Elles rentrent tard le soir et scrollent sur TikTok… Les nouvelles quinquas se comportent-elles comme des ados ?
badass•Les quinquagénaires profitent d’une nouvelle liberté, loin de leurs enfants. Les mamans (les papas aussi mais dans une moindre mesure) ont de plus en plus de points communs avec les adolescentsFiona Bonassin
L'essentiel
- De nombreuses femmes de 50 ans et plus opèrent des changements de vie spectaculaires, un phénomène qui s’apparente à une reconquête identitaire après des années de conciliation entre vie de mère, d’épouse et professionnelle.
- Les enfants témoignent sur les réseaux sociaux des comportements changeants de leurs mères qui peuvent « regarder des TikTok jusqu’à une heure du matin et ne veulent plus faire à manger » ou qui sortent tard sans prévenir, créant une inversion des rôles où ce sont les enfants qui font la morale.
- Selon la psychanalyste Corinne Maier, ces femmes ne régressent pas mais, « on envie de vivre autrement et on a envie, finalement, de se réapproprier sa propre existence en renouant avec ce qu’on faisait avant d’avoir des enfants. »
À 50 ans et plus, certaines femmes opèrent un virage spectaculaire : reconversion professionnelle, rupture conjugale, reprise d’activités créatives ou sportives intenses, exploration amoureuse décomplexée, voire changements radicaux d’apparence ou de mode de vie. Le phénomène, parfois qualifié de « seconde adolescence » ou de « quincados » (contraction de quinquagénaires et ados), interroge de nombreux enfants sur les réseaux sociaux.
Mais ce n’est pas une simple crise de la cinquantaine classique (souvent associée aux hommes et à l’achat d’une moto ou d’une voiture de sport). Chez les femmes, elle s’apparente plus à une reconquête identitaire : après des années à concilier une vie de mère, d’épouse et professionnelle, vient le moment de prioriser le « soi ».
Les rôles se sont inversés
Les quinquas profitent de leur bonne santé et de leur indépendance pour vivre une seconde jeunesse, loin de leurs enfants et souvent des responsabilités que la société a fait peser sur leurs épaules. « Quand mes trois filles sont parties de la maison, j’en ai profité pour changer de régime alimentaire, de coupe de cheveux et refaire tout mon dressing. J’avais enfin le temps de prendre soin de moi » estime Nathalie, 56 ans qui en a même profité pour quitter son mari avec lequel elle partageait sa vie depuis trente ans. Un changement de vie qui rentre peu à peu dans la norme, l’Ined (Institut national d’études démographiques) constatait déjà en 2021 que le nombre de divorces chez les plus de 50 ans avait doublé en trois décennies, et triplé pour les plus de 60 ans. Les femmes lancent souvent ces ruptures (environ 60-75 % des cas selon les études Ined et sondages récents), souvent après des unions longues.
Les enfants témoignent largement sur les réseaux sociaux des changements et des comportements de leurs mères, « elle fait que regarder des films et des séries sur mon Netflix, elle sort tout le temps, » écrit Roxane. Sia ajoute que sa mère « regarde des TikTok jusqu’à une heure du matin et elle ne veut plus faire à manger ». Quant à Lola elle finit par dire que « les rôles se sont inversés, c’est moi qui lui fais la morale quand elle sort et rentre tard sans prévenir. » Un schéma qui ne surprend pas l’économiste et psychanalyste Corinne Maier, « on a envie de vivre autrement et on a envie, finalement, de se réapproprier sa propre existence en renouant avec ce qu’on faisait avant d’avoir des enfants. » explique celle qui en 2020 sortait le livre Dehors les enfants, (Albin Michel), « Je pense que c’est pas plus mal d’anticiper le mouvement quand ils sont adolescents, puisque, finalement, ça leur montre qu’on a une vie sans eux et qu’ils ont leur vie à vivre et que les parents aussi. »
S’émanciper après des sacrifices
Pourtant, la société reste ambivalente : on célèbre la « jeunesse éternelle » des quinquas actives dans les magazines mais on juge vite « ridicule » quand une femme de 55 ans porte des sneakers fluo, sort en boîte ou refait sa vie avec un partenaire plus jeune. C’est à ce moment que les critiques fusent, « Ma mère c’est clairement moi au collège, elle boude quand elle est fâchée et que cela ne va pas dans son sens. Sa vérité, c’est la vérité » souffle Jessica. À l’inverse, d’autres y voient une émancipation légitime après des décennies de sacrifices. « Ce que leurs enfants ne comprennent pas, c’est qu’ils sont peut-être, eux aussi, englués sur des images un peu fantasmées de leur mère, c’est-à-dire la mère qui a leur service, la mère parfaite » explique Corinne Maier. « Peut-être qu’ils mettent eux-mêmes leur maman sur un piédestal, mais c’est une personne aussi, donc elle a besoin de s’amuser comme tous les jeunes. Je pense qu’ils le comprennent enfin » juge l’autrice.
En réalité, ces femmes ne cherchent pas à redevenir des ados. Elles profitent d’une liberté nouvelle, avec l’expérience et souvent les moyens financiers qu’elles n’avaient pas à la naissance ou pendant l’enfance de leurs progénitures. On ne parlera donc pas de régression mais plutôt de réappropriation : elles ne rattrapent pas une jeunesse manquée, elles construisent une seconde partie de vie choisie.
Si vous êtes une maman et que votre petit vous dit que vous êtes gênante à sortir vous amuser en boîte de nuit, ne vous inquiétez pas, « ils surjouent encore le côté ''c’est gênant''. Mais c’est très bien, ils vont se dire que finalement quand je vais partir de la maison, ma mère ne va pas s’effondrer en larmes. » termine Corinne Maier. L’allongement de la vie active et la transformation des normes conjugales pourraient bien redéfinir ce que signifie le terme « quincados » et vieillir au féminin.



















