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Nadal va-t-il vraiment nous quitter sur cette défaite contre Zverev ?

Roland-Garros 2024 : « Il ne lui a pas manqué grand-chose », Nadal va-t-il vraiment nous quitter là-dessus ?

TENNISL’Espagnol a été logiquement battu par Zverev au premier tour (6-3, 7-6, 6-3). Mais son niveau de tennis montré pendant trois heures laisse penser qu’il en a encore sous la semelle pour revenir une dernière fois
Julien Laloye

Julien Laloye

L'essentiel

  • Rafael Nadal a donné une belle réplique à Alexander Zverev même s’il lui a manqué un peu de compétition pour rivaliser dans les moments importants.
  • S’il ne sait toujours pas s’il a disputé son dernier match à Roland-Garros, l’Espagnol pourrait avoir envie de remettre ça avec une préparation plus aboutie l’an prochain.

De notre envoyé spécial,

Maintenant qu’on ne peut plus se faire taxer de profiteur de guerre, autant l’avouer : on s’était racontés une autre histoire, bercés par les contes de nourrice entendus çà et là sur la semaine d’entraînement de Rafael Nadal. Première fois qu’il pouvait s’entraîner sans limitations physiques ? Diantre. Que des trempes collées à ses partenaires d’entraînement, dont Wawrinka, Rune ou Medvedev, pour qui Rafa jouait « bien mieux que ce qu’il en avait vu à la télévision ? Bigre.

Retour à la réalité brutal sur un central plein jusque ras-la gueule, où tous les boxes prestige avaient trouvé preneur, pour une fois. Nadal est redevenu un vrai joueur de tennis, mais pas assez pour faire vaciller un Zverev bourré de confiance. Trois sets serrés, un frisson de plaisir lors du premier break de l’Espagnol au bout d’une heure, mais une petite marge en faveur de l’Allemand tout du long. Ben ouais, fallait pas rêver.

On chope Toni Nadal à la volée : « J’ai pensé à la victoire, même après ce deuxième set perdu. Mais il n’avait pas assez de matchs derrière lui pour gagner ce match-là. Chaque année, Rafa a besoin d’arriver ici avec plusieurs victoires derrière lui, puis un ou deux tours pour monter en puissance. C’est pour ça que quand on me demandait s’il pouvait aller loin ici, je répondais qu’avec un peu de chance au tirage et deux ou trois victoires, il devenait un des favoris du tournoi ».

Son oncle Toni « a pensé à la victoire »

Le dit tirage, et le choix de l’organisation de ne pas lui octroyer un statut spécial ont balayé le plan secret de Rafa pour cette fois. Mais comme David Ferrer, qui a vu un Nadal disputer son meilleur match de la saison « - il ne lui a pas manqué grand-chose, juste le rythme de la compétition pour avoir cette confiance dans les moments importants »-, on a de plus en plus de mal à se dire qu’on a vu l’ogre de Roland pour la dernière fois en son royaume.

Mieux, le niveau affiché par moments sur ce premier tour, avec les casseroles de blessures en amont et une préparation réduite à la portion congrue, donnerait plutôt un goût de reviens-y pour voir l’an prochain. Y compris au principal intéressé ? Nadal est resté très évasif, dans une loooooongue conférence de presse dès sa sortie du court. Toujours le même discours : « Je ne peux pas vous dire ». « Si le physique me laisse tranquille ». « Laissez-moi un peu de temps pour voir après les JO »… ce genre de choses.

C’est pas du bullshit, promis. Relancé jusqu’à l’épuisement par nos confrères espagnols, il l’a redit, encore : « Je ne trompe personne quand je dis que je ne sais pas si je serai là l’an prochain ». Son entourage lui-même semble naviguer à vie, même si on ne prétend pas avoir une oreille qui traîne dans la maison Nadal. Toni avait fait spécialement l’aller-retour de Majorque, des fois que, mais juré « il n’a aucune idée de ce que va faire son neveu ». « Vous savez, avec Rafael, je parle très peu de tennis. Mais personne n’a jamais envie de s’arrêter quand il peut encore gagner ». A-t-il été un peu plus ému que d’habitude, tout de même ? « Oui un peu à la fin, quand on se dit que c’est le dernier point et que peut-être tout s’arrête… mais entre nous, en 2010 un an après la défaite contre Soderling, ou contre Djokovic, c’était plus fort ».

Au moins les JO, si tout va bien

Le public français, parfois chiche dans ses encouragements pour l’idole, était pourtant prêt pour un adieu déchirant, renforcé discrètement par quelques témoins de premier ordre, dont Djoko et Alcaraz. Une ovation monstre à l’entrée du maître, et un record de décibels explosés au moment de notre petit bonbon du jour, aka Marc Marc Maury qui envoie le palmarès de zinzin du garçon à Roland année par année. Pendant le match ? Des rugissements de bonheur pour applaudir chaque temps fort de l’Espagnol, malgré la défaite vite apparue inéluctable. Puis un Zverev élégant pour expédier son tour au micro et l’offrir à son adversaire.

« Je n’aurai jamais tout les mots pour vous remercier. Toutes les émotions que j’ai éprouvées dans cet endroit grâce à vous sont inoubliables. Peut-être que dans quelques mois je dirai que c’est fini et que je n’en peux plus » Ou peut-être pas. Il faudra en repasser par là dans deux mois, pour les JO, que Nadal pourra disputer en simple au regard de ses exploits passés. Et s'il ne va pas plus loin, promis il reviendra l'an prochain en civil « profiter de l'hommage qu'on voudra bien lui rendre ». Au moins, on évitera les adieux en catimini entre deux médailles en aviron et en tir à l’arc. Rafa mérite mieux que ça.