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Mettre « Koh-Lanta » sur son CV, la (fausse) bonne idée ?

« Un profil qui sort du lot »… Mettre sa participation à « Koh-Lanta » sur son CV, est-ce une bonne idée ?

totem d’employabilitéL’émission « Koh-Lanta » et le monde du travail partagent des valeurs communes. Les ex-aventuriers en quête d’un job ont-ils tout intérêt à le mettre en lumière dans leur candidature ?
KOH-LANTA : Les conseils de Teheiura
Clio Weickert

Clio Weickert

L'essentiel

  • L’émission « Koh-Lanta » et le monde du travail partagent des valeurs communes.
  • A l’image de la réalisation d’un semi-marathon ou de la pratique du padel, certains pourraient être tentés de mettre en lumière cette expérience extra-professionnelle dans le cadre de la recherche d’un emploi.
  • Mettre « Koh-Lanta » sur son curriculum vitæ, est-ce une bonne idée pour un ancien candidat du jeu de TF1 ?

Capacités d’adaptation, esprit d’équipe, endurance, dépassement de soi, voire abnégation… Autant de qualités essentielles pour survivre à « Koh-Lanta », dont une nouvelle saison débarque ce mardi à 21h10 sur TF1. Mais ce sont aussi des aptitudes particulièrement valorisées dans le monde du travail, peu importent les secteurs : restauration, vente, finance, politique ou encore éducation…

Si certains postulants n’hésitent plus à faire part aux recruteurs de leurs activités extra-professionnelles comme la pratique régulière du padel, l’engagement dans une association ou la réalisation d’un semi-marathon, est-il pertinent de mettre sa participation à « Koh-Lanta » sur son CV pour mettre en lumière certaines capacités ?

Sortir de la grosse pile de CV

Gaelle, grande gagnante de la saison dernière, répond par un grand oui. « C’est une aventure de fou qui, implicitement, dit beaucoup de la résilience, de la confiance en soi, du dépassement… Il faut un mental d’acier pour tenir quarante jours dans ces conditions, répondait-elle à 20 Minutes au lendemain de sa victoire. Ça veut dire aussi que j’ai réussi à fédérer des aventuriers, à les convaincre de voter pour moi. Gagner "Koh-Lanta" veut dire beaucoup de choses. »

Pour Claire, candidate lors de la même saison et co-autrice « du plus gros coup de bluff de l’histoire » du jeu, le programme de TF1 est « vraiment une des seules téléréalités auquel on peut être très fier d’avoir participé ».

Elle poursuit : « Pour moi, c’est un énorme atout, que ce soit dans la vie professionnelle ou dans la vie de tous les jours. Voir une fille qui a l’air toute frêle, fragile, atteindre l’orientation, c’est quand même incroyable. Ça montre jusqu’où tu peux aller. »

« Quand tu candidates à un poste, ton but est de séduire au maximum, expliquent Léo Bernard et Elise Moron, fondateurs de Blendy, formation et conseil en recrutement, et auteurs de Permis de recruter (Eyrolles). Si tu mets une expérience unique comme ça, tu donnes une chance de plus à ton profil de sortir du lot et de la grosse pile de CV. » Ce qui est déjà une épreuve en soi, peut-être encore plus difficile que de tenir trois heures sur un poteau.

« Pas de corrélation directe entre savoir avaler des chenilles crues et être bon comptable »

Mais tout n’est pas si simple. Si rien n’empêche un ex-participant du jeu de le mettre en lumière dans sa candidature, un recruteur, lui, ne devrait pas y prêter attention.

« Ceux qui ne sont pas conscients de leurs biais cognitifs vont adorer voir des choses comme ça sur un CV, parce que ça les distingue. C’est ce qu’on appelle le biais d’extraordinarité. Pour autant, ça ne vient pas donner une compétence précise par rapport au job sur lequel tu recrutes et ça ne doit absolument pas biaiser ta manière d’évaluer les compétences qui sont requises pour le poste », souligne la spécialiste du recrutement Elise Moron.

On pourrait tout de même se dire qu’après avoir survécu à trente jours sur une île déserte, monté des alliances et évité des complots, en comparaison, supporter ses collègues dans un open space et manager des équipes, c’est du pipi de chat, non ?

« Ce n’est pas parce que tu as fait "Koh Lanta" que tu es un bon candidat ou une bonne candidate, tranche de façon catégorique l’ancien RH Léo Bernard. Il n’y a pas de corrélation directe et systématique entre savoir avaler des chenilles crues, mettre des mains dans un pot avec des serpents et être bon comptable, par exemple. »

De même, faire preuve de capacités analytiques ou d’esprit d’équipe dans un jeu télé ne garantit pas d’exceller en ce sens au sein d’une entreprise. « Dans le contexte de cette émission, tu es dans la nature, c’est filmé, il y a du montage derrière. Tu t’entraînes précisément pour ça et, du coup, tu peux en effet avoir ces compétences. Mais si tu changes de contexte, si tu rejoins une entreprise publique dans le bâtiment, par exemple, tu n’auras peut-être pas forcément les mêmes compétences », note Léo Bernard.

Crapules s’abstenir

Sans oublier un paramètre du jeu à double tranchant : la stratégie. L’une des clés pour survivre sur « Koh-Lanta », c’est de savoir mener sa barque jusqu’à la finale, en optant pour des tactiques offensives ou d’évitement. Une qualité clivante.

« En France, le côté ingénieux, malin, n’est pas toujours valorisé, surtout dans le cadre d’un jeu, observe Julien Magne, producteur du programme. Si je ne produisais pas "Koh-Lanta", je dirais que traverser et surmonter une aventure aussi exigeante est, pour un employeur ou un recruteur, un gage de sérieux, de ténacité, de volonté, de capacité d’adaptation… Et pour certains domaines, ce sont forcément des qualités intéressantes. »

Entre la stratégie et la roublardise, il n’y a parfois qu’un pas. Il y a aussi la traîtrise ou le retournement de veste… tolérés dans « Koh-Lanta » mais (généralement) moins en entreprise. Vous avez joué les crapules dans votre saison ? Abstenez-vous peut-être d’en faire part au recruteur. Ou du moins, attendez le montage final de l’émission - et sa diffusion - pour vous faire une idée de votre niveau de fourberie.

Pour les autres, plutôt que d’ajouter une ligne à un CV, les auteurs de Permis de recruter recommandent de passer par un réseau social pro, comme LinkedIn.

« Faire un post en disant "j’ai participé à Koh-Lanta et aujourd’hui je cherche un job à la hauteur de cette aventure", c’est génial et c’est un bon outil de marketing de soi », estime Léo Bernard. Et il distille un dernier conseil, cette fois-ci aux boîtes qui recrutent : « Attention à ne pas faire de son processus d’embauche un "Koh-Lanta" en dix épreuves ». A bon entendeur et bien cordialement.