Roland-Garros : En refusant à Nadal un statut spécial, le tournoi s’exposait forcément à un fiasco pour la der de Rafa
POLEMICA•276e mondial à l’heure du tirage au sort de son dernier Roland-Garros, Rafael Nadal affrontera Zverev au premier tour. En refusant de lui accorder un statut spécial, le tournoi prend le risque de perdre prématurément son roiWilliam Pereira
L'essentiel
- Roland-Garros a refusé de faire de Rafael Nadal une tête de série spéciale pour son dernier tournoi, contrairement à ce que Wimbledon avait fait par le passé pour Federer… au détriment de Nadal
- Amélie Mauresmo, directrice du tournoi, avait annoncé ce choix il y a un mois, invoquant des « inconvénients » à l’attribution d’un statut spécial.
- Par ce choix, Roland-Garros prend le risque de perdre prématurément le meilleur joueur de son histoire
EDIT : On ne pensait pas si bien dire. Nadal est tombé sur Zverev, récent vainqueur du tournoi de Rome, dès le premier tour….
A Roland-Garros,
En 2020, Wimbledon signait la fin d’une exception vieille de 18 ans dont Rafael Nadal se serait bien passé : la méthode spéciale d’attribution des têtes de série, indépendante du classement ATP depuis 2002. Basée sur les performances sur gazon, elle désavantageait l’Espagnol autant qu’elle bénéficiait à Federer, qui lui avait ainsi « chipé » pour la dernière fois le statut de tête de série n°2 au All England Club en 2019.
Il y en a eu d’autres. En 2010, le n°1 mondial qu’était Nadal était prié de prendre le numéro 2 sur le gazon londonien pour laisser sa majesté sur le trône. Aujourd’hui se pose donc logiquement la question du dédommagement Et qui d’autre que Roland-Garros pour rendre à Rafa la monnaie de sa pièce, pour le tirage au sort de son dernier Roland, jeudi après-midi ? Après tout, Paris n’est-elle pas à Nadal ce que Londres est à Roger ?
Pour Djokovic « Nadal est toujours le plus grand favori » à RG
Oui, bon, ok, les têtes de série de Wimbledon étaient désignées sur la base d’un calcul rationnel, et, petit détail de rien du tout, le Suisse ne partait pas de la 276e place mondiale, contrairement à l’Espagnol. Mais moyennant un peu de mauvaise foi et les yeux fermés sur ses récentes éliminations devant Hurkacz, Lehecka et De Minaur, il y a toujours une bonne excuse pour faire de Rafa LA tête de série parmi les têtes de série. Prenez exemple sur Novak Djokovic : « quand tu parles de Roland-Garros et que Nadal est là, il est toujours le plus grand favori pour moi ».
Pardon, mais dans notre livre, c’est la définition même de la tête de série. Et s’il n’est pas numéro un, tant pis, qu’il soit juste suffisamment haut pour éviter de bouffer Alcaraz ou Sinner au premier tour (au deuxième si on est optimiste) et durer un minimum dans son dernier Roland. N’ayons pas peur de piper les dés pour une fois, il y va de l’intérêt général et de celui du tournoi. « Le mythe Rafa a fait grandir le tournoi », a concédé à Eurosport Amélie Mauresmo, directrice de Roland-Garros, pas plus tard que dimanche. Pourquoi s’asseoir sur le bénéfice d’une sublime dernière dance ? Il suffisait d’un petit coup de pouce, dont le retour sur investissement aurait sûrement valu la chandelle, comme l’ont démontré les deux premiers entraînements de la bête blessée à Paris, dans un court central pas plein à craquer mais presque.
Le statut spécial, ses « avantages et inconvénients »
Nos gesticulations seront pourtant vaines. La position officielle est connue depuis un mois : la directrice de RG avait prévenu tout le monde fin avril, au détour d’une conférence de presse dans le nouvel auditorium du Chatrier. « On avait soulevé la question il y a quelques mois, disait-elle, mais ce n’est pas d’actualité. Wimbledon l’a fait. Il y a des avantages mais il y a aussi des inconvénients. » Lesquels ? Froisser un autre joueur ?
Que Nadal, alors à la lutte avec Federer et Djokovic pour le statut de GOAT et de numéro 1 mondial, ait pu se sentir lésé par le classement sur gazon propre à Wimbledon, passe encore. Mais qui sur le circuit, aurait aujourd’hui l’audace de s’opposer à un cadeau fait par un tournoi qui Rafa a tant donné, pour qui il a enduré tant de choses ? Nole ? Même pas. Désormais hors d’atteinte au palmarès du Grand Chelem, il aurait eu tout intérêt à soutenir une décision favorable à son rival pour capter un peu de cette popularité qui l’a tant fui. Il n’y a que le zèle et le respect de l’institution tennis pour expliquer la rigidité de Roland-Garros sur cette question. A moins qu’il s’agisse pour ses organisateurs d’un moyen de rappeler que le tournoi restait plus grand que n’importe quel joueur. RG est plus grand que Nadal, c’est une évidence, mais il le sera moins sans lui.


















