Roland-Garros 2024 : « Il fait des efforts »... Comment Nadal peut-il autant galérer avec le français depuis le temps ?
TENNIS•L’Espagnol a beau être le plus grand joueur de l’histoire du tournoi, il n’a jamais réussi à dominer la langue française autant que la terre battue parisienneJulien Laloye
L'essentiel
- Rafael Nadal, roi de Roland-Garros pour l'éternité, n'a jamais vraiment progressé en français malgré les années et les victoires.
- L'Espagnol, qui préfère parler dans sa langue natale ou en anglais, a pourtant fait quelques progrès notables selon Nelson Monfort, son interlocuteur le plus régulier en France.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Adieu ou pas adieu, on ne sait plus, à force d’entendre Rafael Nadal brouiller les pistes, mais un truc sur lequel on peut parier l’argent des gosses sans trop se mouiller : même si ce sont ses derniers mots de joueur de tennis au public de Roland-Garros, ils sortiront en espagnol, à la rigueur en anglais, mais jamais de la vie en français. Encore samedi soir, au micro de Lolo Delahousse et sa frange Jacques Dessange sur la 2, à peine un « Bonsoir », « Merci beaucoup », avant d’enquiller dans sa langue natale.
« Rafa comprend très bien désormais »
Comment régner sur un territoire avec une telle poigne de tyran sans être capable d’apprendre trois phrases dans la langue de ses autochtones ? Un tel paradoxe nous fascine toujours autant depuis vingt ans, même si l’on sait être honnête : avec deux parents profs d’espagnol, c’est facile de juger les bloqués de la comprenette. Et puis bon Rafa est un peu meilleur que nous en tennis, si on va par là. Bref. La parole à Nelson Monfort, l’homme qui détient sans contestation possible le record d’interviews de l’Ibère dans nos contrées. « Le français et l’espagnol sont deux langues qui se ressemblent, certes mais on peut les comprendre beaucoup mieux que réussir à les parler ! D’ailleurs Rafa comprend désormais très bien quand on lui pose une question en français. Il fait des efforts, vraiment, mais il se sent plus à l’aise de répondre dans sa langue ».
A se demander quand même pourquoi il n’a jamais fait l’effort d’apprendre deux-trois bases, alors même que son anglais est tout à fait respectable, bien que teinté d’un accent à couper du jamon serrano à la machette. Son oncle et mentor, sans aller plus loin, parlait un très bon français et se réjouissait de répondre en VO aux journalistes de notre beau pays. « Il n’y a pas de secrets, pour les sportifs professionnels qui n’ont pas la chance de vivre en immersion dans un quotidien en France, la seule solution, ce sont les cours de français, juge Marine Lallement, directrice et fondatrice de Fast Sport, un centre de formation des professionnels du sport business, qui travaille notamment avec les joueurs étrangers du PSG et d’autres clubs.
« C’est le biais des hispanophones de penser qu’on peut passer d’une langue à l’autre facilement. Les Espagnols parlent très vite, et aimeraient parler aussi vite en français, mais ça ne marche pas comme ça. Serena, par exemple, avait pris des cours il y a quelques années. Et puis il faut savoir que tous les gens ne sont pas égaux devant l’apprentissage d’une langue étrangère. »
Un effet sur sa popularité ?
On devine ainsi que Djokovic, qui manie aussi désormais aussi bien le français que l’anglais, l’espagnol, ou l’italien, serait fichu d’apprendre deux-trois notions de bengali entre deux matchs à Roland. Rafa n’a pas les mêmes facilités, ni la chance d’être né trilingue ou presque comme Federer, mais il est arrivé de nous dire que ses dons de linguiste limités ont pu contribuer à maintenir une certaine distance avec le public parisien, qui lui a parfois témoigné une froideur difficile à justifier. « Évidemment il fait parfois l’effort car il est conscient que c’est quelque chose qui plaît aux gens, reconnaît Nelson Monfort. On ne s’en rend pas forcément compte mais il y a une vraie progression. Quand il est arrivé ici la première fois il ne comprenait pas un mot de français ».
Au juste, on trouve quelques traces d’un Rafa balbutiant quelques mots de français à droite à gauche au fur et à mesure des années. Une interview accordée à Europe 1, en 2018, où l’homme au lasso fait ce qu’il peut, malgré le féminin et le masculin qui s’emmêlent les pinceaux. C’est beaucoup mieux quatre ans plus tard, lors de l’interview bord-terrain sur le Chatrier, devant tout le monde, même si sur 30 secondes, il finit par faire plus de fautes que sur un match de cinq heures à Roland. Par contre, comment excuser cette faute de goût impardonnable, en 2019, quand dans un petit format vidéo léger, Nadal freeze totalement sur la photo d’un pain au chocolat : « Comment on appelle ça ? Un napolitain ? Un croissant ? ». ALORS QUE C’ETAIT POURTANT SIMPLE UNA CHOCOLATINA RAFA DE DIEU !
« On demande beaucoup aux sportifs »
On s’égare, se fâche gentiment Marine Lallement : « A la décharge de Nadal et des sportifs en général, je trouve qu’on leur en demande beaucoup. Dans une situation où ils sont fatigués, après un état de concentration extrême, on leur demande d’avoir un avis et d’exprimer une pensée dans une langue qui n’est pas la leur. Mon conseil, en général, c’est de dire: "Commence à parler en français et finis en français", ce n’est pas grave si tu changes au milieu, les gens retiendront que tu as essayé. Pour ça, il suffit d’avoir quelques automatismes et des phrases clés. » Soit la fameuse séquence service croisé du gaucher et coup droit de bison long de ligne appliquée aux langues étrangères. Allez Rafa, on se lance après la victoire homérique contre Zverev cet après-midi ?



















