Roland-Garros : « Nadal, c’était un film que je regardais », raconte Corentin Moutet
INTERVIEW•Corentin Moutet, qui a affronté Rafael Nadal en 2022 à Roland-Garros, rend hommage à l’Espagnol et se remémore son match contre Rafa. Sans aucun regret malgré la défaitePropos recueillis par William Pereira
L'essentiel
- Rafael Nadal affronte ce lundi Alexander Zverev pour ce qui peut être, en cas de défaite, son dernier match à Roland-Garros
- Pour 20 Minutes, Corentin Moutet a accepté de revenir sur son match contre Nadal en 2022 (défaite en trois sets), et de raconter ce que représentait Rafa à ses yeux.
- « C’est difficile de croire qu’il va arrêter, j’ai l’impression que c’est une fiction, que c’est quelqu’un qui ne meurt jamais, dit Moutet. Qu’il sera toujours là… »
Nostalgie : peut-on prendre le bulldozer Rafael Nadal en pleine figure sur le court Philippe Chatrier et quand même passer un bon moment ? Corentin Moutet, qui a affronté la bête au 2e tour de Roland-Garros en 2022, n’est pas loin de répondre par l’affirmative. Le Français raconte son expérience sur le central contre Rafa, à qui il rend également hommage pour l’ensemble de son œuvre, au matin de son possible dernier match contre Alexander Zverev. Le tout avec une certaine poésie.
Un mot sur Rafael Nadal, dont c’est le (probable) dernier Roland-Garros. Que gardez-vous de Rafa à Paris ?
Je ne regardais pas beaucoup de sport étant petit. Mais j’allumais la télé pour regarder ses matchs. C’est le seul joueur avec Gaël Monfils que je regardais à la télé. Pour moi, c’était un peu de la fiction. Quand je jouais au tennis avec mes amis, je ne m’imaginais pas que ça pouvait être un métier, qu’on passait des journées à faire ça. Nadal, c’était un film que je regardais. J’ai grandi avec ça, évidemment ça a évolué.
Aujourd’hui je ne suis plus un fan de Nadal mais j’ai énormément de respect pour sa carrière. Ce qu’il a accompli est incroyable. C’est un tout. C’est difficile de croire qu’il va arrêter, j’ai l’impression que c’est une fiction, que c’est quelqu’un qui ne meurt jamais. Qu’il sera toujours là… Le tennis sans lui, ce n’est pas pareil. J’ai commencé le tennis, il jouait, et j’ai l’impression qu’il y jouera encore quand j’aurais fini. Il dégage une énergie quand il passe à côté, il y a quelque chose de différent. D’avoir joué avec lui, c’est l’accomplissement d’un enfant.
Vous évoquez l’aura de Nadal. Certains disent qu’il part déjà avec un set d’avance dans les couloirs du Chatrier à l’échauffement, quand il bondit et trottine à côté de ses adversaires. Comment l’avez-vous vécu il y a deux ans quand vous l’avez joué ici ?
J’ai vécu ce match avec les yeux que j’avais en étant enfant. Si quand j’étais petit on m’avait dit que je serais dans cette situation-là, de rentrer sur le central contre Nadal… je l’aurais peut-être cru parce que j’étais un enfant et qu’enfant on veut être Batman, on n’est pas rationnels. Mais je me suis dit que ce match-là, je m’étais dit que je n’avais pas le droit de mal faire ne serait-ce qu’une seconde, de le gâcher. Je ne pouvais pas gâcher ce moment.
J’en ai rêvé sans penser que c’était possible, et aujourd’hui, c’est possible. Je me suis dit « il faut que je fasse tout, même le battre ». C’était une chance énorme que j’avais méritée. Mais je voulais aussi casser le mythe. Je n’étais pas du tout impressionné quand j’étais à côté de lui avant le match. Je savais qu’on allait jouer au tennis. Ça reste un match de tennis. Je n’avais pas peur de perdre parce que mon objectif était de rentrer sur le terrain et honorer cet événement.
Rien ne vous a impressionné, ni son cérémonial, ni la voix de Marc Maury qui annonce les X titres de Rafa ?
Impressionné, non, mais c’est vrai que j’avais des frissons quand il l’a annoncé. Je l’ai vue tellement de fois cette scène, sans que ça soit moi sur le terrain, que j’avais l’impression que c’était de la VR où on te met dans un truc où t’as envie d’être. Mais je suis content, j’ai cru en moi tout le match. Même à deux sets zéro je sentais que je pouvais gagner, même si c’était sans doute une illusion. Je suis content d’avoir vécu et joué à 100 % ce match devant un public qui m’a soutenu. Mes proches étaient là, on avait énormément de places, donc plein de mes proches étaient là… J’ai joué mon match. Quand je lui ai serré la main, je n’avais aucun regret sinon celui d’avoir perdu.
Le bonhomme est aussi sympa qu’on le dit ?
Oui, mais je ne le connais pas personnellement. La poignée de main était sympa. je suis content de l’avoir joué quand il jouait bien. Je serais hypercontent de le jouer cette année aussi, mais je suis content parce que j’ai joué le Nadal que je regardais à la télé.


















