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Comment la Fifa a tué le Mondial de notre enfance avec son show à l’américaine ?

Pauses pub, Trump en majesté et show à l’américaine… Comment la Fifa a tué la Coupe du monde de notre enfance

PLUS JAMAIS CAEn permettant aux Etats-Unis et à Donald Trump de transformer la mi-temps de la finale Espagne-Argentine en un gigantesque show version Super Bowl, Gianni Infantino et la Fifa ont souillé le football qu’ils prétendent aimer et défendre
Donald Trump s'invite aux célébrations de l'Espagne
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

De notre envoyé spécial en Absurdie,

Il n’a pas pu s’en empêcher, ce troubadour… Un an après avoir pris toute la lumière lors de la remise du trophée de la Coupe du monde des clubs à Chelsea, après sa victoire (3-0) face au PSG, on imaginait quand même que Donald Trump n’aurait pas l’indécence de réitérer cela dans une compétition qui compte vraiment, la plus grande et la plus belle des compétitions, même. Pensez dont !

S’il y a bien une chose qui caractérise le président américain, c’est son absence totale de considération pour les bonnes manières et le respect du protocole. Une finale d’un Mondial 2026 se déroulant sur ses terres et qui plus est regardée par plus de 1,5 milliard d’êtres humains, il ferait beau voir qu’il ne soit pas sur la photo finish.

Donald Trump n'a pas résisté à l'envie de squatter la photo finale avec la Roja.
Donald Trump n'a pas résisté à l'envie de squatter la photo finale avec la Roja.  - Odd ANDERSEN

Cette fois-ci, pourtant, contrairement à 48 heures plus tôt, quand il avalait des couleuvres grandes comme le Montana sans moufter en pleine conférence de presse, Gianni Infantino a bien tenté de tirer le grand oranger par la manche pour le sortir du cadre. Mais c’était peine perdue, évidemment. Quand les 108 kg de Trump décident d’être quelque part, ce n’est pas un grand échalas suisse du canton du Valais qui va lui dicter la conduite à tenir. « Reste dans ta zone, 'Johnny' », comme le nomme, non sans une pointe de moquerie et de condescendance, le Commandeur in Chief.

Et voilà donc comment les joueurs espagnols se verront à tout jamais associés à Donald Trump sur la photo la plus importante de leur vie. Cette ultime irrévérence fut le point final d’une après-midi que l’on préférerait oublier à tout jamais, à l’image de la manière dont les Etats-Unis ont traité une compétition qui ne les regarde pas et qu’ils auront malgré tout réussi à salir de façons diverses et variées.

Un show qu’on préférerait oublier

Une après-midi où la FIFA et son président ont violé en mondovision le sport qu’ils prétendent aimer. On passe sur les pauses fraîcheurs/publicité qui sont à la santé des joueurs c’est qu’est Donald Trump au respect de la charte des Nations Unies, une vaste fumisterie, transformant le match de football en une exhibition avec ses quatre quart-temps, pour en venir au grand show de la mi-temps version Super Bowl.

Malgré les tentatives de la Fifa de ramener Trump à la raison en lui faisant comprendre que, non, monsieur le président, il n’est pas possible de doubler le temps de pause à la mi-temps pour la faire passer de 15 à 30 minutes, le bonhomme et son comité d’organisation n’en ont fait qu’à leur tête. Nous avons donc eu droit à VINGT-SEPT MINUTES d’un show à l’américaine gênant au possible, mêlant pêle-mêle :

  • Madonna qui chante dans les coursives du stade depuis une voiturette de golf conduite par Ronaldo et Ronaldinho
  • Justin Bieber et son regard de braise jouant de la gratte sous le cagnard new yorkais
  • Shakira et sa chanson « Olé Olé » à rendre zinzin le plus calme des êtres vivants
  • Et une sorte de parade d’enfants digne d’une kermesse de fin d’année à l’école primaire de Vaison-la-Romaine.

Rien que ça. A leur retour sur le terrain, tandis que les enceintes géantes du MetLife continuaient de cracher de la musique à fond, les joueurs ont probablement dû se demander si leur match n’était finalement pas qu’un entracte entre deux concerts.

Infantino joue-t-il avec le feu ?

On préfère prendre cela à la rigolade car mieux vaut en rire qu’en pleurer mais, du haut de la tribune de presse, il fallait voir les yeux écarquillés des journalistes européens habitués à la sobriété des mi-temps de football pour se rendre compte de la dinguerie à laquelle nous venions d’assister.

Encore que, il faut bien le dire, certains confrères et certaines consœurs s’étaient malgré tout précipité.e.s aux avant-postes pour filmer le moment et profiter, comme les 80.000 spectateurs, de cette diablerie made in Etats-Unis. Une nouveauté qui préfigure certainement l’avenir marketing de notre sport, corrompu par des dirigeants qui disent le chérir quand ils ne font que le savater.

Cela n’empêchera pas les quelque 200 présidents de fédérations de réélire haut la main leur grand Raïs Gianni Infantino pour un nouveau bail de quatre ans, tout comme cela ne nous empêchera pas de penser qu’à force de trop tirer sur la corde, le grand chauve qui tirait autrefois les boules à l’UEFA joue à un jeu dangereux.

Au hasard ? Vendre des morceaux de pelouse de la finale pour 3000 balles quand c’est la plus mauvaise de tous les stades du Mondial, faire payer l’accès à la conférence de presse de veille de finale pour le quidam, qu’on rincera jusqu’à la moelle s’il est vraiment complice (100 balles pour un selfie avec le gardien du Cap-Vert, sérieux ?). Qui sait, peut-être qu’à force de dénaturer le spectacle qui lui remplit les poches, les gens finiront par trouver d’autres manières de vivre leur passion. C’est tout ce qu’on nous souhaite en tous les cas.

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