Silver influenceuses : « Il n’y a pas d’âge pour être belle », ces seniors redonnent l’avantage à la vieillesse
CONFIANCE EN SOI•« 20 Minutes » a rencontré trois femmes de plus de 50 ans qui luttent contre les injonctions liées à l’âge dans leur vie et sur les réseaux sociauxDora Christian
L'essentiel
- «20 Minutes » a récupéré le témoignage de Caroline Ida, Natacha Dzikowski et Nicole Tonnelle, trois « silver influenceuses ».
- Elles luttent contre l’âgisme et les injonctions qui touchent les femmes de plus de 50 ans dans la société d’aujourd’hui.
- D’après le sociologue Frédéric Godart, le rôle de ces femmes est « extrêmement important », car ce sont elles qui vont « porter le changement » et apporter plus de visibilité aux femmes seniors.
«On a décidé de se rebeller contre l’âgisme » déclare d’emblée Natacha Dzikowski. Un combat mené aussi par Caroline Ida et Nicole Tonnelle. Surnommées « Silver influenceuses », elles ont toutes les trois expliqué à 20 Minutes comment, au travers de leurs contenus sur les réseaux sociaux et leurs activités parallèles dans la vie, elles luttent contre l’âgisme et les injonctions qui touchent les femmes « seniors » après 50 ans.
Tabou sur le vieillissement
« Il y a des injonctions faites aux femmes via l’apparence et on le ressent de façon plus cruelle en vieillissant », confie à 20 Minutes Natacha Dzikowski. Selon Caroline Ida, ces injonctions sont dues à la représentation qui est faite de la femme dans la société. Notamment au travers des magazines féminins, où l’image féminine véhiculée répond aux mêmes standards de beauté de femmes « très jeunes, blanches, minces », avance Caroline Ida avant de continuer : « j’ai arrêté d’acheter tous ces magazines parce que je ne me reconnaissais pas du tout ». « De temps en temps on voit une couverture avec une femme senior, comme Andie Mac Dowell par exemple, mais ça reste des célébrités. On n’a pas la même vie qu’elles », poursuit Natacha Dzikowski.
Frédéric Godart, sociologue, confirme que les femmes quinquagénaires (et plus) sont peu représentées. D’après lui, les injonctions sont plus fortes chez les femmes que les hommes, avec l’âge. « Sociologiquement, il y a un tabou sur le vieillissement. Il y a une invisibilisation progressive de la femme senior », continue-t-il avant de décrypter : « Il faut allonger la vie, mais en ayant toujours l’air jeune ». Caroline Ida fait ce constat dans le milieu des cosmétiques, où elle remarque que le marketing met une pression sur les femmes âgées. « Dans la beauté, il y a des crèmes anti-âge, le mot « anti » c’est négatif. Comme si les crèmes anti-âge allaient nous empêcher de vieillir », déplore l’influenceuse en donnant l’exemple du slogan « Eternelle jeunesse » pour une crème visage.
L’impact des Silver influenceuses dans la société
D’après Frédéric Godart, le rôle de ces femmes dans la société est « extrêmement important », car ce sont elles qui vont « porter le changement » et apporter plus de visibilité aux femmes seniors.
Pour Natacha Dzikowski, autrice du livre, J’ai l’âge que je veux aux éditions Leduc, vieillesse ne doit plus rimer avec « dégradation », car on peut être vieille et « avoir une folle silhouette », rester sportive, active, etc. En considérant l’âge comme une « aventure épanouissante », cette Silver influenceuse a décidé de prendre la parole pour éduquer les femmes sur certains sujets tels que la ménopause par exemple. « Dans mes livres, j’explique ce qui se passe dans le corps à 50 ans. Je me documente, puis, je fais de la vulgarisation, de la pédagogie pour apprendre aux femmes à adapter leur hygiène de vie à leur âge », explique l’activiste.
Au travers de ses conseils, l’autrice a pour objectif de redonner confiance aux femmes, c’est d’ailleurs ce qu’elle confie à 20 Minutes : « Je suis émue quand des femmes me remercient et me disent 'vous m’avez sauvé de la déprime' ».
Quant à Caroline Ida, c’est dans la mode que la Silver influenceuse a voulu « changer les codes », avec le soutien de sa communauté, qui la considère comme « porte-parole des femmes de plus de 50 ans ». En devenant mannequin senior, elle avait en tête de « montrer le vrai corps des femmes ». Chose qui a pu se faire notamment grâce à l’impact de sa collaboration avec la marque de lingerie Darjeeling. « Je ne fais pas un 36, je fais un 44. J’ai 63 ans avec mes imperfections, mon gras sur le ventre, ma cellulite, mes cheveux blancs. Ce n’était pas gagné, mais ça faisait partie de ma mission pour essayer de changer les choses », confie-t-elle à 20 Minutes.
Aujourd’hui, elle se réjouit que le milieu de la mode « change son fusil d’épaule » et montre d’autres types de corps et de femmes que ce qu’on voit habituellement aux défilés de mode. Des profils qui selon elle, ne représentent « absolument pas ce qu’on voit dans la rue ».
A 72 ans, la devise de Nicole Tonnelle est : « Il n’y a pas d’âge pour être belle ». Cette dernière a lancé sa chaîne il y a douze ans sur YouTube après avoir constaté qu’il y avait un manque de représentation et pas d’influenceuse de plus de 40 ans sur les réseaux sociaux. « Même dans les publicités pour crèmes anti-âge, ce sont des filles de 20 ans qu’on montre », déplore la youtubeuse à notre journal.
Avec la même motivation qu’à ses débuts sur les réseaux, celle qui se définit comme féministe, encourage au quotidien les femmes seniors à toujours prendre soin d’elles et à « s’éclater ». « J’ai eu beaucoup de critiques au début : 'la vieille qu’est-ce que tu fais sur Internet ?' Maintenant, j’en ai très peu car nous sommes plus nombreuses », confie-t-elle. Bien au-dessus de ces quelques remarques négatives, Nicole Tonnelle ne s’est jamais arrêtée dans sa quête pour donner confiance aux femmes, « si on ne vieillit pas c’est qu’on est mort », répond-elle avec répartie.
Les conseils pour se libérer des complexes liés à l’âge
Le premier conseil : « Se réconcilier avec soi ». Par là, Natacha Dzikowski entend accepter que son corps change, mais tout en continuant de « prendre soin de soi ». « Bien vieillir c’est le faire à sa façon, sans obéir aux injonctions », continue l’autrice.
« A partir de la ménopause, je pense qu’il y a une libération qui s’opère en nous et il faut vraiment prendre cette libération comme une chance qui nous vient de l’univers », avance Caroline Ida. Cette dernière recommande de faire abstraction du regard des autres, sans s’empêcher de poursuivre ses rêves : danser, peindre ou mettre une minijupe, et ce même à 50 ans ou plus.



















