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Zverev et le procès dont le tennis n’a pas envie d’entendre parler

Roland-Garros 2024 : Zverev et le procès dont le tennis n’a pas envie d’entendre parler

TENNISQualifié pour les 8es de finale après sa victoire renversante sur Griekspoor, l’Allemand traverse le tournoi comme si de rien n'était pendant que son procès en appel pour coups et blessures sur son ancienne compagne a lieu à Berlin
Julien Laloye

Julien Laloye

L'essentiel

  • Alexander Zverev fait face à des accusations de violences conjugales de la part de son ex-petite amie. Il a été condamné en première instance à une amende de 450.000 euros et le procès en appel a lieu actuellement à Berlin.
  • Zverev continue de bénéficier d’une certaine popularité à Roland-Garros, le public et les médias peinant à trancher sur ces accusations.
  • Interrogée sur le sujet, Amélie Mauresmo a expliqué que le joueur était présumé innocent pour le moment.

De notre envoyé spécial,

Jusqu’où la morale doit nous pousser quand on évoque le cas Zverev ? Samedi, sur le Chatrier, certains étaient prêts aux pires extrémités, comme soutenir son adversaire du jour, Tallon Griekspoor, 26e mondial dans l’indifférence générale en dehors du port d’Amsterdam.

La majorité des suiveurs et des spectateurs a fini par s’y résoudre, mais ça n’a pas suffi. Dos au mur, l’Allemand s’en est sorti, comme d’habitude (3-6, 6-4, 6-2, 4-6, 7-6). Va pour continuer à faire comme si de rien n'était, donc. Comme si, dans le même temps, Zverev ne se faisait pas porter pâle à son procès en appel pour « coups et blessures » contre une ancienne compagne, Brenda Patea. Il est poursuivi pour avoir, en mai 2020 à Berlin, « maltraité physiquement une femme dans le cadre d’une dispute et d’avoir porté atteinte à sa santé ».

Un avocat très offensif à Berlin

Concrètement, la jeune femme l’accuse d’une tentative d’étranglement, illustration d’une relation déséquilibrée dans laquelle elle se sentait « rabaissée » constamment. Des faits graves, s’ils sont avérés. Et des faits qui font écho à d’autres accusations, émanant cette fois de la précédente petite amie du 4e joueur mondial, Olya Sharypova. L’influenceuse russe avait révélé une tentative de suicide à l’automne 2020, après une énième dispute avec Zverev, qui l’aurait frappée à plusieurs reprises et tenté de l’étouffer avec un oreiller.

Curieusement, c’est l’avocat de Zverev lui-même, un certain Alfred Dierlamm, qui a souhaité faire le rapprochement entre les deux jeunes filles, dans un mémo de 12 pages présenté au tribunal vendredi après-midi, jour de repos pour « Sascha » à Roland-Garros. Selon cette célébrité des prétoires allemands en matière criminelle, qui dit s’appuyer sur l’avis d’un expert en communication, Brenda Patea « a copié les accusations et la stratégie médiatique de Sharypova. Les recherches à ce sujet sont très claires ».

Dierlamm a aussi promis des preuves confondantes « grâce à des nouveaux témoignages, des messages échangés, et des communications enregistrées », lesquelles permettront de dresser « un tableau objectif des événements ». Soit un garçon innocent, utilisée par une ex-compagne avide de célébrité et d’argent « qui utilisait la carte de crédit de Zverev pour faire des achats et augmenter son nombre de followers sur Instagram et Tiktok ».

La suite du procès à huis clos ?

Un démolissage en règle de la plaignante, habituel dans ce genre d’affaires, qui précédait un minicoup de théâtre : l’ajournement pour demander au juge d’ordonner un procès à huis clos, sans la présence des médias. Habile, alors même que la jeune femme, qui est aussi la mère de la fille d’Alexander Zverev, devait témoigner le jour même. Témoignage qui serait forcément parvenu jusqu’à Paris, entre deux balles sur le Chatrier.

Qu’en aurait fait l’organisation, de toute façon ? Interrogée à deux reprises à ce sujet depuis le début de la quinzaine, Amélie Mauresmo s’est réfugiée à chaque fois derrière la justice : « Zverev est présumé innocent, je n’ai pas à me prononcer tant que l’affaire n’est pas jugée. » Commode, d’autant que si le procès en appel vient de commencer, il ne finira pas avant juillet, sept jours d’audience devant baliser le calendrier judiciaire d’ici là. Roland-Garros sera fini depuis longtemps, et tout le monde pourra s’en laver les mains, y compris les médias.

Ces derniers ne savent pas comment se sortir de ce guêpier depuis trois ans maintenant, et les premières accusations de Sharypova auprès du journaliste spécialisé Ben Rothenberg. Des articles qui ne sont parfois plus consultables en dehors des Etats-Unis, après plusieurs procédures enclenchées par les avocats de Zverev.

Mauresmo s’abrite derrière la présomption d’innocence

Quelques courageux confrères américains s’y essaient encore, malgré tout. Le 24 mai, veille du début du tournoi, le vainqueur de Rome ne s’est pas débiné quand la question lui a été posée, avant d’éconduire tous ceux qui s’y sont essayés depuis. Voici l’échange, in extenso :

  • - « Il y a une plainte contre vous qui va être jugée en Allemagne pendant le tournoi, est-ce que c’est toujours une étape à laquelle vous n’avez pas besoin d’assister, et à quel point cela pèse dans votre esprit avant ce tournoi ? »
  • - « Ça ne me pèse pas du tout, parce qu’à la fin de la journée, je crois en la justice de mon pays et je crois en la vérité. Je sais ce que j’ai fait et je sais ce que je n’ai pas fait, et c’est ce qui ressortira. Ce n’est pas entre mes mains mais je pense que je ne vais pas perdre à l’issue de cette procédure, il n’y a absolument aucune chance que je perde. C’est pour ça que je peux jouer calmement. Si ça me pesait, je ne jouerais pas comme je joue en ce moment. »

Drôlement couillu, considérant que le joueur a été condamné en première instance à une amende de 450.000 euros. Une décision suffisante pour suspendre l’Allemand si l’ATP, qui l’avait blanchi après une enquête interne sur les accusations lancées par Sharypova « fautes de preuves suffisantes », s’en tenait à ses propres statuts : en l’absence d’une politique en matière de violence domestique, l’instance a en effet déclaré qu’elle s’en remettrait au système juridique.

A savoir ? Une accusation ou une condamnation civile ou criminelle est un motif suffisant pour suspendre un joueur en raison d’une « conduite contraire à l’intégrité du jeu ». Or, si elle est contestée par le joueur en ce moment même, la condamnation sur ordonnance n’est, en droit allemand, délivrée que si le juge n’a pas de doutes sur la culpabilité du prévenu.

Mais personne ne semble avoir envie d’en arriver là, public compris. Alors que certains joueurs sont parfois pris en grippe pour un oui ou pour un non à Roland ou ailleurs, Zverev continue de bénéficier d’une vraie cote de popularité à Paris, en souvenir de cette vilaine blessure à la cheville qui l’avait obligé à quitter le court en chaise roulante contre Nadal en 2022. Il a été ovationné après sa remontada contre Griekspoor, et il a vraiment fallu tendre l’oreille pour entendre de timides sifflets.

Personne n’est exempt, cela dit : on s’est nous-même surpris à apprécier un court instant l’attitude de gentleman de Zverev lors de sa victoire contre l’Espagnol lundi dernier. « Merci Rafa, c’était un grand honneur, je ne sais pas quoi dire, ce n’est vraiment pas mon moment ». On y arrive, Sascha, on y arrive.