. Et de préciser que « leur rôle principal est de restaurer l’équilibre hydrique lorsque celui-ci est perturbé ».
Cumulant plusieurs dizaines de millions de vues sur les réseaux sociaux, ces boissons « pourraient présenter des bénéfices pour les athlètes lors d’efforts intenses et prolongés », indique l’Inserm. Mais le reste de la population peut se contenter d’eau classique, et ce même pour un footing d’une trentaine de minutes. Un geste simple qui permet de se passer « des apports inutiles en sels, sucres ou édulcorants » que peuvent contenir certaines gammes. Mais alors qu’en est-il de la fonction anti-gueule de bois que certains attribuent désormais à ces boissons ?
Ne pas banaliser l’excès d’alcool
Des marques proposent aujourd’hui des boissons qu’elles promeuvent comme de véritables remèdes anti-gueule de bois. Ces dernières peuvent contenir des électrolytes pour la réhydratation post-cuite et des plantes censées protéger le foie ou réduire la fatigue. Si l’experte en nutrition ne réfute pas ces potentielles actions, elle souligne que « cet effet reste partiel, ni magique ni immédiat ». Et de préciser qu'« aucune boisson ne permet de neutraliser l’acétaldéhyde (un métabolique toxique de l’alcool, ndlr) à court terme. […] Le discours marketing va bien au-delà de la réalité scientifique ».
Autrement dit, boire de l’eau demeure suffisant après une soirée arrosée. « Aucun produit ne compense les effets biologiques de l’alcool. La stratégie la plus efficace reste toujours la modération de la consommation », complète Eva Vacheau. Justement, ces boissons qui disent « soulager la gueule de bois » peuvent envoyer un mauvais message : banaliser la consommation et l’excès d’alcool. « Promouvoir l’idée de lendemains parfaits peut détourner l’attention du véritable enjeu de santé publique, qui reste la prévention, la modération et la prise de conscience des effets à long terme », poursuit l’experte en nutrition.
A moyen et long terme, la consommation d’alcool accroît le risque de développer certaines maladies, dont les cancers, les maladies cardiovasculaires ou encore les maladies du système nerveux, selon Santé publique France.



















