Le Roland de Roger (jour 2): «Il ne nous appartient plus», un journaliste suisse nous raconte son Federer

TENNIS Pendant toute la quinzaine (enfin, s'il va au bout), «20 Minutes» vous fait vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer

Nicolas Camus

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Roger Federer signe des autographes après l'entraînement, le 26 mai 2019 à Roland-Garros.
Roger Federer signe des autographes après l'entraînement, le 26 mai 2019 à Roland-Garros. — Ella Ling/BPI/REX/SIPA
  • Roger Federer est de retour à Roland-Garros après quatre ans d’absence.
  • A 37 ans, il s’agit peut-être de sa dernière apparition Porte d’Auteuil.
  • « 20 Minutes » a décidé de suivre le tournoi du Suisse au jour le jour.

A Roland-Garros,

Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), les envoyés spéciaux de 20 Minutes vous font vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer. Entraînements, conférences de presse, entourage, nos envoyés spéciaux Porte d’Auteuil vous offrent les coulisses de ce qui pourrait bien être le dernier Roland de Roger. Aujourd’hui, on donne la parole à un confrère de la presse suisse.

Ces quinze dernières années, Christian Despont n’a raté qu’un Roland, le dernier. Hors de question qu’il déclare forfait une nouvelle fois cette année. Non, pas celle où Roger Federer fait son grand retour Porte d’Auteuil. Christian est un journaliste suisse, chef de l’agence « Sport-Center », qui traite l’actualité sportive pour six titres de presse, dont Le Matin et La Tribune de Genève. La présence du maître donne à cette édition « une dimension forcément particulière » pour lui et ses collègues… « mais moins qu’en France, j’ai l’impression », juge-t-il en souriant.

A la base, on a sollicité Christian pour discuter avec lui de l’impact de la présence de Federer sur son quotidien de reporter. Et puis, ça a vite bifurqué sur le rapport entre la France et la Suisse, la vie de Roger et un débat presque philosophique sur la fascination exercée par son compatriote et sa rivalité avec Rafael Nadal. Son propos est inspiré. Tellement qu’on a envie de vous le livrer comme ça, sans fioritures. Ah bah tiens, c’est ce qu’on va faire. Magnéto, Serge.

« Je me demande si les échecs de Federer ne l’ont pas rendu encore plus sympathique »

« Je suis bluffé par l’attachement très fort de la France à Roger Federer. Le goût du style, du beau, de l’élégance, peut-être… J’ai l’impression que le public français l’attendait encore plus que nous espérions qu’il rejoue un jour à Roland. Quand on voit comment ça se passe avec Nadal, je ne suis pas sûr que l’identification, ici, se fasse sur la figure du vainqueur, du surhomme. J’extrapole peut-être, mais je me demande si les échecs de Federer, notamment contre celui qui incarne son exact opposé, qui représente la force et la brutalité, ne l’ont pas rendu encore plus sympathique.

Pour l’instant, on a surtout écrit des articles sur son accueil de folie. C’était très fort. Ça arrive parfois ailleurs, notamment aux Etats-Unis où il y a une frénésie, mais elle est moins émotionnelle qu’ici. J’ai l’impression que les gens sont vraiment émus de le revoir. Ce n’est pas juste de l’excitation. Hier [dimanche], il y avait plus qu’une ovation pour une idole, je trouve. Ça nous flatte, ça nous réjouit, de voir qu’un pays comme la France accorde autant d’honneur à l'un des nôtres. Il y a beaucoup de joueurs français dans ce tournoi et il y a Nadal avec tous ses titres ici. Ils sont presque éclipsés, on l’a remarqué toute la semaine dernière dans la presse généraliste notamment. On comprend que Federer est le bienvenu ici et du coup nous aussi (rires).

Christian aurait préféré avoir eu le temps de se coiffer avant, mais il accepté de se laisser photographier quand même.
Christian aurait préféré avoir eu le temps de se coiffer avant, mais il accepté de se laisser photographier quand même. - N.CAMUS

Roger Federer est un joueur à part, avec une dimension à part. Si on se croise dans la rue, il va nous saluer, mais il y a forcément une distance. Je n’ai pas son numéro de portable, on ne se parle jamais en dehors. C’est très différent avec les autres, Wawrinka, Bacsinszky, Bencic... on a des relations assez étroites en tant que spécialistes tennis. Federer non, mais c’est normal. Il ne nous appartient plus. Quand on voyage dans le monde entier avec lui, on se rend vite compte de pourquoi on ne peut pas l’avoir en interview.

Il faut voir quelle est sa vie. C’est Mick Jagger en tournée. A chaque fois, c’est l’émeute. Mais ça ne l’empêche pas d’avoir des petites attentions pour nous. »

Il y a toujours une partie des conférences de presse réservée aux Suisses. Il attend vraiment qu’il n’y ait plus de questions. S’il a dépassé le temps et qu’un collègue lève la main, il va faire un petit signe pour dire "c’est bon je prends", même si l’ATP lui dit qu’il faut conclure. Il a une grande disponibilité pour nous dans ce cadre-là.

« Cette année, on le sent beaucoup plus relax »

A New York ou en Australie, après les sessions de nuit, il est une ou deux heures du matin, il est sensible au fait qu’on soit là, alors il va donner quelques bons mots. L’année dernière, à l’US Open, c’est à nous qu’il lâche "je ne veux pas que la Coupe Davis devienne la Coupe Piqué". Ce n’est pas un hasard. Il s’intéresse aux choses, il est très conscient de la situation de la presse et sait qu’on fait de gros efforts – financiers – pour le suivre. On a l’impression qu’il nous donne des petits "susucres", comme ça.

Cette année, on le sent beaucoup plus relax. C’est seulement la deuxième fois dans sa vie, après l’Open d’Australie 2017 [il reprenait tout juste après six mois d’arrêt, et il l’avait emporté], qu’il arrive sans pression. Il n’a aucune attente particulière ici. Il vient, il a le sourire, il profite. Il ne cherche plus la célébrité, mais une sorte d’attachement. Il est très sensible à ça. Il ne sait pas encore si c’est le dernier. Et d’ailleurs, pourquoi il arrêterait si ça continue comme ça pour lui ? Il n’y a pas un jeune qui perce. Il le dit, ça, à ses amis. Tant qu’il est comme ça, en demi-finale, en finale, en tout cas en position de gagner, je suis sûr qu’il continuera. Sauf s’il se casse le dos ou que Mirka en a marre. Mais elle n’en a pas marre. Elle aime cette vie, elle aussi. »