Greenweez Paris Major : « C’est plus facile de percer »… Le padel est-il le sport de ceux qui n’ont pas réussi au tennis ?
Reconversion•De nombreux joueurs et joueuses présents à Roland-Garros cette semaine ont commencé par le tennis avant de passer au padelAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- De nombreux joueurs et joueuses qui disputent le Greenweez Paris Padel Major à Roland-Garros cette semaine, ont commencé par le tennis.
- Dans l'imaginaire collectif, beaucoup pensent que ceux qui n'avaient pas le niveau pour évoluer à haut niveau au tennis se sont dirigés vers le padel.
- S'il y a plus de facilités à percer en venant du tennis, l'appréhension de la discipline, notamment mentalement, reste compliqué. Et vivre du padel n'est pas donné à tout le monde.
A Roland-Garros,
On ne va pas aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’une mode, car les motivations varient selon les personnes, mais, ces dernières années, il n’est pas rare de voir des connaissances changer totalement de voie professionnelle : une journaliste qui devient bergère par ici, un régisseur qui se retrouve charpentier par là, une médecin qui bascule en traducteur de langue des signes au fond à droite… Les exemples sont nombreux. On peut en rajouter un petit dernier : les joueurs/joueuses de tennis qui se prennent de passion pour le padel.
Il y a évidemment plus drastique comme reconversion que de passer d’une raquette à corde à une autre pleine, d’un court ouvert à un autre balisé par des vitres, mais ce changement, en douceur, a permis à pléthore d’athlètes de trouver chaussure à leur pied et de réaliser leur rêve de devenir sportif professionnel, à l’image d’Alix Collombon. La n°1 française au padel avait pourtant déjà connu une petite carrière en tennis, avec même un premier tour en double à Roland-Garros, où se dispute cette semaine le Paris Padel Major, avec Chloé Paquet en 2013.
« On peut faire son trou plus facilement »
Montée jusqu’à la 420e place à l’ATP, la Française a pourtant décidé de ranger les antivibrateurs l’année suivante, à 21 ans, pour diverses raisons. Avant de découvrir, par hasard avec des amis, le padel en 2015. Et, à la manière d’une Lamine Yamal de la pala, l’ascension de Collombon a été fulgurante, jusqu’à intégrer le top 30 mondial quelques années après.
« Je dirais que chez les filles, arriver dans le top 100, 80, si on joue vraiment tous les tournois, ça se fait relativement "bien", nous explique-t-elle. Ça dépend beaucoup des joueuses, mais je pense qu’en un an et demi, deux ans, ça peut largement le faire. Moi, j’ai eu la chance d’aller un petit peu plus vite que ça, mais c’est aussi une question de réussite. »
Alors, avec une évolution aussi rapide que couronnée de succès pour une joueuse qui a découvert la discipline sur le tard, une question nous brûle les lèvres : le padel est-il destiné à recueillir toutes celles et ceux qui n’ont pas réussi à percer au tennis ? « Oui, c’est une réalité qu’il y a moins de joueurs au padel et que les gens qui n’ont pas percé au tennis peuvent faire leur trou ici plus facilement, assure l’Espagnole Alejandra Salazar, 13e mondiale, qui a été biberonnée au padel et n’est pas passée par la case tennis. Avec les compétences acquises au tennis, si tu t’entraînes bien au padel, le changement est plus facile que l’inverse pour intégrer le circuit. »
Thomas Leygue, n°1 français, fait partie de ces transfuges du tennis au padel. Lui a effectué le changement après des blessures et le sentiment qu'il prenait plus de plaisir sur une piste colorée : « C'était une décision personnelle, davantage que le fait que je sentais que je ne pouvais pas percer en tennis, parce que j'étais dans les meilleurs de France, en étant jeune. Il y a eu un enchaînement de blessures, et le fait qu'il me manquait un truc, je préférais presque jouer en double au tennis qu'en simple. »
« Les frustrés du tennis »
Alors, on vous voit venir. Attendez un poil, même si vous tâtez un peu de la balle jaune et que, sur un malentendu, vous réussissez à faire une contre-amortie magnifique sur une balle de break et que vous enchaînez les Grands Chelems sur Top Spin, ne posez pas toute de suite votre démission en étant sûr de pouvoir réussir au padel. La route demeure quand même assez escarpée. Dylan Guichard, 122e mondial et n°2 français, raconte :
« Il y a deux trois ans, je voyais beaucoup de commentaires de gens qui disaient que c’étaient les frustrés du tennis, ceux qui n’ont pas réussi dans ce sport, qui se mettaient au padel. Ce qui est vrai, c’est que c’est plus facile d’arriver au haut niveau au padel qu’au tennis. Tout en haut, je ne sais pas, mais c’est vrai qu’on arrive plus facilement au top 200, parce que pour l’instant, il y a moins de joueurs et forcément, la concurrence est moins élevée. Mais ça reste quand même très compliqué. »
Lui aussi jouait au tennis et a même été champion de Bretagne en 2016, avant de basculer vers le padel en 2018, « mais pas par frustration ou du fait de ne pas être bon au tennis ». D’autant que le padel, avec son terrain plus petit, sa raquette différente, ses vitres qui entourent la piste reste un sport, bien qu’accessible et ludique, qui a ses spécificités. « Les gens qui se replient en disant "je n'ai pas réussi dans le tennis", un peu frustrés, ils ont du mal à passer au padel, parce qu'il faut enlever les bases du tennis pour apprendre les bases du padel, et ça c'est compliqué, détaille Leygue. On a l'impression que c'est un sport qui est très similaire, ça aide énormément pour les réflexes, le fait de centrer la balle, mais si on n'est pas prêt à changer mentalement en disant "c'est un autre sport, il faut que je m'adapte à comment on joue", on a beau venir du tennis, ça ne changera rien. »
Dur d’en vivre si on n’est pas au très haut niveau
Et si vous n’avez pas réussi à gagner de prize-money du côté du tournoi de tennis de Bormes-les-Mimosas, n’espérez pas pouvoir gagner le Paris Padel Major et son chèque de 525.000 euros les doigts dans le nez. Demandez donc à Maxime Joris (206e mondial), éliminé au premier tour à Roland-Garros, lundi, qui avait un bon petit niveau au tennis avant de rejoindre la cage : « On en survit pour l’instant, on est dans la phase par laquelle on est obligés de passer. Aujourd’hui, moi, je perds de l’argent, mais je ne vois pas d’inconvénient à faire ça, parce que pour moi, c’est un sacrifice que je dois faire. Et demain, si je réussis, je pourrai dire que j’ai mis toutes les chances de mon côté. »
Mieux classé, Dylan Guichard va, lui, pour la première fois, ne pas « perdre d’argent, mais ne pas en gagner non plus », alors qu’une saison complète lui coûte entre 60.000 et 70.000 euros, en comprenant son logement à Madrid. « Mais c’est déjà quand même très bien, en trois ans, de réussir à faire des années blanches », assure le Breton.
« Moi, j’étais 400e à la WTA et c’était dur. La vie sur le circuit, quand tu es 400e, elle n’est pas facile du tout, et même quand t’es mieux classée, ajoute Alix Collombon. Aujourd’hui, au padel, je dirais que chez les filles, le top 15-20 en vit bien. Quand on n’est pas Espagnole ou Argentine, qui sont en grande majorité dans le classement, je pense qu’à partir du top 60, quand on est française, italienne ou portugaise, on a un peu plus de sponsors, parce qu’on a plus de visibilité, avec un statut de n°1 ou 2 dans nos pays respectifs. » Il ne reste plus qu’à atteindre ce niveau.


















