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Katmandou, une vallée à la hauteur du mythe
Patrimoine mondial

Katmandou : Une vallée à 1.350 mètres seulement, mais bien à la hauteur du mythe

Aucun séisme, ni tellurique ni politique, n’a pu ternir son aura. Porte d’entrée vers l’Himalaya, Katmandou réunit hommes et divinités autour de sites qui semblent inchangés depuis le Moyen Âge
Jean-Claude Urbain

Jean-Claude Urbain

Un échafaudage de bambous, de petits tas de briques et quelques poutres plus claires que les autres sont les seuls indices de la catastrophe qui a transformé Durbar Square en champ de ruines, il y a à peine onze ans. Le 25 avril 2015, un séisme de magnitude 7,8 frappait la vallée de Katmandou avec violence, détruisant en moins d’une minute des monuments classés par l’Unesco, fragilisant des quartiers entiers et faisant près de 9.000 victimes à travers le pays.

Sur ce complexe palatial de la capitale népalaise, les pagodes endommagées ont été entièrement démontées pour être reconstruites pièce par pièce, dans le plus grand respect des techniques traditionnelles. Un chantier considérable pour un résultat bluffant. Seul un regard averti pourrait distinguer des différences entre l’ancien palais royal et celui rouvert au public l’année passée. Modèle de résilience, le pays n’avait toutefois pas attendu ces rénovations pour se relever. Sept semaines seulement après la catastrophe, Katmandou accueillait déjà des voyageurs rassurés par des agences bien implantées sur place, comme Shanti Travel.

La terre peut bien à nouveau secouer Katmandou, tout sera reconstruit dans le pur style newar.
La terre peut bien à nouveau secouer Katmandou, tout sera reconstruit dans le pur style newar.  - Jean-Claude Urbain

Avant le séisme, une autre secousse avait déjà modifié le paysage politique du pays. En 2008, après une décennie de guerre civile maoïste, le roi Gyanendra abandonna son palais de Narayanhiti à la nouvelle république fédérale. Pendant 240 ans, les souverains du Népal ont été considérés comme des incarnations du dieu Vishnou. La monarchie hindoue structurait alors l’imaginaire national autant que l’organisation politique. Le palais, vaste complexe aux salons feutrés, est désormais un musée où les visiteurs viennent admirer les souvenirs encore rutilants d’un pouvoir révolu.

Ce basculement institutionnel n’a pas altéré l’énergie de la rue. À Katmandou, le piéton est en exercice permanent d’évitement : scooters zigzagant entre les étals, minibus pleins à craquer, fidèles rassemblés autour d’un autel en plein milieu d’un carrefour… La capitale népalaise, c’est environ un million d’habitants dans la municipalité, mais près de trois dans son aire urbaine. Car cette ville ne se comprend pas seule. Elle forme, avec Patan et Bhaktapur, un trio d’anciennes cités royales dont les Durbar respectifs sont inscrits au Patrimoine mondial.

À peine visibles derrière les guirlandes de fils électriques, les milliers de temples de Katmandou structurent le quotidien.
À peine visibles derrière les guirlandes de fils électriques, les milliers de temples de Katmandou structurent le quotidien.  - Jean-Claude Urbain

Épicentre historique de Katmandou, Durbar Square superpose les époques. C’est ici qu’entre le XIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, les rois Malla ont façonné l’identité architecturale de la vallée, avant d’être supplantés par la dynastie Shah. Les palais aux cours intérieures, les temples et pavillons à toits superposés, les fenêtres en bois finement ciselées et les statues de divinités y composent un ensemble dense, à la fois politique et religieux.

Le regard ne sait où se poser. Sur les marches, des adolescents consultent leur téléphone, indifférents aux lions de pierre qui montent la garde depuis des siècles. Des pigeons décollent en nuée au passage d’écoliers en uniforme. Des marchandes alignent des colliers de fleurs destinés aux offrandes. À midi, on se presse sous les fenêtres sculptées de la Kumari. La « déesse vivante », choisie au sein de la communauté newar et vénérée comme l’incarnation de Taleju jusqu’à sa puberté, n’apparaît que quelques minutes par jour. Face à sa résidence, l’ancien palais Hanuman Dhoka rappelle que tout, ici, tient ensemble : pouvoir, foi et mémoire.

Vues depuis la colline de Swayambhunat, Katmandou, Patan et Bhaktapur ne font qu’un à travers la vallée.
Vues depuis la colline de Swayambhunat, Katmandou, Patan et Bhaktapur ne font qu’un à travers la vallée. - Jean-Claude Urbain

Bouillon de culture

Plongé sans préparation dans le monde irrationnel et complexe de la capitale népalaise, on peut facilement se décourager de ne rien y comprendre. Pour simplifier, on peut admettre que la vallée de Katmandou est essentiellement peuplée de Newars d’origine tibéto-birmane dont la culture mêle étroitement bouddhisme et hindouisme. Sous les rois Malla, puis avec le Code civil instauré par la dynastie Shah en 1854, un système de castes professionnelles s’est structuré, plaçant l’élite hindoue au sommet de la hiérarchie.

Cette forme de discrimination été abolie, mais son héritage demeure visible dans l’organisation sociale et religieuse. Chaque ancienne caste possède ses temples, ses fêtes, ses rituels. La vallée entière relève du sacré. Katmandou compterait quelque trois mille sanctuaires. On ne peut pas y faire trois pas sans échapper au regard de Bouddha ou d’une divinité. Partout dans la rue, on se heurte à des statues, à des autels, à des stupas, dont aucun n’est laissé à l’abandon.

Les cours de Patan appelées « bahals » sont des musées vivants à ciel ouvert.
Les cours de Patan appelées « bahals » sont des musées vivants à ciel ouvert. - Jean-Claude Urbain

De l’autre côté de la rivière Bagmati, la ville adopte un rythme campagnard. Patan - officiellement Lalitpur, « la cité de beauté » - semble respirer plus lentement. Son Durbar Square est souvent considéré comme le plus harmonieux de la vallée. Il invite à s’attarder, à observer les détails dans le parfum des lampes à huile. Mais cette ancienne capitale royale n’est pas seulement une vitrine patrimoniale.

Dans les venelles, des portes basses donnent accès à des bahals, des cours intérieures où sèchent le riz et les piments rouges. Dans celle-ci, on polit des statues de bronze, dans celle-là, on affine des linteaux de bois. La ville se révèle dans la patience des gestes. Car Patan est un centre artistique majeur depuis les Malla. Les Newars y ont développé un savoir-faire reconnu dans la sculpture, l’orfèvrerie et la statuaire religieuse. Le musée installé dans l’ancien palais illustre ces traditions. Ici, la restauration post-2015 s’est appuyée sur ces mêmes artisans, capables de reproduire piliers et charpentes selon les techniques ancestrales.

Dans le flamboiement du crépuscule, rien ne semble avoir changé à Bhaktapur depuis des siècles.
Dans le flamboiement du crépuscule, rien ne semble avoir changé à Bhaktapur depuis des siècles. - Jean-Claude Urbain

Comme Patan, Bhaktapur a conservé un esprit rural. Dans son quartier des potiers, de grandes jarres, des tasses et toutes sortes d’objets rituels sèchent en attendant d’être cuits dans des fours à ciel ouvert. Tout le monde est affairé. Les uns, concentrés à façonner la terre glaise. Les autres, penchés sur leur métier à tisser ou sur leur chevalet à peinture.

Fondée au XIIᵉ siècle, Bhaktapur fut longtemps la plus puissante des trois cités royales. Elle se distingue aujourd’hui par une politique de conservation plus stricte. Ses rues au pavage inégal donnent à voir ce que fut la vallée avant son expansion moderne. Ses façades de brique captent le soleil de l’après-midi et le renvoient en reflets dorés. Ses temples juchés sur des gradins se pressent sans ordre ni symétrie apparente sur Durbar Square. Tous ont été endommagés par le séisme alors qu’à quelques centaines de mètres, sur la place Taumadhi, les cinq étages du Nyatapola ont miraculeusement résisté. Érigé en 1702, ce temple de trente mètres est le plus haut du pays.

Spécialité newar inspirée de la cuisine tibétaine, le momo est un ravioli farci de viande ou de légumes épicés.
Spécialité newar inspirée de la cuisine tibétaine, le momo est un ravioli farci de viande ou de légumes épicés.  - Jean-Claude Urbain

Avec les pèlerins

La montée vers Swayambhunath s’effectue, à l’ouest de Katmandou, par un escalier de 365 marches irrégulières que se partagent pèlerins, enfants essoufflés et singes opportunistes. À chaque palier, la ville s’étale davantage tandis que le bruit des klaxons se dissout. Au sommet, le stupa domine la vallée depuis plus de quinze siècles. Classé au Patrimoine mondial, ce haut lieu du bouddhisme vajrayāna est un des plus anciens sites religieux du Népal. Sa masse blanche est presque aveuglante sous le soleil. Les yeux de Bouddha peints sur la tour dorée regardent dans les quatre directions. Son nez, en forme de point d’interrogation, représente le chiffre « un » en écriture népalaise, symbole d’unité.

Tout autour, les moulins à prière gravés du mantra Om Mani Padme Hum, « Joyau dans la fleur de lotus » désignant Katmandou, forment une ronde métallique que chacun fait tourner du plat de la main. Le geste est machinal, mais il ralentit le pas. On comprend alors que la vallée se vit à deux niveaux : en bas, dans le chaos de la circulation, et dans ces hauteurs, où le temps semble s’étirer.

Le stupa de Bodnath est un cœur battant du bouddhisme himalayen, où dévotion, exil et identité se rencontrent.
Le stupa de Bodnath est un cœur battant du bouddhisme himalayen, où dévotion, exil et identité se rencontrent. - Jean-Claude Urbain

Autour de Bodnath aussi, les fidèles effectuent la kora, cette circumambulation rituelle dans le sens des aiguilles d’une montre. Les rangées de moulins à prière et le claquement des drapeaux dans le vent rythment la marche. Dans ce cercle parfait, le temps semble moins linéaire. On avance, on rejoint son point de départ, et on recommence. Des femmes âgées murmurent des mantras en égrenant leurs chapelets tandis que des adolescents comptent les tours sur leurs téléphones. Depuis les toits-terrasses des cafés qui surplombent le site, la scène se répète sans fin.

Bodnath n’est pas seulement un lieu de promenade circulaire : c’est le plus grand stupa du Népal et un des plus imposants au monde. Son mandala monumental, d’environ cent mètres de diamètre, structure tout le quartier. Également classé par l’Unesco, il est devenu à partir des années 1950 le centre de la communauté tibétaine réfugiée au Népal. Le séisme de 2015 a fissuré la flèche centrale. Mais elle a été entièrement démontée puis reconstruite grâce à des dons internationaux et à la mobilisation de la diaspora.

Pashupatinath est un des sept ensembles de la vallée classés au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Pashupatinath est un des sept ensembles de la vallée classés au Patrimoine mondial de l’Unesco. - Jean-Claude Urbain

À Pashupatinath enfin, la vie et la mort cohabitent dans le crépuscule. Des familles veillent en silence près des bûchers funéraires le long de la rivière Bagmati, qui se jette dans le Gange. C’est le chemin de la délivrance. À l’est de Katmandou, ce sanctuaire dédié à Shiva est un haut lieu de l’hindouisme. L’ensemble du site regroupe des centaines de petits temples, ashrams et statues disséminés le long des ghats qui habillent les berges.

Chaque soir, fidèles et visiteurs se serrent sur ces marches de pierre pour célébrer l’Aarati en chansons, dans les fumées mêlées des bougies et des crémations. Dans ces moments de communion, même les singes suspendent leurs querelles sur les toits dorés du temple principal. En quittant les lieux, la rumeur de la ville reprend. Katmandou voyage ainsi, intensément, entre l’éphémère et l’éternel. La brume se dissipe au-dessus de la Bagmati, comme se sont dissipées les poussières du séisme de 2015. La ville a vacillé, ses temples se sont fissurés, mais ni ses rites ni ses gestes séculaires n’ont cédé.

Y aller

Shanti Travel embarque depuis 2005 les voyageurs francophones à la découverte de l’Asie. Ses itinéraires sur-mesure ou en petits groupes sont conçus par des experts locaux, dans un souci permanent d’authenticité. Respect, rencontres et partage sont au cœur de son éthique du tourisme.

À travers son programme Shanti Om, l’agence propose par ailleurs de se reconnecter à soi-même et à son environnement à travers des voyages initiatiques et des retraites spirituelles. Elle se base pour cela sur les grandes traditions asiatiques du yoga, de la méditation et de l’ayurvéda.

Au Népal, outre les circuits sportifs dans l’Himalaya, Shanti Travel conçoit des séjours culturels à travers le pays avec une grande place accordée aux sites majeurs de Katmandou. À partir de 1.100 €, la formule de 10 jours « Les essentiels du Népal » inclut une assistance 24h/24, les frais de visa, des porteurs pour les treks et les logements.