Ah, c'était le bon des embrassades pour Piqué et Kosmos...
Ah, c'était le bon des embrassades pour Piqué et Kosmos... — Gregg Newton / AFP

TENNIS

Coupe Davis: Snobé par les joueurs et concurrencé par l’ATP Cup, le projet de Kosmos a déjà du plomb dans l’aile

La concurrence avec l’ATP Cup est en train de causer du mouron au groupe Kosmos…

  • Le groupe Kosmos dirigé par le footballeur Gerard Piqué a racheté les droits de la prochaine Coupe Davis à l’ITF.
  • En concurrence avec le projet de championnat du monde de l’ATP, la Coupe Davis nouvelle formule peine à imposer sa vision et son projet.

La Coupe Davis est morte, vive la Coupe Davis. C’était, en substance, l’idée générale véhiculée par le groupe Kosmos du footballeur Gerard Piqué après l’annonce du rachat des droits à l’ITF de la compétition centenaire du tennis par équipe. Sauf que depuis, les choses ont bien changé. Et il semble déjà loin le temps où Piqué et sa bande faisaient péter le champagne pour fêter le « oui » à la réforme votée lors de l’assemblée de l’ITF à Orlando le 16 août dernier. En effet, à quelques heures de la finale France-Croatie, la dernière de l’histoire dans le format actuel, l’avenir de sa petite sœur, la Coupe Davis 2.0, n’a jamais paru aussi incertain.

Sur le papier, l’ambition du groupe Kosmos était louable : redonner à cette compétition sa splendeur en mettant tout en œuvre pour que les meilleurs joueurs de la planète arrêtent de la bouder. Sauf que pour y parvenir, ses créateurs ont jeté à la poubelle ce qui faisait l’essence-même de cette compétition, les matchs domiciles-extérieurs. Désormais, la nouvelle Coupe Davis se jouera dans un lieu unique et sur une semaine, et avec des moyens financiers conséquents. Au-delà de la levée de boucliers et de l’émotion que cette réforme a provoqué dans le monde du tennis, Gerard Piqué et son crew font face, semaine après semaine, à des obstacles de plus en plus insurmontables. Deux, en réalité, mais non des moindres.

>> Un problème de calendrier : dans une saison de tennis déjà très chargée, les dirigeants de Kosmos espéraient à tout prix caser leur bébé au mois de septembre, afin de ne pas devoir le fourrer au bout du bout de la saison, en novembre, quand les tops players n’ont qu’une idée en tête : siroter des cocktails sur une plage de sable fin, les doigts de pieds en éventail. « Après avoir parlé avec la plupart des joueurs, une grande partie préfère que la Coupe Davis ait lieu en septembre, expliquait Piqué au Figaro au mois d’août dernier. Au bout du compte, je souhaite mettre en place une compétition en accord avec ce qu’ils souhaitent. Ce sont les personnes les plus importantes dans le monde du tennis. Sans joueurs, il n’y a pas de sport. Je pense à Nadal, Cilic, Zverez, Djokovic… etc. Tous préfèrent septembre à novembre. »

Raté. Après de longues négociations avec les joueurs, et face à la concurrence de la Laver Cup chère à Roger Federer, la phase finale de la Coupe Davis se tiendra finalement en novembre, à Madrid. « C’est un énorme premier coup dur pour Kosmos, nous confirme Arnaud Clément par téléphone. Ils savent très bien qu’ils risquent de ne pas avoir beaucoup de tops joueurs à cause de ça. Or, cette réforme a surtout été faite pour que les meilleurs la jouent systématiquement. »

Interrogé par 20 Minutes, Albert Costa, l’ancien tennisman espagnol nouvellement nommé par Kosmos au poste de directeur des finales de la Coupe Davis, n’essaye pas de noyer le poisson, même s’il ne souhaite pas non plus s’étendre sur ce premier échec : « C’est vrai que ce n’est pas la situation idéale pour nous… » Le mot est faible. « Avec Federer qui fout une pression terrible pour sa Laver Cup au mois de septembre, Kosmos a perdu une première bataille », résume Jean-Paul Loth, ancien capitaine de l’équipe de France entre 1980 et 1987. Mais s’il n’y avait que ça…

>> La concurrence avec l’ATP Cup : La seconde lame est tombée sur la nuque de Kosmos le 15 novembre dernier quand l’ ATP a dévoilé les grandes lignes de son projet de Coupe du monde, l’ATP Cup, sorte de renaissance de sa World Team Cup. Présentée en grande pompe à Londres en présence d’un invité de marque, Novak Djokovic, cette compétition par équipe se tiendra en Australie du 3 au 12 janvier 2020, soit six semaines seulement après la phase finale de la Coupe Davis. Autant dire que les meilleurs joueurs de la planète devront faire un choix s’ils veulent avoir un minimum de vacances. Or, quand on regarde les têtes d’affiche qui se sont rangées derrière le projet de l’ATP (Roger Federer, Alexander Zverev ou Dominic Thiem), difficile de ne pas nourrir quelques doutes quant à la bonne marche de la future Coupe Davis version Piqué. A l’heure actuelle, parmi les pontes du tennis, seul Rafa Nadal semble encore soutenir le projet Kosmos. Mais pour combien de temps encore ?

Une compétition mort-née ?

« Je pense sincèrement que le projet de Kosmos peut très vite tomber à l’eau, confie Arnaud Clément. A partir du moment où les meilleurs décident de ne pas la jouer, le public ne s’y intéressera pas plus qu’aujourd’hui et cette réforme n’aura servi à rien ». S’il pense sensiblement la même chose, Jean-Paul Loth se montre plus bavard sur le sujet.

« Tel que je vois les choses, je me demande s’ils ne vont pas finir par se retirer. Vu la tournure que ça prend (les joueurs qui ne veulent pas la jouer à la date qui est prévue, l’ATP qui confirme sa World Team Cup en janvier 2020, Federer qui fout une pression terrible pour sa Laver Cup), ça fait beaucoup d’éléments qui vont à l’encontre du projet de Kosmos. On se retrouverait avec beaucoup de championnats du monde ou apparenté et ça pourrait laisser Piqué et sa bande sur le bord du trottoir. Même sans que tous ces problèmes ne se posent, je suis convaincu qu’ils ne rentreront jamais dans leur frais. Avant même de commencer, la nouvelle Coupe Davis a donc déjà plusieurs plombs dans les ailes. »

Chez Kosmos, on ne se veut évidemment pas aussi alarmiste. Le problème c’est que les arguments présentés (« Nous croyons fermement que ce nouveau format est le meilleur possible et nous pouvons garantir que les meilleurs pays seront présents à la finale de la Coupe Davis. ») sont à deux doigts du hors sujet et laissent transparaître une forme de panique dans la communication. Personne n’a jamais craint que les pays les plus compétitifs ne se retrouveraient pas en phase finale ni imaginé une seule seconde une finale Luxembourg-Kosovo à Madrid en novembre 2019.

Kosmos manque de munitions

Le groupe Kosmos a tenu à réagir aux annonces de l’ATP qui, en plus de garantir un prize money plutôt coquet (15 millions de dollars, contre 17,7 millions d’euros annoncés chez Kosmos), a l’énorme avantage de mettre en jeu des points ATP. Ce qui ne sera pas le cas de la Coupe Davis. Et malgré les négociations de Piqué, cela semble très peu probable dans un futur proche. On imagine mal en effet l’ATP offrir des munitions à son concurrent direct. Officiellement, selon Albert Costa et Gerard Piqué, « les relations sont bonnes » entre Kosmos et l’ATP. « Tu parles !, se marre Jean-Paul Loth. C’est la guerre entre les deux projets. Vous avez à l’intérieur même de la Fédération internationale des gens influents qui sont contre la nouvelle formule de la Coupe Davis et qui continuent, en coulisse, à lui faire une mauvaise publicité. »

On en revient alors à la question de l’argent. « On a beaucoup parlé des prize money de l’ATP, mais dans le cas de la Coupe Davis, il y en a un aussi qui sera divisé entre les joueurs et les fédérations. Cela veut dire qu’à travers ces prix, les fédérations vont pouvoir continuer à faire la promotion du tennis depuis la base et assurer le futur de ce sport », nous dit Albert Costa. Sauf qu’une fédération ne peut obliger ses joueurs à disputer une compétition de force. Or, comme le rappelle Arnaud Clément, « vu l’argent que gagnent les meilleurs joueurs tout au long de l’année, ce ne sont pas quelques centaines de milliers d’euros promis par Kosmos qui vont changer la donne. Ils vont préférer comme c’est déjà le cas aujourd’hui se préserver pour préparer la saison suivante plutôt que de risquer une blessure. » La Coupe Davis est morte, vive l’incertitude.