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Tout savoir sur le goût « umami », cette fameuse cinquième saveur
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Le goût « umami » : Tout savoir sur cette cinquième saveur

On le goûte sans le savoir, on y revient sans comprendre pourquoi. Et si l’umami était la clé de notre plaisir à table ?
Fostine  Carracillo pour 20 Minutes

Fostine Carracillo pour 20 Minutes

L'essentiel

  • L’umami est la cinquième saveur reconnue, moins connue que le sucré ou le salé, mais présente dans de nombreux plats du quotidien.
  • Son nom vient du Japon, mais son principe avait déjà été pressenti en France au XIXe siècle, notamment par Jean Anthelme Brillat-Savarin.
  • Issu de la transformation des aliments, ce goût profond se libère grâce à la cuisson, la fermentation ou l’affinage, et explique pourquoi certaines associations sont si addictives.

L’umami, ce mot japonais que l’on croise parfois sans trop s’y attarder, désigne une saveur bien réelle, pourtant souvent reléguée dans l’ombre des plus célèbres : sucré, salé, acide ou amer. C’est pourtant la cinquième saveur reconnue par notre langue, une sensation gustative subtile, douce et enveloppante, qui évoque parfois une touche sucrée sans vraiment l’être. Peu connue du grand public, elle est pourtant familière aux palais curieux, nichée dans bien des plats que l’on aime sans toujours savoir pourquoi.

Aux origines scientifiques et culinaires de l’umami

Bien avant que le Japon ne lui donne un nom, la France avait déjà entrevu cette saveur singulière. À la croisée des XVIIIe et XIXe siècles, Jean Anthelme Brillat-Savarin évoquait une intensité gustative qu’il appelait « osmazôme », une essence concentrée issue des sucs de viande. En 1826, dans Physiologie du goût, l’un des ouvrages fondateurs de la gastronomie, il écrivait : « L’osmazôme est cette partie éminemment sapide des viandes, qui est soluble dans l’eau froide ». Sans le savoir, il mettait peut-être en mots ce que le professeur Kikunae Ikeda identifierait un siècle plus tard, en goûtant un bouillon d’algues au kombu. Le mot « umami », contraction de umai (savoureux) et mi (goût), naîtra alors au Japon. Mais cette cinquième saveur, loin de se cantonner à l’Asie, a toujours circulé bien au-delà.

Difficile à définir, l’umami se manifeste comme une rondeur en bouche, une sensation qui prolonge le goût et invite à replonger la cuillère. On le retrouve dans une sauce bien réduite, du parmesan râpé, une tranche de jambon sec ou des tomates mûres. Si la cuisine japonaise l’a placé au cœur de son identité, cette saveur universelle est depuis longtemps familière à nos assiettes. On y a tous déjà goûté, souvent sans en connaître le nom.

Une tradition bouddhiste à l’origine de l’umami japonais

L’ancrage de l’umami dans la cuisine japonaise s’explique en grande partie par l’influence du bouddhisme, qui a longtemps encouragé une alimentation végétarienne, notamment au sein des monastères. Privés de viande, les cuisiniers japonais ont développé des alternatives capables de produire une même intensité gustative. C’est ainsi que des ingrédients fermentés comme le miso ou la sauce soja se sont imposés, concentrant naturellement cette fameuse saveur grâce à la richesse en protéines du soja. Par fermentation, ces protéines sont décomposées en acides aminés qui déclenchent l’umami. Là où la cuisine française mise volontiers sur les fonds de sauce, le bouillon de volaille ou des produits comme le Viandox, les Japonais ont affiné, au fil des siècles, l’art de faire naître cette profondeur de goût sans viande.

Le pouvoir addictif de l’umami

Si vous ne pouvez pas vous arrêter après une tranche de saucisson ou une bouchée de fromage affiné, ce n’est pas un caprice de votre palais, c’est une réaction bien réelle. La raison : l’umami. Cette cinquième saveur est déclenchée par certains acides aminés comme le glutamique, le guanylique ou l’inosinique, et plus ces composés s’associent, plus l’effet est marqué. Ce mécanisme explique pourquoi certaines combinaisons d’ingrédients nous paraissent tout simplement irrésistibles.

Le dashi japonais illustre parfaitement cette synergie. En réunissant bonite séchée, champignons shiitake et algue kombu, il combine plusieurs sources de saveur umami pour produire une sensation décuplée en bouche. Rien de magique, tout est affaire de chimie. Cette impression de plaisir intense, ce fameux « encore une bouchée » que l’on connaît si bien, trouve donc une explication scientifique. Ce que nos papilles réclament, nos neurones valident.

Libérer l’umami, une affaire de transformation

L’umami ne se dévoile pas d’un simple coup de fourchette. Comme le rappelle Gabriel Lépousez, neurobiologiste à l’Institut Pasteur, « pour le libérer, il faut un processus de dégradation qui peut être par fermentation, par cuisson, par vieillissement ou par affinage. Le temps est clé », expliquait-il au micro de François-Régis Gaudry dans l’émission Saveurs savantes sur France Inter. Ce goût profond et enveloppant naît donc de la patience, du travail des aliments sur eux-mêmes. Mais attention à ne pas confondre cette richesse naturelle avec le glutamate monosodique (E621), un additif utilisé dans l’agroalimentaire pour doper artificiellement la saveur des plats. Soupçonné de provoquer des effets indésirables comme des maux de tête, des nausées ou le fameux « syndrome du restaurant chinois », il reste à distance respectable de l’umami véritable, celui que le temps et la transformation révèlent.

C’est justement cette transformation qui fait toute la différence en cuisine. Une simple salade tomates-champignons ne suffit pas à faire jaillir l’umami. Il faut que la matière évolue, se concentre, mijote. Mieux vaut une sauce tomate longuement cuite qu’un fruit frais à peine tranché. Et pour aller plus loin, on peut jouer sur les contrastes, associer des produits bruts et puissants à des préparations plus complexes : des fruits de mer crus intensément iodés, relevés par un confit ou une gelée d’agrumes, et pourquoi pas, pour sublimer l’ensemble, une touche de saké bien dosée.