Masters 1000 de Paris-Bercy : Au sommet en 2017, dans le sac en 2019... Mais bon sang, qu'est-il arrivé à Jack Sock ?

TENNIS Vainqueur à Bercy il y a deux ans, Jack Sock vit une descente aux enfers vertigineuse et ne fera bientôt plus partie du classement ATP

Aymeric Le Gall

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Jack Sock n'est plus que l'ombre de celui qui remportait le Matsers de Paris-Bercy en 2017.
Jack Sock n'est plus que l'ombre de celui qui remportait le Matsers de Paris-Bercy en 2017. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

De notre envoyé spécial à Bercy,

2017. Pour nous, c’était il y a deux ans. Pour Jack Sock, une éternité. A cette époque-là, à l’endroit même où Dennis Shapovalov et Novak Djokovic vont se disputer dimanche le gain du Masters 1000 de Paris-Bercy, l’Américain, alors inconnu du grand public, remportait le trophée le plus important de sa carrière et faisait par la même occasion son entrée dans le top 8 mondial. Le début de la gloire ? T'as qu'à croire...

Aujourd’hui il n’est en effet plus question ni de Paris ni de Londres, mais de Charlottesville, dans l’État de Virginie aux Etats-Unis. C’est là qu’on l’a retrouvé, lesté de pas mal de kilos en trop, traînant sa peine et sa carcasse dans un tournoi Challenger plus anonyme que les alcooliques du même nom. Les images font peine à voir.

Devant une dizaine de pélos à tout casser – dont la moitié avait dû rentrer là par erreur parce qu’ils avaient vu de la lumière – dans un gymnase semblable à la salle des fêtes de Montigny-les-Cormeilles, Jack Sock expédie un dernier parpaing dans le filet avant de se résoudre à abandonner sur blessure. Face à lui, Sekou Bangoura, 336e joueur mondial à l’ATP. Trois lettres qui ne feront bientôt plus partie de son vocabulaire.

2017-2019, chronique d’une dégringolade vertigineuse

Après cette défaite, la cinquième de la saison sur les six (!) pauvres matchs qu’il a disputés en 2019, Jack Sock n’apparaîtra plus au classement mondial. La faute à deux années cauchemardesques qui l’auront vu disputer en tout et pour tout 36 matchs en simple (pour 26 défaites).

De l’autre côté des Etats-Unis pourtant, la nouvelle n’émeut pas grand monde. Pour ne pas dire personne. Enfin si, Christopher Clarey, le monsieur tennis du New York Times. « Ça passe inaperçu dans la société. Personne ne connaît Jack Sock ici. Ce n’est pas comme s’il arrivait la même chose à Monfils ou Tsonga en France. Mais le fait que personne n’en parle, c’est peut-être ça finalement le plus dur pour Jack, parce qu’il était sur le point de devenir plus important dans le paysage sportif alors qu’à l’arrivée il a complètement disparu », se désole-t-il.

Puisque notre journaliste semble être la seule personne aux USA, avec la famille Sock, à connaître la carrière du bonhomme, on lui a posé la question du pourquoi de cette dégringolade historique. « C’est à la fois un mystère et une déception, répond-il. On a l’impression qu’il n’a jamais vraiment eu dans sa carrière une forme physique optimale. Il a d’ailleurs été beaucoup critiqué là-dessus. Je me souviens que Jim Courier, le capitaine de Coupe Davis, s'en plaignait à l’époque. Il critiquait aussi son manque d’implication. On a souvent entendu dire de lui que ce n’est pas quelqu’un qui bossait assez. Et puis il y a eu les blessures. »

La métamorphose physique

A sa décharge, c’est vrai que le natif de Lincoln a longtemps été gêné par un pouce droit trop fragile. « Mais ce n’est pas ça qui doit t’empêcher de rester en forme physiquement, tempère Christopher Clarey. Je ne sais pas… Il y a vraiment quelque chose qui cloche. » « C’est vrai qu’il est assez lourd », embraye Arnaud Clément, qui s'interroge aussi sur les choix du joueur à son retour de blessure.

« Il a décidé de reprendre avec un classement protégé ou des invitations, mais c’était dans de gros tournois. Est-ce que ça n’aurait pas été mieux de reprendre sur des challengers ? On peut se poser la question. D’autant qu’on l’a dit : au niveau physique, il n’était pas complètement affûté, il avait quelques kilos superflus. »

Ces galères sont d’autant plus regrettables que Jacques Chaussette, en VO, possède selon Clarey « l’un des coups droits les plus remarquables de la dernière décennie sur le circuit. Techniquement c’est inouï, la puissance, la capacité qu’il a à varier ses coups, sa prise de balle basse… » « Le problème, poursuit-il, c’est qu’avec le jeu qui est le sien, même s’il a amélioré son revers à deux mains avec le temps, il a besoin d’être très, très véloce, rapide et physiquement très fort. Il a besoin d’avoir une vitesse de jambes extra. »

Roger Federer en double, Marcel Dupont en simple

C’est peut-être aussi pour ça que Jack Sock est plus à l’aise avec un gars à ses côtés. Car il ne faudrait pas oublier que le vainqueur du Masters de Bercy est aussi et surtout un formidable joueur de double. Son palmarès parle pour lui : 24 finales disputées en double, 14 victoires (dont 3 grands chelems). Rien qu’en 2018, la bestiole rafle à la fois Wimbledon et l’US Open. Easy.

« C’est ça qui est incompréhensible, s'étonne Arnaud Clément. L’année après Bercy, il est monstrueux en double en grand chelem. Du coup on se disait que physiquement ça devait aller, qu’il n’était pas blessé. Et dans le même temps il ne gagnait plus un match en simple… » Une énigme.

Reste alors une question. Ejecté du classement ATP à partir de lundi, le joueur va-t-il réussir à sortir la tête du seau, lui qui confiait-il y a peu qu’il ne voyait pas l’intérêt de poursuivre sa carrière s’il n’avait plus les cannes pour briller en simple ? Ou alors va-t-il carrément mettre un terme à son calvaire ? « Ce n’est pas impossible qu'il décide d'arrêter, répond notre confrère US. D’autant que je ne suis pas sûr qu’il ait toujours eu un amour si prononcé que ça pour le tennis. »

« Je ne suis pas plus inquiet que ça, confie pour sa part Arnaud Clément. Il n’a pas pu perdre ses qualités comme ça du jour au lendemain. Il faut qu’il se reconstruise, qu’il gagne quelques matchs et la confiance va revenir. Il faut juste avoir l’humilité de repartir dans des tournois de catégorie inférieur. D’autres l’ont fait avant, on a pu voir ça avec Jo [Tsonga] qui était 200 ou 300e mondial [239e en janvier dernier] quand il a repris et aujourd’hui il est quasiment tête de série à l’Open d’Australie. Pourquoi pas lui. »