Roland-Garros 2024 : « Ils peuvent faire une crise cardiaque »… Le Lenglen, nouveau cimetière des pigeons parisiens ?
TENNIS•De nombreux volatiles parviennent à s’engouffrer sur les courts principaux du tournoi malgré le toit. Et on est sans nouvelles de l’un d’entre eux depuis samediJulien Laloye et William Pereira
L'essentiel
- Un pigeon s’est retrouvé piégé sous le toit du court Suzanne-Lenglen lors du match entre Machac et Medvedev, et a été évacué par l’arbitre.
- Les pigeons sont un problème récurrent pour le tournoi, qui compte sur un fauconnier pour les effrayer.
- Reste qu’on ne sait pas si le pigeon du match Machac-Medvedeva a été amené dans un centre de soins.
De notre envoyé spécial,
Le nouveau toit du Suzanne-Lenglen a-t-il fait sa première victime ? Cela va faire plus de vingt-quatre heures, maintenant, qu’un pigeon biset dont on est sans nouvelles a été évacué du court pendant le match entre Machac et Medvedev, en urgence absolue. Le diagnostic ? « Une aile brisée », a minima, selon tous les colombophiles de la salle de presse. Il n’en fallait, pas plus, évidemment, pour que 20 minutes déclenche sa cellule d’investigation dormante, activable 24h/24 pour les gros coups.
C’est que ce terrible accident nous pendait au nez. Deux ans qu’on fréquente le nouveau Lenglen et qu’on observe les volatiles qui parviennent à s’y faufiler malgré le toit fermé plus souvent qu’à son tour cette année. Ce dernier n’est pas totalement hermétique, c’était une volonté de l’organisation afin de conserver au maximum une dimension « outdoor » et la foule fait le reste, nous explique Jean-Luc Giner, président de l’association La Roucoulade et son slogan évocateur : « sauver un pigeon, c’est cool ; adopter un pigeon, c’est top ; tuer un pigeon c’est nul ».
« Les pigeons des villes sont tellement affamés qu’ils sont à la recherche de nourriture en permanence. Des miettes de pain, ça suffit pour les attirer. Ensuite, si vous me dites qu’il y a un toit, il est possible qu’ils n’arrivent pas à retrouver le chemin de la sortie. Chez moi, je laisse la fenêtre grande ouverte, mais parfois ils vont taper dedans parce qu’ils paniquent. » »
« Je pense qu’il est né ici »
Avant le drame, quelques congénères avaient en effet semblé pris au piège, battant des ailes un peu partout au milieu des tribunes et effrayant même quelques rangées de spectateurs au passage. Des scènes aussi observées sur le Chatrier, dans une moindre mesure. Faisons preuve ici de transparence : le problème des pigeons à Roland n’est pas nouveau et cela fait longtemps qu’un fauconnier se charge d’effrayer les oiseaux de toutes espèces avec une buse.
Mais, voyez-vous ma bonne dame, la crise touche tout le monde, et même la fédé de tennis doit se serrer la ceinture, nous apprend Ludwig Verschatse, fauconnier du tournoi jusqu’à 2021. L’homme coule une retraite heureuse entouré de rapaces, mais il a toujours un œil sur Roland-Garros : « il faut savoir que les interventions des fauconniers sont très limitées. C’est uniquement tôt le matin alors que moi, j’étais là toute la journée. Mais je sais que, depuis que je suis plus là, il y a moins de budget. »
Son avis sur l’accident du Lenglen ? « C’est difficile de savoir ce qu’il s’est passé. Mais d’après moi, le pigeon s’est réfugié et caché pendant la matinée dans un endroit où il n’a peut-être pas été repéré par le fauconnier. Vous savez un pigeon, c’est têtu, il revient souvent où il est né. Je pense que celui-ci est né à cet endroit. Et le moment venu pendant les matchs, il a osé sortir. Après, ce n’est qu’une hypothèse ».
Une prise en charge dans les règles de l’art
Ludwig est bien informé. Après vérification, 20 minutes est en mesure de vous confirmer que Michael, son successeur, n’opère que de cinq heures à 8h30 du matin, avec sa buse (super) Nova. Ensuite, c’est porte ouverte pour le peuple pigeon. Plus tôt dans la semaine, déjà, l’un d’entre eux s’était écrasé sur le court pendant un match de Rune, avant de repartir. Samedi, son congénère était incapable de voler. « Il a dû paniquer quand il s’est coupé de son groupe, ose Ludwig. Après, il a pu se cogner contre un obstacle ou même avoir une crise cardiaque et tomber raide mort à cause du stress ».
Ce n’est pas le cas de notre patient, qui présentait des signes de vie au moment de son évacuation par le juge arbitre de la rencontre, Damien Dumosois. Notons que ce dernier a su s’y prendre correctement, au regard des conseils de premier secours du site Pigeon Friends and rescue, attaché au « respect et à la dignité du pigeon biset » : « Prenez l’oiseau à mains nues ou à l’aide d’un tissu posé délicatement sur celui-ci. Vos mains doivent être positionnées de part et d’autre du corps du pigeon au niveau des ailes. Tenez-le fermement mais délicatement à la fois, la pression ne doit en aucun cas l’écraser car les oiseaux sont très fragiles. »
Daniil Medvedev, témoin privilégiée du sauvetage, a validé l’opération : « l’arbitre, je crois, a bien agi. Il a été très délicat. J’espère que l’oiseau va bien, qu’ils l’ont emmené chez le vétérinaire. Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé ensuite. » Là est toute la question, mon bon Daniil. Le pigeon a-t-il été glissé bien au chaud dans une boîte et mis à l’ombre pour l’aider à se calmer, en attendant un transport vers le centre de soin adéquat ? Aucune réponse de la part de la FFT. Qu’à cela ne tienne : direction la carte de France qui répertorie les centres de soin de la faune sauvage en France. Le premier coup de fil est pour la société de protection des animaux des villes. Fermée à la suite de l’incendie partiel des locaux. Zut. Mauvaise pioche aussi du côté d’Erinaceus France, spécialisée dans les hérissons.
Rien du côté des centres de soin…
Ne reste plus, en théorie, que le centre hospitalier vétérinaire de la faune sauvage de Maisons-Alfort. Réponse immédiate de Marion, un dimanche : « je vois que la vidéo a été postée le 1er juin après-midi. J’ai regardé les admissions depuis ce moment-là, je n’ai eu que deux pigeons ramiers, un dans le 15e et l’autre à Aulnay-sous-Bois. Je pense que ni l’un ni l’autre ne viennent de Roland-Garros ». Chou blanc, donc.
+ d'infos sur Roland-GarrosA ce stade des recherches, la probabilité pour que l’animal ait été balancé purement et simplement dans une poubelle à l’abri des regards augmente d’heure en heure. Cela n’étonnerait pas plus que ça Jean-Luc, notre président bénévole de La Roucoulade : « Normalement, les pigeons sont plus en sécurité dans les villes qu’à la campagne, où on les considère comme du gibier. Je rappelle que ce sont des animaux domestiques depuis 2006, quand même ! Mais leur concentration fait peur, alors les villes essaient de s’en débarrasser en les capturant et en les gazant. Le pire, c’est que ça ne marche pas, ils continuent à se multiplier. » On vous tient au courant si on a des nouvelles.


















