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Les adversaires des Bleus trouvent-ils que le public dépasse les bornes à Roland ?

Roland-Garros : Une « ambiance malsaine », vraiment ? Que pensent les adversaires des Bleus du comportement du public ?

TENNISDavid Goffin a vertement reproché au public français son comportement en match, une critique pas forcément partagée par les autres joueurs engagés contre les Français
Julien Laloye

Julien Laloye

L'essentiel

  • David Goffin s’est plaint de l’attitude du public français durant son match contre Giovanni Mpetshi Perricard, dénonçant une ambiance « malsaine », pire qu’à Wimbledon ou en Australie, selon lui.
  • Certains joueurs comme Etcheverry ou Shelton ont au contraire apprécié l’ambiance survoltée, la comparant à ce qu’ils connaissent dans leur pays.
  • Des groupes de supporters français appellent malgré tout à plus de retenue dans les tribunes, dénonçant certains comportements irrespectueux.

De notre envoyé spécial,

Et c’est venu de notre joueur étranger préféré, ou presque. Un semi-Français, même, dans notre esprit, vraiment pas coutumier des déclarations tapageuses. David Goffin, vainqueur de Mpetshi Perricard au bout d’un cinq sets fiévreux sur la Bombonera du 14 mardi soir, s’est payé le public tricolore, et plutôt deux fois qu’une. D’abord un chambrage appuyé (et légitime) en fin de match avec la main sur l’oreille pour demander encore plus de sifflets, puis, plus surprenant, une sortie à la sulfateuse devant nos confrères belges :

« Clairement ça va trop loin. Ça devient du foot, bientôt il y aura des fumigènes, des hooligans et ça se battra dans les tribunes. Beaucoup de gens se plaignent. C’est l’écho qu’il y a dans le vestiaire et dans les instances ATP. Je pense que ça ne se passe qu’en France. À Wimbledon il n’y a pas ça. En Australie non plus. L’US Open, c’est plutôt tranquille. Ici c’est vraiment une ambiance malsaine ". »

Ah oui, quand même. La France pire public du monde, il y va fort le David, un an après Taylor Fritz, choqué par l’attitude du Lenglen à fond derrière Arthur Rinderknech. Difficile de donner un avis tranché : parmi nos pérégrinations de mardi dans l’enceinte, on n’avait pas coché le rendez-vous du 14 sur notre agenda, un peu bousculé par la pluie. On demande à un confrère belge, pour se faire une idée la plus neutre possible. « Rien de fou, franchement. Enfin des cris, des applaudissements sur les fautes… il n’était pas seul contre tous, il y avait pas mal de Belges, aussi. Après, l’histoire des chewing-gums, les insultes, on n’était pas assez près de sa chaise pour savoir ». Débrouillez-vous avec ça.

« Ils soutiennent leurs joueurs, c’est normal »

On peut témoigner, en revanche, de l’ambiance globale sur les courts cette année, qui suit la même tendance depuis le Covid. Des spectateurs qui se muent en supporters, et une envie de partager des émotions fortes, le résultant passant parfois en arrière-plan. Sur cette édition, on évoquera les matchs sur lesquels on a pu jeter un œil : Moutet-Jarry, Gasquet-Coric, Cazeaux-Etcheverry, Gaston-Shelton. Une victoire et trois défaites dans le tas, après de belles batailles et un public forcément chauvin, notamment le clan des Français, généralement renforcé par une bande de potes très bruyants.

Plus que ça ? Il y a toujours un ou deux énergumènes pour faire les intéressants entre deux échanges, et on a pu voir le coach d’Etcheverry un peu agacé contre un spectateur debout la moitié du temps, mais c’est surtout parce qu’il lui bouchait la vue.

Les joueurs sud-américains sont un bon baromètre : si c’est ok pour eux, ça joue. Etcheverry, qui s’était aussi coltiné Mpetshi en finale à Lyon, n’a pas eu un mot plus haut que l’autre, l’air de celui qui a vu pire. « C’est toujours difficile ici, en France. J’ai beaucoup joué contre des Français, et ils soutiennent beaucoup leurs joueurs, c’est normal, je le sais déjà, de toute façon. Mais c’est difficile, c’est vraiment dur à chaque moment. J’ai déjà ressenti ça au Chili, au Brésil, c’est similaire ».

Shelton en redemande

Plus facile de passer l’éponge quand on a gagné ? Le Chilien Jarry, qui s’est fait bouffer le cerveau par Moutet sur le Simmone-Mathieu, n’a rien eu à redire sur l’attitude du public. « C’est beaucoup plus difficile de jouer avec du public contre soi, concède le Chilien. J’ai réussi à bien gérer cela tout au long de l’année, en Argentine, en Italie, à Miami, mais pas aujourd’hui. » Quant à Shelton, c’est encore mieux. Le bougre a adoré ses trois heures de jeu sur le 14 contre Hugo Gaston, l’autre entertainer ultime du tennis français dans ses bons jours. L’Américain s’est rappelé les rencontres universitaires de sa jeunesse, en beaucoup moins trash.

« Très honnêtement, cela me motive, parce qu’à chaque fois qu’on fait une erreur non provoquée, entendre le tollé du public, cela me donne une énergie incroyable. Même si mon adversaire avait l’avantage d’être français à Roland, je me suis tout de même senti bien. Et jouer en Géorgie, finalement, c’est assez comparable. Pas seulement pour le bruit du public, mais également pour les horreurs qu’on peut entendre. La Géorgie, le Kentucky et le Tennessee étaient sans doute les trois États les pires pour moi ». Sous-entendu : Roland, ce sont des gentils si je dois comparer aux Etats du sud des Etats-Unis quand ils voient débarquer un métis.

Plus fou qu’à Melbourne, vraiment ?

Cet échantillon vaut ce qu’il vaut, mais il permet de relativiser un peu la mauvaise impression de Goffin, qui flirte avec la mauvaise foi quand il prétend que l’ambiance est beaucoup plus tranquille à Melbourne. Ou alors, il n’y a jamais défié un joueur australien en nocturne. Faut-il pour autant absoudre le public de Roland de toute critique dans cette transformation culturelle en train de s’opérer en tribunes ? Sans doute pas. D’ailleurs, les deux groupes de supporters « officiels » reconnus et encouragés par la FFT ont appelé à plus de tempérance sur les réseaux :

« Depuis quelques mois, on observe un engouement pour nos joueuses et joueurs tricolores dans les gradins et on ne peut que se réjouir, écrit Le Koq sur X. Néanmoins, cette émulation est tachée de quelques comportements irrespectueux qui gâchent la fête. De nombreux joueurs adverses sont sifflés après leur victoire, on observe des applaudissements entre les services, certains jettent leurs chewing-gums, c’est inacceptable. Le Koq tient à rappeler son engagement envers ses valeurs : passion, respect et ferveur ». Ceci étant dit, rassurons David Goffin, c’est un problème qui ne se posera plus dès vendredi, au rythme où disparaissent les joueurs et joueuses tricolores dans le tableau.