« Ce serait bien d’avoir les mêmes opportunités que les grands »… Quelle place pour les artistes drag sur Twitch ?
réseau inclusif•Sur la plateforme Twitch, on compte plus de neuf millions de streameurs et streameuses. Parmi eux, certains ont décidé de mettre en avant leur art, celui du drag. Mais quelle visibilité leur accorde la plateforme ?Maelys Courpotin
L'essentiel
- En 2023, Twitch a lancé les guildes Twitch Unity. Une manière de « fournir un espace sûr », pour les créateurs et créatrices selon le site Internet de la plateforme.
- Chaque année Twitch organise, en Europe, une convention pour présenter ses nouveautés. Et chaque année, au programme, on retrouve un drag show. La plateforme se présente donc comme inclusive.
- Mais pour la drag queen et streameuse Vazek_Tomi, la plateforme doit donner davantage de visibilités aux streamers drag. Aujourd’hui, elle ne leur permet pas d’obtenir des opportunités commerciales.
Imaginez : des artistes de drag, aux costumes et maquillage de couleurs vives, chantant, dansant, faisant des sketchs humoristiques, le tout, en plein milieu d’une convention immense dans laquelle on parle de majoritairement de live et de jeux vidéo.
Cette scène s’est déroulée le samedi 30 mai 2026, lors de la TwitchCon 2026 à Rotterdam, lors du dragshowcase annuel de l’événement. Car les artistes de drag, cet art issu de la communauté LGBTQIA +, sont de plus en plus présents sur la scène du live streaming. Que ce soient des drag queens, drag kings ou drag créatures. Mais reçoivent-ils le même accueil que les autres streameurs et streameuses ?
Une inclusivité apparente
Twitch s’est toujours présentée comme une plateforme où tout le monde est le bienvenu. Que ce soit en tant que streameur ou streameuse ou en tant que spectateur. En 2023, elle a notamment lancé les guildes Twitch Unity. Une manière de « fournir un espace sûr », pour les créateurs et créatrices, selon le site Internet de la plateforme. On retrouve la guilde pour les personnes noires, hispaniques ou les femmes par exemple. La guilde Fierté, qui permet de réunir la communauté LGBTQIA + a, elle, été créée en 2024.
La drag queen Vazek_Tomi, performeuse lors du drag show s’est vite sentie à l’aise. « J’ai été excessivement bien reçue, que ça soit par les viewers ou les streamers. Même s’il y en a qui font les malins dans le chat. » Face aux commentaires discriminants, elle utilise les outils proposés par Twitch : des robots capables de détecter des messages indésirables et de les supprimer immédiatement. Son conseil en plus : « prendre une modération ». Donc de demander à des bénévoles de soutenir le travail des robots de Twitch dans le chat.
Encore du travail
Mais si l’accueil réservé à Vazek_Tomi a été amical, ce n’est pas pour autant qu’il est facile de durer sur la plateforme. Parmi les neuf millions et plus de streamers, près de 95 % d’entre eux ont moins de 5 spectateurs réguliers sur leur live. Un nombre qui ne permet pas de vivre de cette activité. Selon le système de monétisation de Twitch, avec entre cinq et vingt spectateurs, on peut gagner entre 50 et 400 euros par mois. Et parmi les artistes drag invité.es à la TwitchCon 2026, une majorité ne fait plus de streaming de manière régulière.
Vazek_Tomi fait partie des exceptions. Mais elle reproche à la plateforme un manque de mise en avant. « Je trouve que Twitch pourrait faire beaucoup plus d’efforts. C’est vrai qu’on a beaucoup de mal à être mis en avant. Ce serait bien qu’on ait les mêmes opportunités que des grands noms du streaming. » La drag queen admet que cela ne provient pas uniquement de la plateforme. Elle constate que l’actualité et le « climat actuel politique n’aident pas à mettre en avant les artistes queers ». Elle rappelle que Twitch appartient également à Amazon, dont le patron, Jeff Bezos, a plusieurs fois affiché son soutien à Donald Trump. Et depuis sa réélection, le président des Etats-Unis tente par tous les moyens de réduire les politiques inclusives de son pays.


















