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Roland-Garros 2024 : Les sièges vides du court central, un mystère qu’on ne résoudra jamais ?
TENNIS•Comme chaque année, le court Philippe-Chatrier sonne creux alors que des milliers de personnes rêveraient de pouvoir y prendre placeJulien Laloye
L'essentiel
- Le nombre de sièges vides dans le court Central de Roland-Garros, même pendant les grands matchs, est un phénomène récurrent à Roland-Garros.
- Les tentatives pour corriger le phénomène des places vides ont notamment inclus l’ouverture des loges VIP et la création de nouveaux billets (« billets up ») donnant accès au Central.
- Ces solutions semblent cependant insuffisantes pour remplir le stade, même quand il pleut ailleurs.
De notre envoyé spécial,
Dans le genre marronnier de saison, celui-ci se pose là, mais on doit bien admettre qu’on y retourne avec un peu plus de plaisir que pour le reportage sur la crèche de Noël dans la mairie du coin. Roland-Garros, son court central et le mystère de ses places vides à toute heure du jour et de la nuit. Enfin du jour, surtout, considérant que les night sessions tiennent un peu près la route.
Pour gagner du temps, passons rapidement sur le marronnier dans le marronnier, à savoir ces foutues loges vides en tribune basse pour le premier match de la journée à midi, les fameuses hospitalités qui permettent au tournoi de faire du chiffre d’affaires sans forcer sur le dos des entreprises. Ces gens-là ont le déjeuner inclus dans le package, ils se ramènent en rotant entre 14 et 15 heures, il faut apprendre à vivre avec. Et puis ça fait quelques années maintenant que les organisateurs proposent aux spectateurs de descendre en loge pour cacher la misère.
Mauresmo, « la première à en avoir assez »
Non, le vrai scandale, désormais, c’est le nombre de sièges vides DANS LE RESTE du stade. Au milieu, sur les côtés, et même en hauteur, là où ont été vendues les places les plus accessibles pour le grand public. La plupart du temps, on n’y fait même plus attention, mais lors du match légendaire entre Swiatek et Osaka mercredi en fin d’après-midi, ça nous a piqué les yeux. Huit Grands Chelems sur le terrain, une opposition grandiose, et à peine une moitié de Chatrier remplie, alors même qu’il pleuvait des cordes partout ailleurs et que les fans de Rublev sont sûrement nombreux, mais pas au point d’envoyer tout le monde sur le Lenglen.
On pose la question à Amélie Mauresmo, la directrice du tournoi, qui partage notre frustration. « Je suis la première à en avoir assez de voir ça et à vouloir voir ces tribunes pleines. Clairement, on essaye des choses, on ouvre les loges quand les gens déjeunent, on a fait des billets up, on essaie d’ouvrir les courts… ». Les billets up ? 1.500 tickets spéciaux vendus chaque jour qui permettent à des spectateurs des courts annexes de rentrer sur le Central en cas d’affluence moyenne, à la discrétion des organisateurs. Insuffisant, visiblement, pour régler durablement le problème.
« On ne peut pas obliger les gens à s’asseoir »
Mercredi, d’ailleurs, Mauresmo a choisi de passer la vitesse supérieure. L’ancienne n°1 mondiale a décidé d’ouvrir le Chatrier et le Lenglen aux quatre vents juste avant le début du choc Swiatek-Osaka, qui a démarré à 17h30. L’annulation du reste de la journée avait été annoncée à peine une demi-heure plus tôt, et beaucoup de spectateurs déçus de ne pas avoir vu une minute de tennis ou presque se trouvaient encore sur le site.
Un rapide calcul de tête : 15.000 places sur le Chatrier + 10.000 places sur le Lenglen = 25.000 places disponibles pour à peu près 35.000 spectateurs par jour, si on se réfère aux chiffres de billetterie en 2023. Comment expliquer, alors, une affluence aussi pauvre pour voir Swiatek renverser Osaka dans LE match du tournoi ?
« « Vivre Roland-Garros avec la pluie, avec une température qui est moins bonne, c’est peut-être moins sympa, avance Mauresmo. Il y a peut-être des gens qui ne viennent pas. A partir du moment où on a ouvert le stade, est-ce que les gens sont venus, est-ce qu’ils sont allés sur le Lenglen, est-ce qu’ils sont partis tout simplement ? On ne peut pas obliger les gens à s’asseoir ». »
Le quidam qui se masse place des Mousquetaires pour zyeuter le match de Djokovic sur l’écran géant vendredi ne serait pourtant pas loin d’exiger la prison à vie pour les impétrants. « C’est toujours pareil, peste un groupe d’amis venu de région parisienne. Nous, on a pris des places annexes, et ça fait trois heures qu’on zone en attendant les matchs reprennent, alors que le court a l’air à moitié vide ».
Ils ont bien tenté d’amadouer les hôtesses sur une ou deux portes pour y rentrer, mais rien à faire. Quant aux spectateurs qui quittent le court au même moment, ils ne voient pas pourquoi on en fait tout un drame : « On a regardé le match d’avant en entier [Svitolina-Parry], là on va faire une petite pause, expliquent deux frères originaires de Bretagne. Trois heures de tennis c’est long, même quand on aime ça. Mais on revient, hein ».
Une journée de tennis, c’est long
Ces allers-retours, devenus habituels, contribuent à entamer la réputation du Chatrier, y compris chez les joueurs et joueuses tricolores, qui ne se pressent pas pour y jouer. « C’est un court qui est très grand par la taille, avec vachement de place autour du court. Parfois, quand les parties du bas du stade ne sont pas très pleines, cela peut paraître un peu froid, jugeait Caroline Garcia après son élimination. C’est vrai que j’ai vécu de superbes émotions sur court, mais aussi de grands moments de solitude ».
Jeudi, Svitolina ne cachait pas son soulagement d’avoir remporté le tie-break du 2e set contre la Française Parry, devant un stade assoupi. « J’ai été ravie de pouvoir boucler le match à ce moment-là, parce que sinon il y aurait eu plus de monde et j’aurais dû vraiment élever le niveau de mon jeu pour gagner ». Voilà où on en est rendus.


















