Le Roland de Roger (jour 7): «Il nous vient de Bâle»... La recette d'une bonne présentation de Federer, par Marc Maury

TENNIS Pendant toute la quinzaine (enfin, s'il va au bout), «20 Minutes» vous fait vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer

Nicolas Camus

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Roger Federer salue le public du court Suzanne-Lenglen après son 3e tour contre Casper Ruud, le 31 mai 2019.
Roger Federer salue le public du court Suzanne-Lenglen après son 3e tour contre Casper Ruud, le 31 mai 2019. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Roger Federer est de retour à Roland-Garros après quatre ans d’absence.
  • A 37 ans, il s’agit peut-être de sa dernière apparition Porte d’Auteuil.
  • « 20 Minutes » a décidé de suivre le tournoi du Suisse au jour le jour.

A Roland-Garros,

Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), les envoyés spéciaux de 20 Minutes vous font vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer. Entraînements, conférences de presse, entourage, nos envoyés spéciaux Porte d’Auteuil vous offrent les coulisses de ce qui pourrait bien être le dernier Roland de Roger. Aujourd’hui, le speaker Marc Maury nous raconte comment on présente la légende au public.

Il ne le sait pas, mais il est une sorte d’idole au service des Sports de 20 Minutes. On a souvent tenté d’imiter sa voix à la fois puissante et enjôleuse, annonçant par exemple la naissance de la petite dernière du groupe comme il présente les joueurs à Roland-Garros. « Elle nous vient de la maternité d’Asnières, 3,2 kg pour 50 cm… Veuillez applaudiiiiiir… » – bon évidemment ça rend moins bien à l’écrit. Bref, si vous suivez un peu le sport, vous l’aurez peut-être reconnu. On parle de Marc Maury, consultant télé (lors des JO d’été notamment) et speaker officiel d’à peu près tous les événements tennis et athlé en France.

Après des années à essayer, à tour de rôle, de le coincer lors du tournoi de Bercy ou ici, Porte d’Auteuil, le jour béni est enfin arrivé jeudi. Alors qu’on rentrait au centre de presse, on l’a croisé, marchant entre le Chatrier et le court numéro 1. On n’a pas eu le temps de refaire le monde mais il a pris cinq minutes pour nous parler de Roger Federer, qu’il a vu remporter la toute première victoire de sa carrière, en 1998, à l’Open de Toulouse.

« Ensuite, je l’ai vu de plus en plus souvent, retrace-t-il. Il est venu à Bercy, à Monaco. Le Suisse de l’époque, ce n’était pas Federer, c’était Marc Rosset. Et puis il y a eu une finale entre les deux à Marseille, en 2000. Roger la perd, mais c’est un tournant. Après ça, il ne cassait plus de raquette, il ne s’énervait plus. Il a progressé très vite, et quand il devient numéro 1 mondial en 2004, là c’est terminé. On sait qu’il ne s’arrêtera plus. J’ai été obligé de changer de fiche très souvent pour mettre à jour son palmarès ! »

En fait, c’est exactement pour parler de ça qu’on l’a abordé. C’est un peu une question à la con, mais comment on fait, quand on a un timing serré à respecter avant un match, pour présenter Roger Federer, l’homme aux 20 titres du Grand Chelem (avec moult records dedans), 101 titres tout court, 6 Masters de fin d’année, une Coupe Davis, deux médailles olympiques, 310 semaines passées en tant que numéro 1 mondial, un café, l’addition, ça va toi sinon ? Vu de l’extérieur, l’exercice semble périlleux.

« C’est sûr, avec lui c’est compliqué, se marre le speaker. Je n’ai qu’une minute trente, donc il faut bien choisir ce qu’on va dire. Roger, c’est sa date de naissance [«Né le 8 août 1981 à Bâle »], sa taille [1,85m], et puis tout de suite on passe au palmarès parce que sinon on ne s’en sort pas. Et là, on ne prend que les grandes lignes. On est à 101 titres, 8 Masters 1000, 20 titres du GC [il sort les chiffres de tête]. Et on brode là-dessus, avec son premier titre aussi [à Milan en 2001]. A la limite, on peut ajouter les finales qu’il a faites sur le tournoi où on se trouve, et le parcours qui l’a amené à ce match. »

Ouf. On ne dirait pas comme ça, mais cette présentation est un moment important. Surtout pour les joueurs. L’intonation et la façon de lancer le nom peuvent jouer sur la réaction du public. L’occasion pour Marc Maury de faire une parenthèse à propos d’un joueur espagnol pas mauvais sur terre battue. « L’image de Rafael Nadal n’était pas très bonne à Roland il y a quelques années. Et c’était dommageable pour lui. Donc on a travaillé là-dessus avec lui, et lui aussi a fait des efforts de communication. On en fait partie, de cette com’ là, pour eux. En tout cas, Rafa vient toujours nous glisser un petit merci après ses matchs. »

Une dernière pour la route ?

Pour Federer, pas besoin. Depuis son avènement, le public l’a toujours aimé. « Parce que quand on le voit jouer et bouger sur le court, il dégage quelque chose, estime l’homme au micro. Il est gracieux, il a beaucoup de classe, et surtout il voit les choses un centième de seconde avant tout le monde. Du coup il est toujours bien placé, et donne l’impression de ne jamais faire d’effort. » Une bonne présentation du Suisse est donc avant tout une présentation sans erreur. « Je fais très attention à ça, assure Marc Maury. Ça ne m’est jamais arrivé avec lui ou un autre top joueur. Une fois, j’en ai fait une avec un joueur un peu moins bien classé. Il était venu me voir pour me dire que j’avais oublié un titre. C’est normal. Leur palmarès, c’est leur vie. »

Un brin nostalgique à l’idée que Roger Federer puisse disputer cette année son dernier Roland-Garros, Marc Maury a un souhait : pouvoir le lancer une ultime fois sur une finale. « J’adorerais. Il reste encore du monde, hein. Mais oui, vraiment, j’adorerais. » Le service des sports de 20 Minutes sera là pour l’écouter.