Masters 1000 de Paris-Bercy : Souffrant en déboulant, injouable à l’arrivée… Revivez la drôle de semaine de Novak Djokovic

TENNIS Novak Djokovic est arrivé en petite forme à Paris avant de finalement mettre tous ses adversaires dans sa poche

A.L.G.

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Djokovic remporte son 5e Masters 1000 de Paris-Bercy.
Djokovic remporte son 5e Masters 1000 de Paris-Bercy. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

De notre envoyé spécial à Bercy,

Novak Djokovic a déjoué tous nos pronostics du début de semaine en s’imposant les doigts dans le nez, dimanche, lors d’une finale de Paris-Bercy à la fois sans surprise et sans saveur contre le jeune Canadien Denis Shapovalov. On vous entend d’ici nous dire que prévoir le pire pour le Djoker dans son tournoi (le Serbe totalise désormais cinq victoires à Paris), c’est bien mal lire le tennis actuel. Oui mais non. Car en arrivant dans la capitale en début de semaine, Nole tirait la tronche des mauvais jours, la faute à une petite maladie qui lui a beaucoup coupé la voix et les jambes aussi, un peu, parfois.

« Ma santé n’est pas au rendez-vous. Je ne me sens pas au mieux de ma forme, avait-il prévenu en arrivant dans le XIIe arrondissement. Ces derniers jours, j’ai attrapé quelque chose. Cela peut affecter votre énergie, votre vitalité sur le court, votre attention. Il y a beaucoup de choses qui sont impactées. Ce n’est pas idéal mais dans ce type de circonstances, il faut l’accepter et faire de son mieux pour se rétablir. Même si on n’a pas beaucoup de temps car on joue tous les jours. C’est compliqué. »

En le voyant sur le court lors de ses deux premiers matchs (contre Moutet et Edmund), on a vite compris que Djoko n’avait effectivement rien du malade imaginaire. De son jeu, moins percutant qu’à son habitude, à son attitude sur le terrain, tout chez lui transpirait le virus. Le dos voûté, les yeux dans le vague, on s’attendait à tous moments à ce qu’il nous fasse une Benoît Paire en hurlant « Libérez-moi, j’en peux plus, je veux rentrer chez moi ! ».

Un grog et ça repart

Mais s’il a parfois donné l’impression de ne pas vouloir être à Bercy, le joueur n’a jamais pensé à jeter l’éponge. L’expérience lui a appris qu’on peut commencer un tournoi avec un grog et une serviette chaude sur le front et le terminer en dansant le kazachok sur les tables : « Ça m’est déjà arrivé d’être mal et je parvenais tout de même à aller de l’avant dans le tableau principal et à remporter le tournoi. J’espère que ce sera le cas ici. » Bien vu l’artiste.

Le déclic est apparu en quart de finale contre Tsitsipas. Ce jour-là, Djoko met deux torgnoles au grec (6-1, 6-2) et ses pupilles retrouvent la flamme. Poing serré, regard de killer au moment de zieuter vers son clan, la machine est relancée et plus rien ne l’arrêtera. Même si Dimitrov l’a vite fait secoué au tour suivant, le demi-finaliste du dernier Roland a retrouvé du jeu, du jus et de la grinta.

Dès lors, après l’annonce officielle du forfait de Rafa Nadal, que tout le monde espérait en finale face au Serbe, Djokovic devait savoir que les jeux étaient faits. Guy Forget a bien tenté – et on ne peut lui en vouloir – de nous vendre « une finale de très haut niveau » face à « l’un des meilleurs représentants de la nouvelle génération », on savait que l’affaire serait pliée en deux temps, trois mouvements. Bingo, une heure et cinq minutes après son entrée sur le court, Nole soulevait le 5e trophée de sa carrière à Bercy.

Finale sans éclat et joie mesurée, Bercy finit au ralenti

« J’ai eu envie de croire que Shapovalov pourrait reproduire le même match que contre Gaël Monfils, qu’il pourrait se transcender, commentait Forget. Mais, malgré l’euphorie, malgré la puissance de feu, malgré l’insouciance, face à une machine extrêmement bien réglée comme Novak Djokovic, on ne peut pas se permettre de donner autant de points gratuits. Il a reçu une petite leçon de la part de Novak, qui prouve à la nouvelle génération pourquoi il est encore le numéro 1 mondial. »

A l’image de cette finale pas franchement sexy, l’ambiance en coulisses n’était pas non plus à la nouba. Djokovic est passé en coup de vent en salle de presse histoire de faire le job et d’exhiber son trophée. « La deuxième partie de la semaine a été fantastique, j’ai senti que ça allait de mieux en mieux au fil des jours. Je ne pourrais pas être plus satisfait de cette victoire », a-t-il déclaré. Il s’est ensuite éclipsé avec, déjà, le Masters de Londres dans un coin de la tête.

Là-bas, il tentera de défendre son titre de numéro 1 face à un Rafael Nadal encore incertain. D’ici là, il aura le temps de bien se retaper en se mettant au chaud sous la couette. Il peut d’ailleurs dormir tranquille, même amoindri, le Djoker est encore une machine de guerre.