Gastronomie : Accusé de violences, le chef danois René Redzepi démissionne du prestigieux restaurant scandinave noma
Mis en cause par une enquête du « New York Times », il dit assumer la responsabilité de ses actesO.M. avec AFP
Le dessert est amer : le chef danois René Redzepi a annoncé, jeudi 12 mars 2026, sa démission du restaurant noma, qu’il avait cofondé en 2003 et dont il avait fait l’une des tables les plus prestigieuses au monde, à la suite d’accusations de comportements humiliants, voire violents, envers ses équipes.
Cette annonce constitue un coup de tonnerre pour le monde de la haute cuisine, confronté à une libération de la parole, ces dernières années, au sujet du traitement infligé aux employés dans un secteur réputé avoir des conditions de travail extrêmement dures.
« Après plus de deux décennies passées à construire et diriger ce restaurant, j’ai décidé de me retirer », a déclaré René Redzepi sur Instagram, où le dirigeant du restaurant emblématique de la gastronomie scandinave a posté une vidéo. Visiblement ému, il s’excuse devant ses équipes.
L’article qui a mis le feu aux poudres
Alors que le chef devait commencer une résidence à Los Angeles, le New York Times avait récemment publié une enquête faisant état de violences physiques et d’humiliations publiques de la part du chef envers ses équipes.
Cet article, basé sur des témoignages d’anciens employés et couvrant la période de 2009 à 2017, évoque des coups de poing à des employés, des coups portés avec des équipements de cuisine, ainsi que des menaces du restaurateur qui disait compter utiliser son influence pour ternir la réputation de travailleurs dans le secteur.
Mea culpa
« J’ai travaillé pour devenir un meilleur dirigeant et noma a entrepris d’importantes actions pour transformer sa culture au fil des années. Je reconnais que ces changements ne réparent pas le passé », a souligné le chef de 48 ans.
Il affirme que « des excuses ne sont pas suffisantes » et qu’il « assume la responsabilité de [ses] actes », avant de préciser avoir également démissionné du conseil d’administration d’une association caritative qu’il avait fondée.
Abréviation des mots danois « nordisk » (nordique) et « mad » (nourriture), le noma (avec « n » minuscule) avait ouvert sur un quai du centre de Copenhague en 2003, avant de fermer en 2016 pour rouvrir deux ans plus tard dans un quartier légèrement plus excentré et arboré de la capitale danoise.
Précédents aveux
Connu pour ses plats créatifs utilisant des ingrédients fermentés ou des bouillons sophistiqués (ainsi que ses menus coûtant plusieurs centaines d’euros), noma avait été désigné meilleur restaurant du monde pendant quatre années (2010, 2011, 2012 et 2014) dans le classement du magazine Restaurant.
Sans renoncer aux étoiles Michelin, René Redzepi a souvent critiqué publiquement ce modèle qu’il estime « difficilement soutenable » pour les équipes, évoquant des conditions de travail intenses.
Le chef – notamment formé à El Bulli, célèbre table du « moléculaire » Ferran Adria, et au French Laundry, l’un des restaurants américains les plus réputés – avait admis dans le passé avoir déjà perdu son sang-froid en cuisine. Il avait écrit en 2015 dans un livre : « Je me suis conduit en tyran pendant une grande partie de ma carrière ».
Des manifestants « brisés »
En février 2026, l’ancien responsable du laboratoire de fermentation de noma, Jason Ignacio White, avait publiquement dénoncé des violences dont il aurait été témoin. « Noma n’est pas une histoire d’innovation. C’est l’histoire d’un maniaque qui a instauré une culture de peur, d’abus et d’exploitation », avait-il alors affirmé sur les réseaux sociaux.
Jason Ignacio White faisait partie d’un groupe de manifestants présents mercredi 11 mars 2026 devant la résidence que devait ouvrir René Redzepi à Los Angeles, pour quelques semaines. « Noma m’a brisé » ou encore « Pas d’étoile Michelin pour la violence », disaient les pancartes qu’ils brandissaient, avec des appels à la démission du chef, qui a fini par céder.
L’aventure noma se poursuit
« Pour tous ceux qui se demandent ce que cela signifie pour le restaurant, permettez-moi d’être clair : l’équipe de noma est, aujourd’hui, plus forte et plus inspirante qu’elle ait jamais été », a assuré René Redzepi jeudi 12 mars.
Notre dossier « Gastronomie »Il a assuré que la résidence en Californie se poursuivrait. Le restaurant de Copenhague devait ensuite rouvrir ses portes. Noma a par ailleurs ouvert récemment une boutique dans une serre, devant son restaurant, ayant l’ambition de démocratiser les produits employés dans ses recettes.



















