Cocottes en fonte, charentaises et endives au jambon… Pourquoi les jeunes ont-ils des goûts de vieux ?
Les mi-bas, cocottes en fonte et autre linge de maison en macramé inondent les réseaux sociaux. Un étonnant et soudain intérêt pour le style de vie de nos aînésChristelle Pellissier
L'essentiel
- La décoration de mémère, les recettes de mémère, les looks de mémère et les loisirs de mémère sont particulièrement plébiscités sur les réseaux sociaux, faisant de mamie et papi des influenceurs au sommet.
- Un phénomène qui se traduit par un retour des mi-bas, des cardigans, des tabliers, des plats mijotés, des cocottes en fonte, de la poterie, de la couture - la liste est longue - et autres objets et activités incontournables dans les années 1950 à 1970.
- « Cette génération est en quête de sens et de repères », indique Vincent Grégoire, tendanceur chez NellyRodi, pour qui le phénomène est multifactoriel.
Mamie et papi, des influenceurs qui s’ignorent ? S’ils galèrent encore à prononcer WhatsApp (« whatchap », « whaps » ?), ils inspirent pourtant les jeunes générations sur les réseaux sociaux. On ne compte plus les hashtags qui leur sont consacrés - et dans toutes les langues s’il vous plaît - des recettes de cuisine à la décoration en passant par les loisirs et la mode.
Le phénomène « grandma et grandpa core » est tel que l’on voit ressurgir des icônes du passé, et plus exactement des années 1950 à 70. Les vingtenaires et trentenaires se mémérisent (et pépérisent) à coups de cocottes de fonte, napperons en crochet et recettes d’antan, comme l’explique Vincent Grégoire, tendanceur chez NellyRodi. « C’est un état d’esprit global, et même un mode de vie, qui se retranscrit dans de nombreux domaines ».
« Une volonté d’acheter moins désincarné »
La mode ne fait (bien évidemment) pas exception. En octobre 2025, Miu Miu présente sa collection printemps-été 2026. Ô surprise, l’une des maisons de luxe les plus plébiscitées par les jeunes dévoile des silhouettes tout droit sorties d’un lointain passé. Les tabliers unis ou fleuris, façon artisan ou ménagère, se succèdent sur le podium, incarnant (étonnamment) le summum de la modernité.
Un coup de maître qui n’est pas sans rappeler que les jeunes, bien que toujours friands de fast-fashion, se tournent (aussi) vers la seconde main et le rétro vintage. D’après l’Institut Français de la Mode, la seconde main constitue plus de 17 % des achats d’habillement chez les 18-34 ans, contre moins de 4 % pour les 55 ans et plus. « Il y a une forme d’uniformisation, de « sheinisation », « d’ikeaisation » qui fait qu’on a perdu les particularismes. Ça perturbe cette génération qui a aussi besoin de s’identifier à quelque chose de sécurisant », analyse Vincent Grégoire.
A l’automne 2025, Pinterest faisait état d’un bond de 550 % des recherches pour les termes « trouvailles de rêve en friperie », confirmant l’engouement des zoomers et des zillennials pour le rétro vintage. « Les marques oubliées » ont la cote, pour « la qualité des vêtements » et « une volonté d’acheter moins désincarné ». « On banalise beaucoup le vêtement. On l’achète, on le jette… On souhaite désormais y remettre de la charge affective », indique le tendanceur. Et cela se traduit, comme souvent, par un retour d’icônes de ces années (très) lointaines, des mi-bas aux manteaux de fourrure en passant par les pulls sans manches, les jupes mi-longues, les slingbacks et… les culottes de mémère.
La pétanque, les plats mijotés, le tricot…
En 2026, mamie et papi influencent la mode, mais pas que. Dans son rapport, Pinterest évoque notamment une hausse de plus de 1.000 % de l’intérêt pour la cuisine de seconde main. Sur les réseaux sociaux, les recettes de cuisine à l’ancienne, toujours incarnées par mamie, font sensation, tout comme la décoration et les loisirs d’antan. Vincent Grégoire note notamment un retour des cocottes en fonte, de la belle vaisselle ou du linge de maison ancien. Mais aussi des plats mijotés, des chariots de course, des poteries, de la couture, de la pétanque, et tout autre objet ou loisir qui rendrait les jeunes nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue mais qu’ils idéalisent.
Une sorte de « newstalgie », comme la nomme l’expert. « Ça peut venir d’une certaine peur de l’avenir. La jeune génération voit le passé comme une sorte de safe place », explique-t-il. « Cette génération est en quête de sens et de repères, et ces zones de confort sont justement symboles d’autorité et d’expérience ». Ce qui l’amène à vouloir recréer du lien « en revisitant le bon côté du passé », comme Jacquemus qui a choisi sa grand-mère, Liline, comme première ambassadrice de sa marque.
Une récente étude menée par GetYourGuide révèle en parallèle une montée en puissance du « grandma tourism » (« tourisme des grands-mères »). L’idée est simple, il s’agit de réserver des expériences animées par des mamies locales qui partagent leurs recettes familiales, leurs savoir-faire ou plus simplement leur histoire. Plus de huit Français sur dix se disent d’ores et déjà prêts à réserver ce type d’activités.
… Et le « chien-chien à sa mémère »
Plus étonnant, cette mémérisation du mode de vie des jeunes se traduirait aussi par le retour du petit « chien-chien à sa mémère ». Le teckel, le spitz et le cocker, « tous ces animaux qu’on tient en laisse, avec ce côté un peu rétro », seraient les nouvelles idoles des jeunes. En témoigne la multiplication des collections mode, et parfois luxe, pour nos compagnons à quatre pattes, tout comme la hype autour des podcasts et médias consacrés aux animaux à l’instar de Bâtard Magazine.
Nos décryptages de tendancesMamie et papi n’ont décidément pas fini d’influencer les jeunes. La preuve avec le hashtag « nonna maxxing » qui a récemment affolé les compteurs sur TikTok. Les jeunes s’inspirent cette fois du mode de vie au ralenti (et des clichés) de la grand-mère italienne pour vivre mieux et heureux. Une micro-tendance qui s’ajoute à tant d’autres pour témoigner de l’intérêt de toute une génération pour leurs aînés. Et alors, après tout, les plus jeunes de ces grands-parents, surnommés les « quincados », ne passent-ils pas leurs journées à tenter d’imiter leurs cadets ?


















